Des écorchures dans la montagne

Destination : Europe » Espagne | Montagne : Pyrénées | Activité : Randonnée  | 


Des écorchures dans la montagne - Randonnée entre Anayet et Collarada
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C’est vers le Pic d’Aspe, entrevu la veille, que je décidai de parachever mon séjour en solitaire. Mais comme pour l’Ansabère et ma tentative au Castillo de Acher, la météo en décida autrement, concédant la simple matinée. Cela me suffit pour atteindre le col, en ayant parcouru au préalable la moitié inintéressante qu’est ce grand chantier de la station de Candanchu. Tout n’est que pistes, aplanissements et remblais, fraîchement sortis de terre, comme semblant défier les lois de l’érosion. Une question se pose à moi : jusqu’où, par quels moyens, et à quel coût ? Ces écorchures m’inspirent encore plus de douleur que les laves de l’Anayet, pourtant surgies avec o combien plus de violence il y a quelques millions d’années…

Et pourtant, Candanchu n’est pas la pire : la vallée d’Espelunciecha, de l’autre côté de l’Anayet, sous le col du Pourtalet, celle même que j’ai remonté l’an passé lors de ma première randonnée, n’est tout simplement plus. Dévorée par l’ogre Formigal. Mais quel est le but d’Aramon, la holding qui gère les deux stations ? Il faut se rendre à l’évidence : malgré rumeurs et démentis en tout genre, c’est bien le site volcanique d’Anayet, avec ses lacs, qui sépare les deux.

A-t-on le droit de transformer la montagne à notre gré, au nom du seul prétexte que l’offre répond à la demande ? Les défenseurs du ski diront que oui, car si la montagne n’est ni réservée exclusivement au skieur, elle ne l’est non plus au randonneur, client certes moins consommateur. Et il est connu que toute zone concernée par le moindre projet d’aménagement a la fâcheuse habitude de devenir la plus belle du monde la veille des travaux…

Mais ne devons nous pas nous interroger sur la légitimité d’une telle entreprise, dans une portion de la chaîne qui n’est pas réputée pour son enneigement, qui plus est versant Sud, alors que les Pyrénées elles mêmes subissent de plein fouet le réchauffement climatique ?

L’histoire a bien souvent montré que les transformations infligées à la nature par l’homme, surtout celles faites à la hâte et sans concertation, sont irréversibles. En témoigne le dépotoir du cirque d’Ip, et bien d’autres. Mais la démesure du projet de Formigal est sans précédent. Les Pyrénées méritent-elles cette balafre ? Plus qu’une ode à la beauté du secteur Anayet-Ip, ce récit est un cri de douleur. Bien entendu, il pèse peu face à une avalanche de millions d’Euros. J’espère néanmoins, par celui-ci, contribuer à alerter les opinions et faire changer les mentalités, avant que les tracto-pelles ne passent à l’offensive…

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