Itinérance à ski-pulka vers la Côte Est du Spitzberg

Destination : Norvège | Activité : Ski de randonnée nordique  | Agence : 66° Nord 
Nombre de jours : 16 jours | Difficulté : 5 | Dénivelé : +843 m/-708 m | Distance : 99 km | Type d'itinéraire : Demi-boucle | 
Transport : Avion | Ecosystème : Littoral et Montagne | Hébergement : Bivouac
Meilleures Périodes : Mars et Avril
2 semaines en bivouac en Arctique, l'hiver. C'est l'expérience vécue par Fanny & Henri au Svalbard. Voici leur récit d'un voyage engagé à ski-pulka vers la Côte Est du Spitzberg.
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L’idée de découvrir le Spitzberg à ski-pulka avait germé aussitôt après notre voyage de cinq semaines en kayak de mer dans cette région. Mais si nous rêvions de ce voyage hivernal, il nous fallait relever plus d’un défi pour qu’il devienne réalité. Bien sûr, il fallait réunir l’important budget pour partir. Mais il nous fallait également apprendre à … maîtriser les bases du ski, ce qui était loin d’être notre cas ! Quelques milliers de “chasse-neiges”, de chutes, un coccyx fêlé et deux voyages préparatoires (en Laponie) plus tard, nous étions prêts. Enfin aussi prêts que l’on peut être à une expérience aussi radicale.

Itinérance à ski-pulka vers la Côte Est du Spitzberg
Derniers préparatifs | Œil & plume ©

Derniers préparatifs et premiers bivouacs dans la tempête

Nous sommes fin mars, dans un entrepôt de Longyerbean. Base logistique de nombreuses expéditions, le bâtiment accueille nos derniers préparatifs ; répartition des repas et du matériel collectif, équilibrage des charges, organisation de l’équipement, … Yannick, notre guide, orchestre ce drôle de bal, accompagne le choix des chaussures et des skis, repère les équipements potentiellement défaillants tout en chargeant sa propre pulka. C’est quelques heures plus tard, autour du repas qu’a lieu le briefing sécurité. Trois points exigent une vigilance de chaque instant, les risques de gelures aux extrémités, le risque de passage à l’eau lors des traversées sur la banquise et la présence de l’ours polaire. Dès le lendemain, en fin de matinée, une chenillette nous dépose à quelques heures de la ville. Chacun s’équipe alors pour la progression. Les pulkas s’alignent, à la queue leu-leu, et c’est le départ. Cagoules et capuches, soigneusement resserrées pour lutter contre le vent fort, nous enferment chacun dans sa bulle et augmentent la sensation d’intense isolement qui nous gagne.

Itinérance à ski-pulka vers la Côte Est du Spitzberg
Progression dans un paysage sans limite | Œil & plume ©

La météo annonce un fort coup de vent sur la côte Est et nous commençons à en ressentir largement les effets dans notre vallée orientée perpendiculairement à la côte. Une évidence surgit : il n’existe plus de refuge contre les éléments autres que ceux que nous organisons, plus d’autres sources de chaleur que celle de notre propre chaleur corporelle. Étendu jusqu’à l’infini, le paysage blanc ouaté nous absorbe.

La première journée sur les skis est assez courte car nous souhaitons monter le camp de jour et prendre le temps de gérer les potentiels soucis d’organisation. Vent force 5, forcissant 6, température ressentie entre -25°C et -30°C. La manipulation de la toile de la tente mess, aux dimensions remarquables, demande d’infinies précautions pour éviter blessures et déchirures. Celle des arceaux s’avère un casse-tête, les élastiques “cuits” par le froid ne retiennent plus les brins solidaires. Chaque manipulation fine exige de retirer les moufles grand froid, chaque retrait de moufle peut se solder par des gelures. Le vent rend le risque réel et chacun veille à la santé de ses coéquipiers. Le blanchiment d’un nez, d’une joue annonce le début d’une gelure qu’il faut combattre par de légers massages. Ici le corps flirte avec ses limites, s’apprête à sacrifier quelques éléments pour sauver l’essentiel. Deux heures et demie sont nécessaires pour monter le camp. Terrasser les espaces des tentes individuelles, creuser celui de la tente mess et des toilettes collectives puis organiser pulkas et skis pour les retrouver en cas de tempête nocturne. Les stocks de nourriture et la tente mess sont à bonne distance des tentes individuelles pour qu’un éventuel ours maraudeur ne viennent pas directement sur les dormeurs. A cette précaution s’ajoute, plus importante, celle de quarts de garde. En binômes, la petite équipe de 8 se répartit la nuit. Mais comment surveiller l’arrivée d’un ours de nuit quand la tempête fait rage, que les flocons de neige renvoient la lumière de nos frontales et limitent la visibilité à quelques mètres ? La première nuit est intense, intensément stressante !

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Chahutés par le vent | Œil & plume ©

La remise en route du lendemain se fait dans une météo toujours chahutée. Nous progressons dans une large vallée glaciaire, sur une neige cartonnée, formant peu à peu des zastrugi sur lesquels les skis ploient, crissent mais finissent toujours par passer. Le terrain irrégulier suscite beaucoup d’attention, d’anticipation pour éviter que la pulka ne reste à accrochée ou, au contraire, ne prenne de l’élan et vienne percuter les skis ou les jambes. La progression est lente mais à rythme constant, seulement ralentie par les pulkas qui se renversent régulièrement. Peu de pauses car le refroidissement est immédiat. Une mini-halte en milieu de matinée, le temps de grignoter quelques fruits secs, une autre l’après-midi. Entre les deux, une vraie pause repas où l’on se ré-équipe des grosses doudounes, des moufles grand froid. Une soupe chaude, un lyophilisé et quelques sucreries constituent la ration habituelle.

Froid et efforts puisent dans les ressources et nous voyons avec plaisir se profiler le deuxième bivouac, au pied de la moraine qu’il faudra passer le lendemain. Le bivouac est un temps d’échange et de sociabilisation précieux où chacun participe à la réussite de l’aventure, où le repas noue des liens et où les décisions collectives sur le rythme et les quarts de garde se prennent. La qualité et diversité des repas lyophilisés modernes n’est pas à négliger dans le plaisir de cet instant de la journée. Ce soir ce sera Curry rouge thaï, avec des épices d’une puissance à faire oublier la température extérieure.

Itinérance à ski-pulka vers la Côte Est du Spitzberg

C’est une moraine presque sans fin qui s’ouvre devant nous et avec sa traversée, s’en est fini de la progression à plat. Raidillons et dévers se succèdent, avec des zones de toundra mise à nue par le vent et d’autres, de glace vive. Autant dire que tenir debout sur les skis relève de l’exercice de haut vol pour les moins bons skieurs – dont je suis. Mais tant bien que mal les obstacles se franchissent.

Le spectacle inouï d’une immense vallée glaciaire baignée de lumière dorée s’offre alors à l’horizon tandis que des écharpes de neige arrachées par le vent violent noient le premier plan dans un voile cotonneux. Sans guère de considération pour les êtres malhabiles que nous sommes, deux lagopèdes, ces perdrix des neiges, cherchent tranquillement leur nourriture parmi les lichens mis à nu par le vent. Il semblent aussi à l’aise que nous le serions à la terrasse d’un café !

A la sortie de cette moraine, nous devons traverser une vaste vallée glaciaire pour poser le bivouac sur la moraine latérale d’en face. Parmi les phénomènes les plus marquants de la progression en Arctique, la perte d’échelle ne cesse de surprendre. Les heures se succèdent, au rythme hypnotique des pas glissés … presque sans résultat en matière de progression, le terme de l’étape semble inatteignable. Tenir, malgré le vent qui se lève à nouveau, le soleil qui baisse derrière le relief et laisse place à un froid plus vif, tenir malgré l’épuisement, les douleurs du frottement des fixations. S’accrocher au but, à la magnificence des lumières arctiques du coucher du jour. 9 heures sur les skis, quelques mètres encore, un coup de cul pour hisser les pulkas sur la moraine. Et là, embrasser du regard la banquise. Car oui, nous sommes enfin au bord de l’océan, sur la côte Est du Spitzberg. Au large, les îles d’Edgeøya et Barentsøya barrent l’horizon.

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Chambres avec vue | Œil & plume ©

De la banquise aux glaciers

L’idée d’un camp fixe de deux nuits a séduit tout le monde. Le temps de récupérer un peu, de prendre soin des organismes, panser quelques blessures. Mais aussi de mettre un peu d’ordre dans certains équipements défaillants et faire le point sur les difficultés à venir. Le lendemain, l’équipe logistique basée à Longyerbean nous annonce que la “cartographie de l’état de la banquise” ne permet pas de considérer celle-ci comme actuellement franchissable car trop peu épaisse. Il nous faut pourtant l’emprunter pour poursuivre notre route, le littoral étant trop raide pour passer avec les pulkas. Face à un gros raidillon, nous dételons les pulkas. Passons la colline le temps d’analyser la situation in situ. Ours !! A quelques dizaines de mètres en contrebas, sur la plage, un ours polaire nous observe. Mon matériel photo est resté sur la pulka. Ce sera la seule fois de tout le séjour que je m’en serais éloigné de plus de quelques mètres. Mais l’observation d’un ours polaire dans ces conditions est si extraordinaire que je ne peux que jouir de l’instant, sans arrière pensée.

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Ours sur la banquise | avec l’aimable autorisation de JB. Bronisz ©

Nous avons pris du retard sur le programme prévisionnel, c’est indéniable et pourtant nous devons poser le camp tôt, analyser les options. En étudiant avec précaution la carte, Yannick relève un passage qui permettrait d’écourter la longueur de banquise à franchir. Il n’y aurait que deux ou trois heures critiques. Ça se tente ! Avec d’infinies précautions nous nous engageons le lendemain matin sur l’océan gelé. Yannick ouvre la voie, bien devant, encordé au second. L’équipement de sécurité, balise de détresse, téléphone satellite est réparti entre les suivants pour permettre de déclencher les secours en cas de passage à l’eau du premier. Le piolet de Yannick entaille la glace pour mesurer son épaisseur et, comme un marteau de magistrat, rend le verdict : “la glace est assez épaisse, on avance”.

Plus de stress que de difficultés et le passage sur la banquise évite même les pénibles crêtes de concrétion que nous redoutions aussi. Ces plaques de glace soulevées parfois jusqu’à la verticale rendent la progression sur la banquise extrêmement pénible. L’atteinte de la plage est un soulagement et signifie que la poursuite du voyage est possible. Nous avons atteint la rive gauche d’un immense glacier. Notre itinéraire en longe la moraine sud, puis s’y fraie un chemin, remontant en direction du glacier lui-même, que nous franchirons le lendemain. En attendant, c’est au cœur d’une moraine douce que nous avançons, à plutôt bonne allure. Le camp dressé, le repas pris, s’organisent les tours de garde. Fanny et moi prendront le dernier tour. C’est mon préféré. Bien sûr, parce qu’il permet de se coucher immédiatement et évite la nuit interrompue. Mais surtout parce qu’il permet de profiter des couleurs inouïes du lever du jour, bleus et roses pastels.

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Devant nous, un vaste glacier à traverser Depuis le bivouac vues sur la vallée traversée la veille | Œil & plume ©

La vallée des rennes

Le passage du glacier est une des étapes potentiellement les plus difficiles de notre traversée. Elle est cruciale, car c’est elle qui nous permet de basculer vers un vaste réseau de vallées glaciaires qui offre un passage facile vers la ville. Le glacier passé, une intervention extérieure (secours, reprise, …) deviendra moins compliquée. Mais le glacier est long et nous devons en atteindre les hauteurs pour redescendre de l’autre côté. Et faire du dénivelé avec des pulkas très chargées ne relève pas de l’exercice plaisant.

La journée est belle. Un soleil radieux accueille nos pas glissés et rend le froid très vif plus supportable. Enfin, au début … Car aussi incroyable que cela puisse paraître, et malgré les températures bien inférieures à – 20°C, il règne sur le glacier une humidité incroyable. Elle se dépose partout, sur tout, transformant nos visages en statues de givre. Et le vent, qu’aucun obstacle ne freine, n’est pas là pour apporter du confort. Dans ces conditions, mais aussi pour éviter les risques inhérents au bivouac sur glacier, la journée se prolongera jusqu’à atteindre le bas du glacier, quoi qu’il en coûte.

L’arrivée au sommet peu après le repas de midi nous remplit d’espoir d’une fin d’étape rapide. Grossière erreur, car dans ce décor incroyable de grandeur et de beauté les heures suivantes passent et nous semblons faire du sur-place. Et à nouveau les visages se tendent, les mots se taisent, les dents se serrent sur les douleurs et quelques larmes discrètes coulent même. Combien de temps avons-nous passé sur les planches ? 10 heures, peut-être 11, mes souvenirs me trahissent. Mais je me souviens de chaque détail du montage de ce bivouac, au pied d’un petit front glaciaire. Le repas est inhabituellement calme et personne ne se fait prier pour se glisser dans la tente. Il faut dire qu’une fois dans la tente, il reste, avant d’enfin pouvoir dormir, à quitter chaussures et moufles grand froid ainsi que la doudoune et la salopette en duvet. Il faut encore profiter de cet instant pour une toilette extrêmement sommaire et vérifier l’absence de problèmes de santé. Le froid endort les sensations et l’on peut facilement passer à côté d’une petite plaie qui s’infecte ou d’une gelure.

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Vue sur le bivouac à l’entrée de la vallée des rennes | Œil & plume ©

Le lendemain, c’est toujours un grand soleil qui nous accueille au réveil. L’étape commence par la traversée d’un lac, ponctué ça et là d’icebergs issus du front glaciaire au pied duquel nous avons bivouaqué. Le terrain est facile, mais la journée de la veille a laissé des traces et la fatigue est bien présente. Après le lac, nous atteignons la vaste confluence de vallées largement ouvertes. Notre bivouac est posé à l’entrée de Reindalen, la vallée des rennes. Et la vallée n’usurpe pas son nom, les herbivores sont bien là, nous jouant même des tours et déclenchant une “alerte à l’ours” en pleine nuit. Il faut dire que même s’il s’agit de la plus petite sous-espèce de renne, l’absence d’échelle dans ce paysage uniforme et la faible lumière de la nuit provoquent d’inévitables confusions. La fausse alerte aura servi d’exercice et démontré qu’il n’est pas si évident d’être rapidement habillé et hors de la tente … surtout avec la fatigue accumulée au terme de plus de deux semaines d’aventure.

Car le bivouac suivant marque bien le terme de notre périple. Le temps se dégrade, la dernière journée se déroule en grande partie dans un impressionnant white-out, brouillard arctique où sol et ciel se fondent et où disparaissent tout repères. A celui-ci succède un gros coup de vent qui chahute notre bivouac et nos préparatifs de récupération par la chenillette. Quelques heures plus tard, nous retrouvons le confort de Longyerbean, la chaleur d’un gîte, le confort d’une douche, le plaisir d’un repas pris au chaud. Les avions cloués au sol par la tempête retarderons notre retour en France de plusieurs jours. En Arctique, même en ville, la nature reste reine, et c’est la reconnexion avec ce sentiment qui fait d’une telle aventure une expérience si précieuse.

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Carnet pratique

Quand y aller ?

La période propice est de mi-mars à fin avril. Mi-mars, il y a encore quelques heures de nuit, qui diminuent assez rapidement au fil des jours. L’itinéraire est complètement dépendant des conditions météo et sera à adapter en fonction des risques d’avalanches, de l’état de la banquise, …

Comment y aller ?

Depuis Paris, il faut prendre un vol pour Oslo (différentes compagnies opèrent), puis un vol pour Longyearbyen, la capitale administrative de l’archipel du Svalbard. L’aéroport de Longyearbyen est desservi par les compagnies Scandinavian Airlines et Norwegian. Le vol entre Oslo et Longyearbyen, fait généralement escale à Tromsø pour réaliser les formalités liées à la sortie de l’espace Schengen.

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Avec qui partir ?

Seules 2 agences françaises sont autorisées à exercer au Spitzberg (leurs séjours peuvent être revendus par d’autres agences). Pour notre part, nous avons choisi le “Raid sur la côté Est du Spitzberg” proposé par 66°Nord, spécialiste des voyages polaires depuis 1998.

Quelles difficultés ?

Le voyage est coté “engagé” par l’agence 66° Nord. Si la progression en ski de randonnée nordique ne présente aucune difficulté (y compris pour de mauvais skieurs), il faut néanmoins arriver préparé physiquement et psychologiquement.

Physiquement, car les journées types peuvent être éprouvantes : environ 5h par jour de montage / démontage de camp + de 6 à 8 heures de progression en ski (ce qui représente en moyenne de 10 à 15 km par jour) en tirant une pulka d’environ 40 à 60 Kg + du temps de repos fragmenté en raison des tours de garde à l’ours (de 1 à 2h par nuit en fonction de la taille du groupe). Les conditions météo qui peuvent être très changeantes sur la durée du séjour comme au cours d’une même journée ajoutent à la fatigue. Progresser ou faire la garde à l’ours à -15°c sans vent n’est en rien comparable avec la version -27°c avec un fort vent et du blizzard. Psychologiquement, car, si l’isolement, la présence de l’ours et le froid peuvent en ravir certains, il peut aussi en inquiéter d’autres. L’expérience du guide et la cohésion du groupe sont des facteurs très importants pour que tout se déroule au mieux.

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Les pastels des levers de soleil arctique | Œil & plume ©

Quelles précautions de santé ?

Il est indispensable de partir en excellente santé. En cas d’accident, des évacuations sont possibles (en chenillettes, en motoneige ou en hélicoptère), mais les conditions météo peuvent les compliquer voire les retarder de plusieurs jours. Il y a un petit hôpital à Longyearbyen avec une équipe soignante rodée et polyvalente, mais qui néanmoins ne peut pas tout réaliser sur place. Par ailleurs, partir avec un problème de santé connu qui nécessiterait d’être évacué en urgence peut aussi hypothéquer, pour le reste du groupe, la possibilité d’aller au bout du séjour. Sur place, au fil du séjour, il est important de vérifier régulièrement ses mains et ses pieds pour détecter au plus tôt d’éventuelles gelures. L’exposition de la peau aux morsures du froid doit être limitée au maximum.

Quel équipement prévoir ?

L’agence met à disposition du matériel grand froid (bottes, parka / doudoune) ainsi que l’équipement de bivouac (sac de couchage, matelas), les skis et la pulka. On ne va pas vous mentir, il est de piètre qualité et si vous avez la possibilité de prendre votre propre matériel, n’hésitez pas ! Nous vous recommandons l’équipement suivant :

Quel équipement pour skier ?

Au traditionnel système 3 couches (1 t-shirt technique chaud + 1 polaire chaude + 1 veste Gore-tex), il est ici nécessaire d’ajouter une quatrième couche, isolante. Une doudoune mid s’intercale entre la polaire et la veste. Nous portions, l’un une Rab zéro G et l’autre une Rab cirrus alpine.
Pour les pauses, il faut avoir à portée de main une doudoune d’expédition, à mettre sur la doudoune mid à la place de la veste gore-tex.
La gestion des gants est un casse-tête. Si la théorie prévoit l’application du système trois couches pour les mains (sous-gants, moufles et surmoufles), son usage reste peu pratique car réduisant fortement la dextérité nécessaire pour resserrer un bâton, remettre ses fixations, prendre des photos, … On jongle donc en permanence entre les couches à enlever, à remettre. Sans compter les doubles nécessaires de chaque couche, par sécurité en cas de perte mais aussi pour pouvoir mettre des gants secs en attendant que d’autres sèchent.
Pour la tête, nous alternions, selon les conditions météo, entre bonnet chaud + tour de cou et cagoule avec masque intégré. Les 2 capuches (doudoune + veste) étaient presque systématiquement portées.
Pour le bas, un caleçon chaud, un surpantalon gore-tex 3 couches et des chaussettes chaudes en laine sont idéaux.
Les grandes poches sont très utiles pour garder sur soi bonnet ou gants humides, la seule façon de les faire sécher voire dégeler.
Une banane ou une sacoche de poitrine, entre le tshirt chaud et la polaire ou entre la polaire et la doudoune mid permet de garder contre soi en permanence tout ce qui craint le froid (batterie, portable pour les photos, lingettes si on veut maintenir un état d’hygiène minimal).
Enfin, il faut prévoir des lunettes de soleil type glacier et un masque de ski (pour les jours de blizzard).
Nous n’avons pas emmené nos chaussures grand froid de ski de randonnée nordique (parce qu’elles ne sont compatibles qu’avec la fixation de nos skis, et que cela impliquait d’emmener également nos skis), et nous l’avons regretté. Non pas que nous avons eu froid aux pieds (les bottes prêtées sont chaudes), mais en fonction de ses pieds … il n’est pas toujours facile de trouver une chaussure dans laquelle on se sent bien, dans laquelle on n’a pas de frottements ni de points douloureux.

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Blizzard sur le dernier bivouac Depuis le bivouac vues sur la vallée traversée la veille | Œil & plume ©

Pour le camp

A la fin de l’étape, dès l’arrivée sur le lieu de bivouac, nous enfilons immédiatement nos doudounes grand froid pour conserver la chaleur générée par l’effort. La doudoune et la salopette grand froid sont un facteur de confort irremplaçable. Ils nous ont beaucoup été enviés par les membres du groupe. L’installation du camp implique beaucoup de manutentions et du pelletage de neige, qui peuvent mouiller les gants. Nous avons opté pour les surgants étanches. Il existe aussi des gants de travail grand froid, qui peuvent être bien adaptés. Pour les temps de garde ou sous la tente mess, des surmoufles grand froid sont très appréciables.

Pour la nuit

Nous avons fait le choix d’emporter notre propre équipement pour le couchage :

On dort habillés avec les premières et secondes couches de la journée (sous-vêtements et polaire), avec bonnet et gants secs. A la fois pour éviter des temps d’habillage / déshabillage qui nous exposeraient au froid, et d’autre part pour pouvoir sortir de la tente très rapidement en cas d’alerte à l’ours.

Comment voyager responsable ?

Transport

Il n’existe malheureusement pas d’alternative à l’aérien. Il est néanmoins possible d’en réduire l’impact en montant en train jusqu’à Oslo ou, mieux encore, Tromsø.

Faune

Le maître incontesté des lieux est l’ours blanc. L’apercevoir est une expérience unique. Sa présence implique une vigilance de chaque instant et un strict respect des règles de sécurité, pour la vôtre comme pour la sienne.

Vous croiserez également des rennes, des lagopèdes (perdrix des neiges), voire des renards. N’allez pas à leur rencontre pour les observer ou prendre des photos. Ils cherchent activement de la nourriture, assez rare en cette saison, et le dérangement leur fait perdre de précieuses calories. Si vous êtes calmes et patients, ils sauront se montrer très coopératifs. Nous avons emporté avec nous une paire de jumelles Swarovski 8×30, elles offrent des observations de grande qualité en réduisant le risque de perturbation.

Déchets

Le type d’alimentation emportée (sachets de lyophilisés, barres, gâteaux, muesli, …) pour ce type de raid est génératrice de déchets, c’est un fait. Faisons en sorte que ces déchets ne se dispersent pas en les collectant soigneusement et en gérant les poubelles de façon méticuleuse.

L’autre type de déchet, certes peu glamour, que nous ramenons avec nous est le papier toilette (usagé, au cas où vous ayez un doute). Les autres déchets, organiques, générés par notre corps sont enterrés dans les toilettes communes, creusées dans la neige au moment de l’installation du camp. Chacun recouvre de neige sa production après son passage. Nous avons eu la chance, durant ce séjour, d’avoir avec nous un participant très doué et très volontaire pour la construction des toilettes. Chaque jour, nous découvrions une nouvelle conception, plus confortable que la précédente.

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Rennes du Svalbard | Œil & plume ©

Pour en savoir plus ?

A Longyearbyen, prenez le temps de visiter le Svalbard Museum, pour en apprendre un peu plus sur la culture et la nature au Svalbard, ainsi que le North Pole Expedition Museum qui aborde les différentes formes d’expéditions jusqu’au pôle nord.

Livres

Documentaires vidéo

L'Oeil et la Plume
A propos de l'auteur

Reportages d'itinérances à pied, à la pagaie et à ski-pulka...



https://500px.com/p/oeiletplume
1 Response
  1. Daniel Tessier

    Hello ! Voilà une expédition bien intéressante. J’aimerais que vous développiez davantage l’équipement avec des détails, des photos, des explications qui justifient tel ou tel modèle, la chaleur apportée,… Je me promène tous les jours à pied en hiver ou en vélo, en été, au Québec. Connaître des vêtements différents, et les commander de France ou d’ailleurs est facile avec Amazon. France, par exemple, est une option. Un documentaire sur vos trouvailles serait la cerise sur le gâteau ! Entretemps, vous m’épatez !

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