Direction le Camp de base 2

Destination : Népal » Asie | Montagne : Himalaya | Activité : Alpinisme  | Agence : Allibert Trekking 


Direction le Camp de base 2 - Ascension de l'Everest
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J36 Vendredi 9.05.08 – CB (5350m) C2 ­(6350m)

Comme un poisson hors du bocal

Sat : 99 % en général entre 85 et 99

Lever 6h30 départ 5h.

13h30 d’effort entre 5000 et 6000 ! Cette montagne bafoue toutes les règles élémentaires de l’acclimatation. En effet : CB-C1 800/900m dans un terrain fatiguant et si l’on fait CB-C2 1180m ! C2-C3 600/700m, arrivée au dessus de 7000m. C3-C4, 1000m arrivée à 8000m. C4-sommet 800/900m, arrivée à 8850m !

Au départ tout va bien, je constate que l’acclimatation permet un pouls plus élevé avec une respiration moins rapide et évite cette sensation d’étouffement : le poisson hors du bocal. Aujourd’hui c’est Anne Garance qui est dans ce cas là… Elle a attrapé la crève, se trouve sans force et se demande si elle va y arriver. Il faut dire que l’icefall demande beaucoup d’énergie, surtout après que le soleil se soit levé, on est dans l’enfer blanc, on a besoin de toute sa respiration, de tous ses globules pour affronter échelles, montées, descentes, cordes et désert brûlant. Aux dernières échelles verticales, AG craque un peu, à la radio j’arrive à joindre nos sherpas pour demander assistance, que l’un d’eux viennent à notre rencontre pour porter son sac. Nous mangeons un morceau et je lui donne 2 solupred qui vont lui permettre de tenir le coup jusqu’au C2. En effet c’est interminable ! Et je me demande si elle a encore assez de force alors que nous ne sommes pas encore au C1. Heureusement, Nima, l’autre sherpa, nous rejoint et peut prendre son sac. Nouveau point radio au C1 et nous décidons de continuer l’interminable route jusqu’au C2 sous la neige avec une trace qui s’efface. Je donne le rythme le plus régulier possible à AG, mais c’est interminable ! C’est vraiment trop long ! A la fin, Ang Tsering vient à notre rencontre avec une boisson chaude et se propose de porter mon sac. La combe ouest en touriste pour le petit bout qui reste, ça ne se refuse pas.

Cela n’arrange pas les sherpas de maintenir un C1, mais 13h d’effort à des altitudes pareilles cela puise sur les réserves. A mon goût, ce n’est pas à conseiller pour une acclimatation réussie. Il ne faudrait pas dépasser 8/10h d’effort au-delà de 5000m et ne pas faire monter le pouls au-delà de 135/140 (pour moi 62 ans)
Pendant le dîner, Anne Garance repère une bouteille plastique et me demande de la couper. Ca y est, elle a craqué, nouvelle adepte de la gourde pipi; quand je pense que j’ai eu des pudeurs au début à emporter la mienne. Eh les filles ! En expédition, mettez-vous donc à la gourde américaine à goulot de 10 cm, garante de confort.
Le soir, après cet effort énorme de la journée, je retrouve, pour m’endormi, ce que j’appelle la dette d’O2, très désagréable : on commence à s’endormir et le manque de débit par le nez vous réveille avec la sensation d’étouffer, quelques respirations accélérées et on retrouve le calme, nouvel endormissement, nouveau réveil, etc. C’est très pénible et angoissant, il faut 2 à 3h pour trouver enfin le vrai sommeil.

  • M : 1189m – 90m/h
  • D : 170m
  • Tps :13h24 Puls :96/129/153 2h42<125

J37 Samedi 10.05.08 – C2 (6350m) Repos

En haute altitude il est urgent de ne rien faire …

Glandouille à 6300. Aux bons soins de Maïla (notre cook du C2) qui nous mitonne des petits plats avec les moyens du bord, chef d’un des plus hauts restaurant qu’on puisse imaginer. Cela dit l’endroit reste assez invivable : on gèle sous la tente la nuit (-12°) et on y rôtit la journée (+30°) lunettes de soleil et casquette pour se protéger du soleil qui brûle à travers la toile, tenue ultra légère de rigueur. Les heures du lever et du coucher de monseigneur l’astre solaire restent très agréables. Aujourd’hui les sherpas de tous les groupes sont montés équiper et installer le C3. Il y a 4 étages de tentes sur le sérac peu tourmenté qui réserve quelques plates-formes et qui se trouve sous le sommet du Lhotse à droite du large couloir qui descend du col sud. Il faut ensuite traverser pour atteindre la bande de rochers jaunes et retraverser encore pour atteindre le col sud.

petraud
A propos de l'auteur

Guide de haute montagne, Vingt-cinq années d'itinérance dans les Alpes, l'Amérique du Sud et l'Himalaya en alpinisme, trekking, expéditions et l'émotion provoquée par  la fréquentation de paysages hors du commun ont trouvé un débouché tout naturel à une passion tenace...



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