Carnet d'une randonnée d'une semaine au coeur du Désert Blanc en Egypte. Du Caire, nous avons rejoins le Désert Blanc pour une randonnée dans les paysages lunaires et uniques de cette partie orientale du Sahara. J'y ai découvert un chapelet étonnant de roches crayeuses sculptées par l'érosion. La craie, si blanche le jour, prend des teintes douces et raffinées le matin et le soir. Récit…
Depuis je suis retourné au Désert Blanc en 2025. Lisez également mon nouveau récit.
Prologue
L’Egypte est un des pays les plus touristiques au monde. Bons nombres de voyageurs se rendent dans la vallée du Nil pour y admirer les vestiges de l’époque pharaonique ou sur les côtes de la mer rouge entre Hurghada et Sharm el Cheikh pour les plaisirs de la plage et des fonds sous-marins.
L’Egypte est pourtant à 94 % de son territoire un pays de désert. A l'est de la vallée du Nil se trouve le désert d'Arabie, à l'ouest le désert Libyque, lieu de l’expédition.
Le terme même de désert libyque mérite qu’on s’y attarde. Il ne renvoie pas au pays (on utiliserait le mot libyen) mais désigne une région géographique à cheval sur la Libye (ouest), l’Egypte (est) et le Soudan (nord). Il correspond en réalité à la zone du Sahara Oriental.
Le Désert Libyque est constitué de zones très diversifiées. Citons le désert blanc et ses champignons de calcaire, l’immensité sablonneuse de la Grande mer de sable, les plateaux rocheux du Gilf el Kebir et le massif granitique de l’Uweinat.
Lors de ce voyage, j'ai découvert le Désert blanc, sans doute l'un des endroits les plus singuliers du monde. En compagnie d'Essam, guide pour Allibert Trekking, Folale, chamelier, et de cinq autres voyageurs, j'arpente à pied les différentes facettes de ce désert entre roches meringuées, champignons et grandes vallées . Récit de la randonnée après un passage par le Caire et les pyramides de Gizeh.
Au Caire
Le centre-ville du Caire
Départ de Paris pour le Caire via Zurich par Swiss. Vol agréable. De l'aéroport Matar el Gedid, je prends un taxi pour mon hôtel (Cairo Khan) situé dans le centre-ville de la capitale. C'est ici qu'on retrouve les boutiques de la ville. Après l'installation à l'hôtel, je pars flâner dans ce coeur névralgique.
Bien que nous soyons vendredi, jour saint chez les musulmans, hommes, femmes et enfants sont nombreux à faire du lèche-vitrine. Les magasins aux devantures kitchs n'ont pas l'éclats des pays occidentaux mais ça ne saurait tarder. Il suffit de comparer les nouvelles boutiques, modernes et occidentalisées aux anciennes. L'évolution est en marche, ça saute aux yeux !
Sur les trottoirs, des étales de cassettes vidéos, audio, DVD, fringues en tout genre, mais aussi poissons se vendent au pied levé. Aux vêtements traditionnels se mêlent désormais le jean et les contrefaçons des grandes marques américaine et européennes. Parfois même, le jean vient se glisser sous la djellaba des femmes. Les téléphones portables sont légions.
Des vendeurs jettent de l'eau devant leur vitrine pour atténuer la poussière. Sur ce même carrefour, une bagarre éclate entre deux cairotes pénétrant dans un taxi collectif. Rapidement, c'est l'attroupement qui les entoure. Dans un capharnaüm où chacun a son mot à dire, les deux hommes se séparent en grinçant des dents.
Dans la même rue, un peu plus loin, je m'assois à la table d'un ahoua (café). Derrière moi, des hommes fument la chicha (version égyptienne du narguilé). Plusieurs jeunes couples sont venus boire un thé et discuter. Des clients laissent leurs chaussures au cireur de passage. A la tombée de la nuit, les Imams lancent l'appel à la prière. Si personne dans le café ne se dirige vers la mosquée, la musique a été stoppée. C'est pour moi l'heure de retourner à l'hôtel et de prendre une douche.
Retour en ville pour casser la croûte. J'opte pour le fast-food égyptien : Gad. Pas facile de s'y repérer en arrivant. Tout est marqué en arabe et pour compliquer le tout, la commande se fait à la caisse. Par chance, les employés parlent anglais. On s'y retrouve donc. Bon et pas cher (15 £ égyptiennes pour deux sandwichs et un coca).
Caire Copte, Saqqara, Dachour et Memphis
Après une nuit difficile en raison de l'agitation nocturne des Cairotes j'aurais dû penser aux boules quies), je passe la matinée dans le Caire Copte. Cette partie du Caire, pleine de charme, est le plus ancien quartier de la ville. Il renferme la synagogue Ben Ezra, fondée en 1115, et comptait une vingtaine d’églises dont il n'en subsiste que cinq dont, notamment : l’église suspendue consacrée à la Vierge, probablement l'église chrétienne la plus ancienne en Égypte ( IVe siècle), l’église Saint-Serge construite à la fin du IVe siècle au dessus d’une crypte où la sainte Famille se serait réfugiée lors de la fuite en Égypte et l’église Sainte-Barbara, du nom d'une jeune fille martyrisée pour avoir essayer de convertir son père au christianisme, reconstruite au XIe siècle. Si l'extérieure des églises ne ne présentent pas d'intérêts particuliers, les ornementations intérieures sont extrêmement riches. Le musée Copte mérite également une visite. Repas rapide dans un petit resto sur place et départ en taxi pour le secteur de Saqqara.
Vaste nécropole de la région de Memphis, Saqqara est connu pour sa pyramide à degrés du roi Djoser (1er souverain de la IIIe dynastie), la première structure de pierre connue au monde. L'historique de sa construction est intéressante. Jean-Philippe Lauer, égyptologue français (1902 – 2001) affirme que tout est parti d'un simple mastaba auquel Imhotep, architecte du projet, ajouta trois niveaux supplémentaires. Deux nouveaux degrés furent ajoutés en s'appuyant sur la pyramide déjà existante.
Plus au sud Dachour était une vaste nécropole composée de onze pyramides. Aujourd'hui, il en subsiste cinq. Trois d'entre elles ne sont accessibles qu'en 4×4. Bâties en pierre, les deux autres, la pyramide rhomboïdale qui tire sont nom de son inclinaison étrange et la pyramide rouge, première pyramide parfaite et ancêtre de Khéops, furent commandées par Snéfrou, fondateur de la IVe dynastie. La chambre funéraire de la Pyramide rouge se visite. Je descends par un passage étroit et raide. L'atmosphère est chaude et moite. L'air manque un peu. Je débouche sur la chambre en contrebas. On y observe assez bien l'intérieur. Pour y voir de plus prêt, un escalier a été installé.
Avant de revenir au Caire, passage par Memphis. Memphis est le nom grec de la ville antique, capitale du premier nome de Basse-Égypte. Difficile d'imaginer ce qu'à pu être Memphis par le passé à la vue de ce qu'il reste aujourd'hui. On y vient pour ce qu'elle a été, plus pour ce qu'elle est…
Retour au Caire et prise de contact avec une partie du groupe qui m'accompagnera dans le Désert Blanc.
Pyramides de Gizeh – Désert Blanc
Cette matinée est consacrée à une visite express des pyramides de Gizeh.
Sa renommée internationale est due aux célèbres grandes pyramides (Khéops, Khéphren et Mykérinos) ainsi qu'au Sphinx qui témoignent de la civilisation égyptienne antique. L’ensemble de ce complexe forme le plateau de Gizeh. De tous les vestiges monumentaux que nous ont légués les Égyptiens de l'Antiquité, les pyramides, et notamment les trois grandes pyramides de Gizeh, sont à la fois les plus impressionnants et les plus emblématiques de cette civilisation. Tombeaux des rois, des reines et des grands personnages de l'État, dont l'édification remonte pour la grande majorité au tout début de l'Égypte antique, la forme pyramidale de pierre accueille une ou plusieurs chambres internes reliées par des couloirs. La grande pyramide de Gizeh, construite par Khéops, fait partie des sept merveilles du monde antique.
Long trajet pour le désert blanc. En chemin, première halte dans un des seuls cafés de la route pour y manger des falafels qu'Essam, notre guide, a acheté au Caire. Ce sont des boules frites composées à base de pain (Fa – fait de ; La – beaucoup ; Fel – miettes de pain) et de fèves.
Nous reprenons le minibus jusqu'à Bahariya. Composée de sept bourgs, Bahariya est une des quatre oasis du désert libyque et la seule appartenant à la province de Gizeh. Elle est connue tout particulièrement pour ses vestiges archéologiques. Des momies dorées y ont été découvertes en 1999 et en 2002 notamment. On estime aujourd'hui que le cimetière, d'époque romaine, comporterait plus de 10 000 momies.
En fin de journée, nous atteignons le désert blanc. Le reste de l'équipe locale (Amem, Ahmed et Folale) nous attend sur le bord de la route avant de rejoindre par une courte marche le lieu du bivouac : le cirque d'Aqabat.
Géologie du Désert Blanc
A la fin de l'ère secondaire (crétacé) il y a soixante sept millions d'année, une mer peu profonde recouvre l'épaisse couche de grès de Nubie de la région. Lors des trente millions d'années qui suivirent, trois cents mètres d'épaisseur de craie et de calcaire, plus massif, s'accumulèrent dans les fonds marins.
Il y a moins de trente millions d'années, l'englacement rapide de l'Atlantique provoqua l'abaissement général du niveau des océans. La mer qui recouvrait le désert blanc se retira.
Les sculptures étonnantes actuelles des roches du Désert Blanc sont le résultat de l'érosion. Trois facteurs prédominent :
L'eau,
- Le vent,
- La thermoclastie ( processus de désagrégation physique des roches résultant des écarts thermiques entre le jour et la nuit).
Extrêmement tendre et poreuse, la craie a été façonnée tout d'abord par l'eau lors des pluies diluviennes et des passages de la mer ; ensuite par les vents dominants (nord ouest) provenant de la Grande Mer de Sable, ce qui explique le dépôt sablonneux actuel et l'existence des yardangs. Enfin, les roches de craies feuilletées identiques aux falaises d'Etretat ont été sculptées par la thermoclastie. On le constate par la lecture de ses strates correspondant chacune à un cycle pluie/réchauffement.
Aujourd'hui encore, on trouve sur les couches de calcaire des dépôts marins : mollusques, crustacés, poissons, algues, récifs coralliens… fossilisés. Au milieu du sable et des plaques de calcaire, des minéraux noirs aux formes les plus diverses (rondes, allongées, éponge, en étoile…) parsèment le sol. Ce sont des sulfures et des oxydes de fer qui se sont développés dans la boue crayeuse. On les appellent marcassite, pyrite et hématite. Les morceaux d'hématite contiennent une poudre autrefois utilisée comme pigment rouge. On peut observer également des morceaux de calcite ou encore de silex.
De par sa composition, le Désert Blanc est un espace naturel extrêmement fragile. Il est question de placer cette zone en parc national.
Approche du Désert Blanc
6h30. Je suis aux aguets à attendre le lever du soleil. Ses couleurs chaudes viennent s'appliquer à chaque élément du cirque d'Aqabat tel un décalcomanie. Lorsque Lofale, le chamelier, se lève, ses premiers gestes vont à Allah. Face au soleil, il exécute une des cinq prières de la journée. Il nous accompagnera lors de la randonnée et guidera ses deux chamelles avec beaucoup de soin.
Nous sortons du cirque par une étroite passe débouchant sur une des rares dunes du Désert Blanc au pied des deux Pics, djébel témoin pour les oasiens. Ce passage permettait jadis aux caravanes de sortir du Désert Blanc et de relier Farafra à Bahariya.
Plus au sud, nous pénétrons dans une zone de pâturage utilisée par les chameliers de Bahariya et de Farafra. L'été, ils viennent y cultiver la pastèque au creux de petites rangées de dunettes artificielles. Repas à Wadi Hennis parsemé de palmiers. Poursuite de la marche sur un reg avant de déboucher à Ain Khodra (l'oeil vert) où une source émerge du sol. Les oasiens racontent que le chemin jusqu'à la Mecque est jonché tous les vingt kilomètres environ de points d'eau identiques. De nombreux restes de poteries ainsi qu'un pressoir à olives, datant vraisemblablement de l'époque romaine, s'observent sur place.
Continuation jusqu'à l'arbre le plus connu du Désert Blanc : un mimosa qui marque le début de la zone du Gour. C'est un formidable champ de meringues en craie qui repose au fond d'un wadi. Nous zigzaguons entre les roches jusqu'à rejoindre le 4×4 sur le lieu du bivouac.
Meringues et champignons du Désert Blanc
Lever matinal pour profiter des rayons du soleil sur ces petits tas blancs meringués. Le soleil a rendez-vous avec la lune et sort ses apparats des grands jours. Une lumière doucement rosée vient annoncer un brillant éclat ocre dans un ciel exempt de nuage.
Nous pénétrons dans la zone ” Sahara el Gedid” connu pour ses roches étonnantes en forme de champignons. Certains monolithes, d'aspect bien fragile, défie les lois de l'équilibre. Le vent a créé au pied des petites roches une cuvette résultant d'une érosion plus importante de la base. Histoire d'un champignon…
Nous explorons le secteur, contournons les gros blocs de craie, escaladons les moins friables pour observer, découvrir et apprécier l'harmonie des paysages. Certaines roches prennent des formes connues : sphinx, chien, poule…
Pendant combien de temps encore, ses morceaux de craie pourront-ils défier la physique ?
Au fil des heures, les teintes des roches oscillent : du rose tendre matinale au rouge brut du crépuscule en passant par la blancheur aveuglante du midi. La craie invite à la rêverie. Pourquoi s'en priver ?
Ce soir, installation du campement à El Hateya (le creux). Sous le clair de lune, le bivouac est installé. Il y a ceux qui ont monté la tente et les autres face au ciel astral. Au milieu, le 4×4, aidé par des pare-vents, a été placé en rempart pour constituer un campement protégé du vent. C'est ici, à l'abri, que les repas sont pris. Ahmed et Ahmem transportent nos bagages avec le 4×4, montent le camp et préparent les repas dont une excellente chorba à base d'ail.
Les grandes vallées du Désert Blanc
La journée démarre par des wadis de calcaire et de sable parsemés d'inselbergs en forme de boule. Nous traversons la route qui relie les oasis de Bahariya et Farafra. Elle coupe le Désert Blanc en deux : à l'est les meringues et champignons et à l'ouest les vastes wadis dominés par les hauts plateaux.
Nous rejoignons les doigt de Dieu, monolithe orienté vers le ciel pour une meilleure communication avec les anges. A moins que cela ne soit El Khabour, la verge, pour son aspect massif et tendu.
Ascension d'un dôme pour profiter du panorama sur les mesas blancs à la Monument Valley. D'ici, nous constatons que nous avons définitivement quitté la zone des champignons.
Continuation vers El Marsa (le théâtre) face à un vent d'ouest brutal provenant de la Grande Mer de Sable. Balayé par le sable, les bourrasques de vent viennent violemment gifler nos corps. De petits grains s'infiltrent dans les yeux. Les collyres serviront… Les paysages changent en un clin d'oeil en fonction du degré de particule qui lévite dans l'air.
Le soir, à El Marsa, le théâtre, appelé ainsi pour la grande diversité de ses formations rocheuses, le sable reste suspendu dans le ciel entourant le soleil d'un halo de couleur beige.
Plus tard, à la nuit tombée, un renard de Rupel est venu rendre visite au campement. Il passe à chaque passage des groupes pour y trouver de la nourriture. Il apprécie particulièrement les dates qu'il récupère près du feu ou dans les mains des oasiens.
Au crépuscule, le sable est encore en suspension dans le ciel lui conférant un aspect des plus singuliers. Nous traversons une zone de petites roches meringuées et escaladons un large monolithe (Ghard Walid). Belle vue sur le wadi ceinturé par les falaises qui marque la fin de la dépression.
A la descente, progression au milieu des mesas. Passage au coeur d'el Makhroum, véritable fenêtre ouverte sur le ciel, avant de faire une halte pour le déjeuner.
C'est la fin de la randonnée, la route est en vue. Ce soir, nous posons le dernier bivouac à Ghard Bara (dune extérieure) à une demi-heure de marche du bitume. Demain, nous rentrons au Caire. Après demain, c'est la France.
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