Chiesa – Chianale

Destination : Italie » Europe | Montagne : Alpes | Activité : Randonnée  | Agence : Visages Trekking 


Chiesa - Chianale - Hautes vallées piémontaises
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Carnet : Hautes vallées piémontaises

* Altitude maxi : 2651 m
* Dénivelé + : 951 m
* Dénivelé – : 851 m
* Temps : 10h30

Des instants matinaux arrivent où un fervent désir nous submerge et nous pousse à prolonger la nuit étoilée à peine commencée. C’est ici que, malencontreusement, le réveil sonne le glas et qu’une sensation d’inachevée nous empare alors.

Une demi-heure après le lever aux aurores, nous voilà tous à la salle de petit-déjeuner, dès 6h45. Une fois encore, notre journée allait être longue et périlleuse. Une succession de cols devait mobiliser tous nos efforts. Essentiel donc de savourer notre premier repas. Un court transfert en voiture nous amène à Prafauchier (1700 m). La particularité de ce village est l’abondance des fresques murales et des cadrans solaires. Ces peintures, de source religieuse, datent du 18è siècle. La majorité des maisons en toits de lauze possèdent de larges balcons pour empêcher la neige de couvrir le sol. Flâner dans ces cours et ces ruelles couvertes procure un sentiment de respect devant cette architecture sauvegardée et entretenue.

A la sortie du village, en amont, nous prenons la direction d’un col à travers une pelouse bien fournie. La montée est en pente raide, à ciel ouvert, sous une chaleur caniculaire. La progression est en conséquence lente par moments. Le dénivelé atteint presque les 1000 mètres. Or la vue sur les imposants massifs aux alentours reste le meilleur souvenir. Plus nous grimpons, plus nous nous alignons au niveau des montagnes environnantes. Parfois, nous dépassons des bergeries auprès desquelles une pause est souvent consentie. Passage entre la vallée de Bellino et la Valle Varaita de Chianale, le col de Bondormir (2651 m) est abordé à l’approche de midi, après plus de trois heures d’ascension.

Nous soufflons durant trente minutes, au cours desquelles je profite de la clarté du ciel et de quelques mers de nuage pour photographier tout cet ensemble. Puis nous attaquons la descente par un pierrier, nous nous arrêtons une cinquantaine de mètres plus bas dans l’alpage pour mieux apprécier notre déjeuner (salade de lentilles, terrine de lapin, tomme italienne de vache, brugnon et café).

Reprise de notre descente. Nous traversons des bosquets d’aulnes avant d’atteindre en aval un petit ruisseau. Disposés à négocier notre deuxième col de la journée, nous allions récupérer un chemin balisé à hauteur d’un chalet. Or depuis celui-ci, une bergère d’un certain âge sort et apostrophe furieusement le groupe. Paraît-il, le passage est interdit car nous marchons sur ses terres. Notre accompagnateur rétorque que nous suivons seulement le sentier. L’autre, à qui cette réponse ne convient guère, commence d’une voix tonnante à nous menacer, à nous forcer de prendre un itinéraire éloigné, à vouloir lâcher ses chiens. Puis, devant l’insistance et l’indifférence de notre guide, qui suggère de repartir sans détour, elle le traite soudain d’ « urbain insolent ». Splendide réplique métaphorique dans un lieu où règne davantage le bruit des marmottes et de l’eau que celui de l’agitation urbaine !

Faisant fi de la méchanceté et de l’opiniâtreté de la bergère, nous embarquons sur la piste d’un nouvel alpage. Le col de Rastel (2372 m) est atteint à l’aube des seize heures. Une fois encore, la variété des couleurs et du paysage sauvage nous émerveille. Une courte pause est autorisée. Puis nous repartons en grande enjambée afin d’éviter d’arriver trop en retard à notre prochain hébergement. Cette fois, il n’est question que de descente, parfois sur des sentiers aériens, en zigzag ou en forêt. À mi-chemin, une poignée d’entre nous se permettent une baignade au torrent Fiutrusa où, retombant en enfance, d’autres éclaboussent les copains en jetant de gros cailloux. Ceci entraîne irrévocablement une insurrection et une bataille chevronnée. Plus tard, nous entrons dans une dense forêt, d’abord par une pente douce et qui rapidement s’accentue en épingle. Le dénivelé devient très prononcé, bien que sur une courte distance. La raideur du chemin forestier nous tire les jambes, nous force à ralentir dans les virages serrés, nous impose à une discipline et à une prudence. Les pierres et les branches d’arbres roulent sous nos pieds, tandis que nous évoluons au milieu d’une senteur rafraîchissante et apaisante.

Deux heures après nous être éloigné du col de Rastel, nous sortons de la forêt de mélèzes et nous débouchons en bordure de Chianale (1800 m). Hameau situé sous le col Agnel, dans le massif du Queyras, c’est un bourg typique aux maisons en pierre avec toiture en lauze. La rivière Varaita coupe en deux le village, les rives sont reliées par un petit pont en pierre. Une quinzaine de personnes vivent à l’année ici, dont Cristina, la patronne de l’auberge-refuge Le Laghi Blu.

A moins d’une demi-heure avant le dîner, nous devions nous dépêcher de nous doucher. Particularité à bien connaître : un jeton à placer dans un minuteur doit servir à prendre une douche d’une durée de cinq minutes seulement ! Au-delà de la simple considération d’une certaine hâte, cela enseigne au moins une vraie rigueur, à économiser les mouvements et à aller à l’essentiel sans fioriture.

Pourrions-nous croire que ce constat était également le reflet de notre modeste repas du soir. Hélas, nos assiettes n’alliaient ni originalité ni gastronomie italienne : 2 tranches de saucisson relevées d’une tranche de fromage, spaghetti bolognaise, boeuf en sauce sur un coulis de petits pois et pannaccotta en guise de dessert. En revanche, le lieu de notre dîner était appréciable : notre installation s’est faite dans une maisonnée en pierre, à l’extérieur du refuge, dominant la rivière Varaita. La nuit se fit au rythme de ses soubresauts.

A propos de l'auteur

Je suis un passionné de montagne. J'aime prendre de l'altitude, à l'instar de ceux qui prennent du recul. Ma pratique du trek se compose en solitaire depuis de nombreuses années, en semi-autonomie sur plusieurs jours, souvent l'été, rarement l'hiver. Photographe passionné, j'apprécie de faire des reportage-photos pour exprimer la beaut...



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