Clap de fin à Kathmandu

Destination : Népal » Asie | Montagne : Himalaya | Activité : Alpinisme  | Agence : Allibert Trekking 


Descente rapide jusqu'à Lukla, la porte d'entrée de la vallée de l'Everest. Le retour sur Kathmandu aurait pu être simple mais ce ne fut pas le cas. Faire preuve de diplomatie et de bon sens, jusqu'au bout du voyage.
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J28 mercredi 2 novembre 2011 – Namche – Lukla

Une étape déjà fastidieuse quand on la fait pour la énième fois, parce qu’assez longue, encombrée de touristes, de porteurs et de dzos, et très "casse-pattes " avec une interminable succession de montées et de descentes, devient carrément pénible dans le brouillard et la pluie. S’ajoute à cela le souci du vol sur Katmandu, quand on sait que certains attendent depuis 3 jours. Heureusement le confort du Lodge de Sonam et la rencontre de 3 jeunes guides français qui viennent de tenter une première nous distraient de tout ça.

J29 Jeudi 3 novembre – Lukla

La glauque Lukla s’est peuplé de théories de touristes en mal d’avion. Le brouillard s’installe durablement et l’espoir s’amenuise, chacun cherche la sortie, la tension monte…

J30 vendredi 4 novembre 2011 Lukla – Katmandou – Toujours plus fou, toujours plus inattendu ou le charme de l’imprévu

Après une journée complète à tuer le temps entre la triste Lukla et les couvertures chauffantes des lits du lodge de Sonam, le jour se lève une fois de plus sur un épais brouillard et un léger crachin. La piste restera vide encore aujourd’hui.

Tournant tels des lions en cage, la masse des touristes ronge son os. Il se développe comme une tumeur, un virus, qui prospère sourdement. Chacun y allant de sa rumeur plus ou moins fantaisiste, plus ou moins vérifiée. Malgré le froid humide qui pèse sur nos épaules, le chaudron de Lukla frise l’ébullition.
Hélicoptère pas hélicoptère ? Descendre à Surke (sur ke tu n’auras pas mon hélico. Na !). On sort les dollars, cela sent l’émeute, la corruption et le mouvement de foule incontrôlé.

Heureusement, nos guide, de Thamserku avec l’aide de la police contiennent la pression en appliquant quelque règle obscure de préséance, qui finit par nous octroyer un régime de faveur. Voyons cela : au moment de commander les cafés après notre énième fried-rice (devenu l’incontournable de la "gastronomie" népalaise), Gurkul, notre cook, finit par nous trouver, après avoir arpenté tous les restaurants de la ville. Karma, joint au téléphone, qui se trouve à Surke 300m plus bas et préside aux arrivées et départ d’hélicoptères, donne le feu vert pour tenter notre chance.

Nous rangeons nos affaires à la hâte et dévalons le sentier glissant jusqu’à Surke.
Le ballet des hélicos nous accueille sur un champ de patates donnant sur le vide. Des cohortes de touristes attendent leur tour sans comprendre quelles règles président à la priorité. Chaque hélicoptère ne prend que 5 personnes avec bagages.
Karma et la police semblent fixer la loi, nécessaire, car l’émeute guette.
Les hélicoptères ont du être commandés par Sonam qui ne nous demande aucune rallonge financière. Avantage de la puissante Thamserku.

Nous finissons par être pris en charge, mes 4 clients directement sur Katmandu et moi, bon prince, je cède ma place à un client Allibert, qui a son vol le soir même, et je prends l’hélico suivant qui vole jusqu’à Ramechap, un trou paumé dans la plaine.
Après un vol spectaculaire, de crête en crête, sans visibilité et passant parfois à quelques mètres nous voici sur la piste herbeuse d’un aérodrome perdu. Un vol devait nous attendre, mais de vol point. Au milieu du brouhaha et des protestations d’un groupe en rade depuis 5 jours dans ce bled (ils commencent leur trek eux !) apparaît la possibilité d’un taxi 4×4 pick-up immédiat pour Katmandu. On saisit l’occasion au bond, même s’il y a 6h de route et si nous sommes 7 entassés dans la cabine sur 2 banquettes.

Interminable route en effet, très montagneuse, défoncée, heureusement bon chauffeur mais à fond dans les descentes -je me suis surpris à prier que ses freins soient en meilleur état que son embrayage.

J’ai subi, dans un état semi-comateux et courbaturé, une seule fesse sur le siège et les coudes sur les sièges avant, ces 6 h d’épreuve qui se sont enfin conclues et après 2 crevaisons à minuit au Y&Y… Ouf !

J31 Samedi 5 octobre 2011

On arrive enfin à se retrouver avec mes 4 mousquetaires pour un déjeuner "carnivore" rituel en retour d’expédition à "l’Everest Steak House". Certains arrivent même à consommer 500 g de belle viande rouge… Tout naturel après un mois d’abstinence !

Voilà, la boucle se referme et tout le monde se dit : "déjà ! " le changement d’habitudes est tel que le temps lui même change de dimension. Juste le regret d’avoir été empêché de donner totalement a des postulants motivés le bain de nature et d’effort qu’ils attendaient. Ainsi vont les montagnes….

Epilogue

Ce sommet est très technique en neige avec une arête compliquée. Esthétique et varié, austère et froid, il demande un engagement important et ne peut s’envisager en toute sécurité qu’avec une neige transformée et stable qui permet d’aborder et d’équiper les pentes raides et exposées sans risque de pépin. Ce n’était pas le cas cette année, ce qui explique qu’il soit probablement resté vierge cet automne 2011.

Que reste-t-il de tout cela à part une grande faim quand on rentre chez soi et l’immense plaisir de retrouver nos denrées préférées… une certaine irritation à l’écoute des premières infos radiophoniques. Constater le côté dérisoire de nos problèmes de sociétés riches, gâtées, futiles parfois et égoïste souvent, et puis retomber dans le chaudron de nos vies avec derrière quand même quelques enseignements : le temps, la solidarité, le sourire de Karma, l’aide de Dorje, le service de Renzi, l’attention de Gurkul, pour tempérer de quelques retours aux vrais valeurs nos sociétés un peu folles. Gardons quelque temps une petite part de ce joli morceau d’une autre philosophie offerte, même si les 7000m d’oxygène rare nous ont été refusés…

A propos de l'auteur

Guide de haute montagne, Vingt-cinq années d'itinérance dans les Alpes, l'Amérique du Sud et l'Himalaya en alpinisme, trekking, expéditions et l'émotion provoquée par  la fréquentation de paysages hors du commun ont trouvé un débouché tout naturel à une passion tenace...



http://www.guidexpe.com/

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