Corte – Vizzavona – L’Onda

Destination : France » Corse | Activité : Randonnée  | 


Corte - Vizzavona - L'Onda - GR20 Nord
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Étape 1 – Dimanche 10 septembre : Corte – Vizzavona – L’Onda.

Le refuge de L’Onda est renseigné dans le guide comme étant le plus petit (12 places). Il est donc important de ne pas traîner en chemin pour arriver dans les premiers. Le retard de la veille est à combler aussi. Je suis donc au poste, à la sortie de Corte, à sept heures frappantes, le pouce levé, en espérant être au plus tôt au départ de l’étape du jour. La première personne qui passe… est à pied ! Un auto-stoppeur s’installe à cent mètres de moi. La partie ne s’annonce pas aisée mais la chance me sourit : après un quart d’heure, c’est le veilleur de nuit de mon hôtel qui passe et me prend jusque Venaco. Très sympa, c’est un continental qui s’est installé en Corse il y a trente ans. Un quart d’heure de marche plus tard, je suis lifté jusque Vizzavona par un jeune Portugais qui roule très très vite et a une voiture qui tient à peine ensemble. Il roule d’ailleurs tellement vite qu’il "loupe" Vizzavona et me dépose quelques centaines de mètres trop loin. Dans la précipitation, j’oublie ma bouteille d’eau dans sa voiture !

Petite action, grandes conséquences : j’affronterai l’étape la plus dure du parcours sans eau potable et sans repas consistant. Une fois de plus je me dis que l’aventure commence, mais cette fois j’ai en face de moi la première marque rouge et blanche qui m’indique le chemin du "Fra li Monti", le fameux GR20 qui me fait rêver depuis tant de temps. Pas le temps de rêver, il est tard et le refuge de l’Onda est loin. Je sens la main de papa dans mon dos, Mimi, Laurent, Audrey et tous ceux qui m’enverront des messages pendant ces deux semaines marchent à mes côtés. Mon aventure ne commence pas, elle a commencé. Et je le sens. Au menu de la première étape il y a 1200m de dénivelé à grimper et la soif ne tarde pas à se signaler. C’est dur, très dur. Je fini par boire l’eau des rivières et j’attaque mes barres de céréales. Mauvais point pour la préparation. Heureusement, le spectacle que m’offrent les cascades des Anglais et le Monte d’Oru apaise mes difficultés.

Aux deux tiers de l’ascension, je fais la rencontre de la famille André. Nous marcherons ensemble quelques jours et leur rencontre sur cette première étape sera un vrai salut. Les dernières centaines de mètres à grimper sont infernales : plus d’eau (même plus de rivière), rien de notable dans l’estomac, trois heures d’efforts intensifs dans les jambes et une étape dont je ne vois pas le bout ! J’emboîte donc le pas en toute humilité mais sans honte dans celui de la maman André. Je n’en peux plus, si elle s’arrête je m’arrête. Si elle marche, je marche. J’ai déconnecté mon cerveau et je ne fais que la suivre… pour enfin arriver en haut. Spectacle grandiose. Tout le monde s’arrête, reprend des forces. Je choisis de continuer pour arriver avant les quelques randonneurs qui se reposent. La descente est moins difficile mais plus technique, le risque de chute est permanent car le sentier est fait de petits cailloux poussiéreux. Deux chutes sans conséquences plus tard… le refuge, au loin. Enfin. J’arrive dans les temps, j’ai le 14e lit disponible sur 16 (le refuge a été agrandi cette année) et je réserve dans la foulée le menu du soir…

A ce moment commence une soirée particulière : découverte des chiottes turques, première douche froide, premières rencontres, premier menu en refuge,… Je rencontrerai ce soir là, la Famille André (que j’avais juste croisé pendant la journée), deux belges (père et fils) de Rixensart, cons comme la lune; un groupe de randonneurs français qui randonnait dans l’autre sens et qui s’étaient rencontrés sur le parcours… En fait, j’avais devant moi ce que j’appelle aujourd’hui un premier tableau de GR20. Une situation qui est devenue aujourd’hui une image figée. L’ambiance lors de ce repas partagé par des gens fatigués mais fiers, venant d’endroits différents, qui ne se connaissent pas mais qui sont avides de savoir ce que l’autre à vécu pendant sa journée, est vraiment particulière. Les refuges sont aussi l’occasion de voir des gens hauts en couleur comme ce randonneur accompli qui m’a tellement fait penser à un personnage des bronzés, qui a décidé, sans raison, de dormir dehors, comme ça, pour faire le cow-boy. Fatigantes et fortes en émotions, la journée se termine après le morceau de fromage Corse qui clôture le menu délicieux (soupe corse, lasagne et fruit) servis par un couple de gardiens de refuge sympas et accueillants !


Cù Babbu… (Avec papa)
Il me l’avait dit il y a trois ou quatre ans lors de l’une de nos discussions à propos de la Corse, l’une de ces discussions entre quatre yeux qui brillent. Il voulait le faire le GR20, peut être pas en entier (il aimait se faire passer pour un vieux avec ses 47 ballets) mais en partie, certainement. Il serait venu avec moi c’est certain. Il m’aurait aidé à traverser les difficultés rencontrées sur le GR cet été et il m’aurait aidé à franchir celles qui m’ont amené à le faire aussi. il m’a simplement transmis son amour pour la Corse et pour l’aventure et c’est donc naturellement à lui que je dédie mon projet et la réussite de celui-ci… Ti ringraziu per tutti Babbu !