Itinérêve : randonnée dans la Haute Vallée de la Dordogne

Destination : Nouvelle-Aquitaine » France | Activité : Randonnée  | 
Nombre de jours : 10 jours | Difficulté : 3 | Dénivelé : +5655 m/-6016 m | Type d'itinéraire : Ligne | 
Ecosystème : Campagne et Forêt | Hébergement : Cabane, Chambre d\'hôtes, et Gite d\'étape
Meilleures Périodes : Avril, Mai, Juin, Septembre, et Octobre
10 jours de randonnée sur l’Itinérêve en Corrèze dans la Haute Vallée de la Dordogne, une superbe rando de 200 km, 5600 m D+ et 6000 m D-. Récit et trace GPS.
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Voici le récit et la trace GPS de ma randonnée sur l’Itinérêve, le sentier de la Haute Vallée de la Dordogne en Corrèze en région Nouvelle-Aquitaine.

L’Itinérêve est un sentier de randonnée itinérant qui relie Confolent-Port-Dieu à Argentat-sur-Dordogne sur 200 km et plus de 5600 m de D+ et plus de 6000 m de D- le long de la rivière Dordogne classée en tant que réserve de biosphère par l’UNESCO.

Autrefois fougueuse, la Dordogne est aujourd’hui une rivière apprivoisée par l’homme depuis la construction des cinq grands barrages qui jalonnent l’Itinérêve. Pendant 10 jours, j’ai marché au fil de la Dordogne et j’ai beaucoup aimé ça. Récit.

J1 : Chapelle des Manents – Andregeat

+ 635 m / – 529 m 18,4 km Ferme d’Andregeat

L’itinérêve débute normalement au village de Confolent-Port-Dieu là où la rivière Dordogne entre en Corrèze mais vu qu’il est déjà bien tard lorsque j’arrive, mon départ se fera un peu plus au sud depuis la chapelle des Manents. Avant de démarrer ma randonnée, je passe un peu de temps à découvrir la chapelle. Construite vers 1200, elle est le vestige de la submersion du village de Port-Dieu suite à la construction du barrage de Bort-les-Orgues. Une exposition émouvante retrace cet épisode où la population a été délocalisée vers le village de Confolent qui deviendra plus tard Confolent-Port-Dieu. Je me rends compte que la construction des barrages sur la Dordogne a complètement changé la physionomie du paysage. Marcher sur l’Itinérêve, c’est aussi partir à la rencontre de l’Histoire hydraulique de la Dordogne.

Il est 15h00 lorsque je me mets en route. Je quitte le Prieuré de Port-Dieu et m’enfonce sous le couvert forestier. Je traverse de nombreux ruisseaux à sec ou à très faible débit. Nous sommes en septembre et je ne trouve pas cela étonnant, l’été fut sec aux quatre coins de la France.

Certains passages sont assez techniques : pentes très raides en montée comme en descente et parfois en dévers. Heureusement, c’est toujours court. Je suis content d’être là.

Je rejoins le bourg de Monestier-Port-Dieu, ses fermes et son Église romane Saint-Cosme et Saint-Damien du XIIIème siècle. Si son aspect extérieur est très simple, son retable du XVIIème siècle est tout à fait remarquable. Pas étonnant qu’il soit classé au titre des Monuments Historiques.

Je poursuis mon chemin, passe le Dognon, un affluent de la Dordogne. Je finis par sortir de la forêt pour terminer mon étape par des paysages plus ruraux. Je traverse de nombreux hameaux aux bâtisses en pierre somptueuses. A la Roche, un joli panorama sur la Dordogne s’offre à moi alors que le soleil décline à l’horizon. Il me reste 4 kilomètres pour rejoindre la ferme d’Andregeat avec derrière moi le massif du Sancy qui se détache de l’horizon.

Excellent accueil et superbe soirée en compagnie de Jeannine et Jean.

J2 : Andregeat – Barrage de Bort-les-Orgues

+ 527 m / – 635 m 21 km Le Pod

Il est 8h45 lorsque je quitte la ferme d’Andregeat. J’ai eu du mal à m’extirper du petit-déjeuner préparé par Jeannine. Je rejoins le sentier de l’Itinérêve à hauteur du hameau de la Roche. Le chemin descend quasiment au pied de la rivière. Je sors un peu du sentier et rejoins la rive de la Dordogne pour profiter de ce paysage quelques instants assis sur un rocher. Je ne cherche pas à rêver ma randonnée mais à en profiter à chaque instant. Prendre mon temps en fait partie.

Je rejoins Outreval, son petit-port et son bar-restaurant-camping qui font face à la Dordogne, le château de Val et le Cézallier sur le versant opposé de la rivière. Chose surprenante, le château fort construit au XIIIième siècle est situé dans le Cantal mais appartient à la commune de Bort-les-Orgues en Corrèze depuis la construction du barrage. De loin, on aperçoit ses 6 tours et son toit en poivrière. Il me faudra revenir pour le visiter.

Prochain arrêt : le site du Mont. Il se situe hors sentier Itinérêve mais l’aller-retour vaut le détour pour sa vue sur la Dordogne. Par une passerelle, je traverse le Lys, un affluent de la Dordogne. A Sauliac, j’observe un milan royal dans le ciel. Sans téléobjectif, je ne le photographie pas. Ce rapace est une merveille de beauté. Je prends toujours plaisir à l’observer. En continuant jusqu’à la base de loisirs des Aubazines, j’observerai aussi une buse variable. A la base des tables de pique-nique m’invitent à faire ma pause déjeuner.

Tranquillement et l’estomac plein, je poursuis ma marche jusqu’au barrage de Bort-les-Orgues en passant par le camping des Aubazines. Mis en service le 1er mars 1952, c’est le plus impressionnant des barrages sur l’Itinérêve de par ses dimensions : 120 m de hauteur par rapport au lit de la rivière, 390 m de long et 80 m d’épaisseur à sa base. Sa production annuelle équivaut à la consommation annuelle d’une ville de 128 000 habitants.

On me transfère en voiture au Pod pour y passer la nuit (et la suivante). Pour éviter ce transfert et ce surcoût, je vous invite à poursuivre jusqu’à Bort-les-Orgues pour y passer la nuit. Le Rider est un hôtel 2 étoiles qui pourrait vous convenir.

J3 : Barrage de Bort-les-Orgues – site de Saint-Nazaire

+ 466 m / – 444 m 19,5 km Le Pod

On me redépose là où j’ai arrêté mon étape la veille. Il est 8h30 quand je quitte le barrage de Bort-les-Orgues. Le sentier rejoint le cœur de la ville. C’est l’heure pour beaucoup de monde de se rendre au travail. Le bruit des camions et des voitures m’incite à ne pas suivre l’itinéraire sur la traversée de Bort-les-Orgues. Je reste sur les hauteurs de la cité et m’engage sur le chemin de Sacristain après le cimetière.

Le début de la pente est raide puis s’adoucit un peu avant d’atteindre le belvédère sur la ville et le massif du Sancy. Il est dommage que le panorama ne s’ouvre pas davantage sur les orgues basaltiques qui ont donnés le nom à la ville. Le plus gros du dénivelé de la journée a été fait puisque la belvédère se trouve aux environs de 780 m d’altitude.

Toutes les hirondelles n’ont pas encore quitté leurs quartiers d’été. Au hameau du Puy-de-Bort, j’en observe une bonne centaine sur les fils électriques et sur les sous-toits des granges abandonnées.

Le reste de l’étape est champêtre et alterne des passages en sous-bois et des pistes ou de petites routes de campagne vides de voitures. Dans les champs, ce sont les vaches limousines, une race à viande, qui dominent. Dans le ciel, j’observe de nombreuses buses variables. Quatre différentes sur l’après-midi. A noter qu’on peut se ravitailler en eau à la fontaine de Lagrange (presque à sec lors de mon passage). Sur le chemin, je croise ma première borne kilométrique. Ces bornes servent à délimiter les communes, indiquent les distances parcourues et peuvent servir de repaire pour des raisons de sécurité.

Je déroule jusqu’au pod où je passe ma seconde nuit. C’est un petit hébergement en bois pour quatre personnes avec des lits superposés et une kitchenette ainsi que des sanitaires à proximité. C’est très chouette et en plus le site de Saint-Nazaire est à moins de 10 mn à pied.

Saint-Nazaire est un promontoire situé à la confluence de la Dordogne et de la Diège. On y accède par un chemin de croix qui passe près de la statue de Saint-Nazaire. Un village est une Eglise y étaient érigés autrefois. La légende raconte que c’est Saint-Nazaire qui fit fuir le démon qui tourmentait les lieux, d’où son nom. Aujourd’hui, c’est un des plus beaux panoramas de la vallée de la Dordogne. S’assoir sur un rocher et regarder le soleil se coucher sur l’horizon est un moment inoubliable. L’un de mes plus beaux souvenirs de l’Itinérêve.

Les Barrages de la Dordogne

La rivière Dordogne qui prend naissance au Puy de Sancy contient cinq barrages hydroélectriques le long de l’Itinérêve : le barrage de Bort-les-Orgues, le barrage de Marèges, le barrage de l’Aigle, le barrage du Chastang et le barrage du Sablier construits entre 1932 et 1957. Pour en savoir plus.

Leur fonctionnement a chamboulé le paysage et la Dordogne. Tout au long de la randonnée, on peut observer les barrages ou les changements consécutifs à leur construction.

J4 : Site de Saint-Nazaire – lac de Triouzoune

+ 591 m / – 569 m 31,4 km Camping de Maury

J’aurais bien traîné un peu ce matin tant j’aime les ondes qui se dégagent du site de Saint-Nazaire mais au regard de la longueur de mon étape, je préfère partir sur les coups de 8h00.

Je traverse le village de Saint-Julien-Près-Bort en faisant une halte devant son Eglise. Je me remets en route à travers champs et sous-bois. Dès que je pénètre en forêt, les geais de chêne trahissent leur présence par leurs cris caractéristiques. Le plus souvent, je ne les vois pas.

Je passe le hameau de Laborde et poursuis en direction de la Diège. Le pont qui devait me permettre de traverser l’affluent de la Dordogne n’est pas encore construit. Un retard de livraison à cause de la Covid-19 qui me doit un petit détour par la D20. C’est là que Christian, bénévole baliseur dans l’association « La Dordogne de Villages en Barrages » me rejoint pour terminer l’étape à mes côtés.

Nous traversons la Diège sur un pont construit en 1864 à l’époque de Napoléon III avant de poursuivre au milieu de cette campagne. La fibre s’installe partout, même dans les hameaux les plus reculés. C’est un engagement du département. Je dois dire que plus je marche sur l’Itinérêve, plus l’idée de m’installer dans la région me trotte dans la tête. Pas tout de suite car le tissu d’entreprise n’est pas adapté à la profession de ma femme mais qui sait plus tard.

Au sud de Rotabourg, une table à pique-nique invite les randonneurs à faire une halte. Christian m’explique qu’il n’est pas rare de voir le propriétaire rejoindre les randonneurs avec une bouteille à la main. Un peu plus loin sur une ancienne voie romaine, l’Eglise Saint-Pardoux du XIIème siècle à Roche-le-Peyroux mérite une halte. Là aussi, des tables à pique-nique invitent à une pause. Il est encore tôt, nous continuons notre randonnée.

Deux belvédères s’enchaînent : celui des Gregeolles et de Val Beneyte. Dommage que le soleil soit au zénith ; ce n’est vraiment pas le meilleur moment pour profiter des panoramas. Comme c’est en plein soleil, on décide de poursuivre même si l’estomac commence à se faire entendre. C’est finalement au ruisseau de l’Artaude que nous prenons le pique-nique.

Le ventre plein, nous repartons, traversons le hameau de Chaux pour rejoindre la cascade de Juillac et le belvédère de Roc Grand. La chute d’eau fait peine à voir avec son minuscule filet d’eau. Roc Grand offre un panorama incroyable à 180° sur la Dordogne. J’aurais aimé passer ma soirée ici pour profiter du site mais ce n’est pas ce qui est prévu. Du coup, nous nous remettons en route.

Nous traversons le village de Liginiac, le plus grand depuis Bort-les-Orgues, avec ses 600 habitants. Le village est vraiment plaisant. On y trouve un supermarché pour se ravitailler, un restaurant et quelques chambres pour passer la nuit. Pour ma part, je le traverse en passant devant l’ancienne gare du Transcorrézien que tout le monde appelle ici le Tacot. Il s’agit d’une ancienne voie de tramway qui reliait Tulle et Ussel entre 1913 et 1960. Avant de quitter le village, petite halte face à l’Eglise Saint-Barthélémy de Liginiac pour admirer son architecture insolite. Christian et moi en profitons pour remplir nos gourdes dans le cimetière voisin.

Nous continuons tranquillement jusqu’au camping de Maury mais en route, nous faisons un arrêt au Puy de Manzagol (698 m) pour profiter du panorama sur le Puy de Bort et le lac de Triouzoune créée sur le cours du ruisseau à la suite de la construction du barrage hydroélectrique de Neuvic mis en service en 1945.

Je m’installe dans un cabanon puis file au restaurant de Maury dans la soirée pour profiter des derniers rayons du soleil sur le plan d’eau tout en sirotant une bière. Elle n’est pas belle la vie ?

J5 : Lac de Triouzoune – Clémensac

+ 87 m / – 169 m 12,4 km Moulin de Clémensac

Aujourd’hui, c’est Bill, un autre bénévole de l’association « La Dordogne de Villages en Barrages » qui m’accompagne. L’étape est courte et facile pour ainsi dire plate.

Une bonne partie du début de l’étape se déroule en forêt sur un chemin large. Au hameau de Labissière, la gare du Tacot est restée dans son jus contrairement à celle de Liginiac qui a été rénovée et investit par des artistes. Elle se trouve sur un terrain privée et si Bill ne me l’avait pas dit, je serais passé devant sans m’en rendre compte. En regardant l’environnement d’un peu plus près, je m’imagine les rails passant derrière la gare ainsi que les bars, épiceries et restaurants d’antan.

A Sérandon, nous faisons une halte pour découvrir l’Eglise Sainte-Radegonde construite au XIIème siècle et agrandie au XVème siècle. Inscrite au titre des monuments historiques, elle dispose de décors sculptés sous le porche et dans les bas-côtés.

Nous longeons le château privé de la Charlane avant d’arriver au moulin de Clémensac où nous sommes accueillis par Jean-Marc. Il loue des chalets hors juillet – août aux randonneurs ou des emplacements pour planter la tente durant l’été.

Dans l’après-midi, je répondrais à une interview pour la Montagne tout en profitant du site de Gratte-Bruyère qui offre un panorama à 180° sur le confluent de la Dordogne et de la Sumène. Sur le chemin, c’est indéniablement l’un des plus beaux points de vue sur la Dordogne.

C’est Jean-Marc qui m’apporta l’explication d’un tel nom. Sur le site, on peut voir de la bruyère ainsi que des terrasses d’anciennes cultures. La bruyère était grattée pour permettre aux cultures de pousser. D’où le nom de Gratte-Bruyère.

Engoncé sous ma veste de pluie, je resterais sur le site jusque 20h00 à attendre le coucher de soleil qui ne vint pas. C’est sûr je reviendrai. Comme à Saint-Nazaire, ici, on se sent tout petit face à la Dordogne.

J6 : Clémensac – Le Mons

+ 842 m / – 841 m 28,3 km Gîte Le Pays Vert
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La veille, c’était un peu la journée cool en milieu de parcours avant d’entamer trois grosses journées de randonnée. Bill m’accompagne une nouvelle journée sur le sentier. Nous réalisons deux étapes en une du topo-guide édité par Belles balades.

Avant de quitter le secteur, nous retournons sur le belvédère de Gratte-Bruyère. Qu’est-ce qu’il est beau ce panorama ! Je pense que si j’y venais tous les jours, ça serait différent à chaque fois.

Après avoir marché quelques temps en forêt, on rejoint la Nau au niveau de la Dordogne. Au-delà du panorama bien sympa, je note qu’ici il y avait un pont qui permettait de traverser la Dordogne avant la construction des barrages. Il existe toujours mais il est sous l’eau. Ses vestiges peuvent se voir lorsque le barrage de l’Aigle se vide.

S’ensuit une bonne côte pour quitter le rivage de la Dordogne et rejoindre le hameau des Ages puis celui de la Renaudie. Le ciel se couvre assez rapidement. On retourne en forêt. Au niveau du ruisseau de la Triouzoune, on passe les vestiges du moulin de Tony. Il était encore en fonctionnement au début du XXIème siècle. A cette époque, les habitants du plateau de Sérandon dont nous venons apportaient leurs céréales et noix au moulin pour les moudre. La production principale du moulin était la production d’huile de noix, les meuniers utilisaient une meule verticale.

Le sentier amorce une remontée pour rejoindre Fontloube. Vous pouvez vous ravitailler chez un producteur de fromages. Ils peuvent préparer votre pique-nique ou vendre leur bleu de Fontloube ou leur tomme fraîche. Les contacter la veille de votre passage (06 81 81 16 73). Pour notre part, nous pique-niquons au niveau de l’Ecole du Vent Haut (c’est aussi un gîte). Christian qui a marché avec moi il y a quelques jours nous rejoint pour finir l’étape. Nous ne traînons pas car l’étape est loin d’être terminée.

La suite est plus champêtre, à travers champs. Ce sont généralement les passages les plus faciles, larges sentiers, petites routes de campagne, relativement plats le plus souvent. Nous marchons d’un bon pas. Nous traversons le ruisseau de l’Héritier à hauteur de la Dordogne (joli point de vue) et opérons la remontée, bien raide au début, vers le hameau de Layre. Nouvelle descente vers le pont de Lamirande. L’orage éclate de partout, il se met à pleuvoir. On finit l’étape sans traîner. On sera finalement peu mouillé.

Le Mons dispose de deux gîtes d’étape. Je dormirai au gîte Le Pays Vert (05 55 27 51 81) chez Patou. C’est Alyson Café qui vient me servir mon dîner et qui a préparé le pique-nique du lendemain. Elle se situe à Soursac. Appelez-là pour commander vos repas (06 83 25 79 04).

J7 : Le Mons – Lascaux

+ 856 m / – 854 m 35,6 km Le Fuste d’Olivier

Cette 7ème étape est la plus longue de mes 10 jours de marche. Plus de 35 km et 850 m de dénivelé positif. Comme la veille, je réalise deux étapes du topo-guide en une. Je quitte le gîte à 8h00 en compagnie de Teresa et Jean-Pierre, deux bénévoles de l’association « La Dordogne de Villages en Barrages ».

Le brouillard domine le paysage quand nous quittons le Mons. Il fait gris, c’est assez monotone, c’est dommage mais je peux compter sur Teresa et Jean-Pierre pour en savoir plus sur la région. Nous nous arrêtons prendre un café chez des amis à eux puis reprenons la route jusque Spontour où le soleil fait quelques apparitions. Le village de Spontour est un véritable coup de cœur à mes yeux.

Son nom vient de deux petits bois Es Pontours signifiant en langue Limousine « aux petits Ponts ». Une petite partie du village a été noyée lors de la mise en eau du barrage du Chastang en 1952. Nous nous rendons chez Teresa et Jean-Pierre pour prendre le pique-nique. Le ventre plein, Jean-Pierre m’amène voir la gabare, parkée au bord de la Dordogne près du camping. Elle est en piteuse état. Pas d’inquiétude, elle va être rénovée et remise à l’eau prochainement. Ah vous ne savez pas ce qu’est une gabare ? C’est une longue barque à fond plat qui servait à transporter le bois depuis Spontour et Argentat jusqu’à Libourne en Aquitaine. La navigation n’était possible que par hautes eaux, au printemps et à l’automne. Les gabares étaient démontées et son bois vendu également.

On remonte sur le plateau et on passe une succession de hameaux : Le Poumeyrol, Chalimont, Sialve, May où l’on récupère le balisage du GRP entre Dordogne et Ventadour. Dans la descente vers le pont rouge, beau panorama sur le viaduc des Rochers Noirs. Le Transcorrézien dont j’ai déjà parlé y passait par le passé. Les piétons pouvaient l’emprunter jusqu’en 2005. Pour des raisons de sécurité, c’est depuis interdit. Des travaux sont prévus pour le rendre à nouveau accessible aux piétons. Le jour où ça sera opérationnel, l’Itinérêve risque rapidement de l’emprunter.

Jean-Pierre m’accompagne jusqu’à la sortie de Laval-sur-Luzège où Térésa vient le rechercher en véhicule. J’ai passé un super moment en leur compagnie.

Je finis mon étape seul. Le sentier grimpe jusque l’Echamel où je poursuis jusqu’au hameau de Lascaux. Je finis fatigué et pas mécontent de pouvoir me reposer dans la chambre d’hôtes d’Olivier. Ancien parisien venu en Corrèze pour vivre au vert, Olivier est aussi un photographe animalier amateur. Forcément, on s’est bien entendu. Superbe soirée et dîner pendant lequel on entendra le cerf bramer. Une belle adresse, confortable.

 

La faune le long de l’Itinérêve

Tout au long de l’Itinérêve, la faune s’observe ou s’écoute tout en randonnant. Les rapaces sont nombreux à voler au dessus des champs ou de la Dordogne : buse variable, milan noir, milan royal, bondrée apivore, faucon pèlerin, circaète Jean-le-Blanc et aigle botté. A votre entrée en forêt, vous ne manquerez pas d’entendre le geai des chênes et la sittelle Torchepot lançant des cris d’alerte.

Si les couleuvres (à collier, d’esculape et vipérines) se rencontrent assez rarement, il est plus commun d’observer le lézard vert ou le lézard des murailles.

Du côté des mammifères, vous ne serez pas en reste. Le secteur sud de la randonnée est le terrain privilégié des sangliers, chevreuils, daims et cerfs. En forêt, avec un œil attentif, on peut observer le passage de renards, blaireaux et genettes. Les loutres d’Europe recolonisent la Dordogne mais restent très discrètes.

J8 : Lascaux – Coufinier

+ 891 m / – 901 m 26,2 km Refuge du ruisseau de la Planche

Une nouvelle grosse étape m’attend et comme la veille, je démarre tôt dans le brouillard. Je rejoins le balisage de l’Itinérêve sur le chemin qui mène au belvédère de Roc Grand. Il se trouve légèrement hors sentier. Il serait bien dommage de ne pas y aller car le panorama vaut vraiment le tout petit détour malgré l’épaisse couche de nuages qui plane au dessus de la Dordogne.

Je poursuis et passe le ruisseau de Lareste. Régulièrement depuis le début de la randonnée, j’observe des vestiges d’habitations passées : ruines, murets en pierre, anciennes terrasses… C’est qu’il n’y a pas si longtemps, les rives de la Dordogne étaient plus occupées qu’aujourd’hui. Beaucoup de forêts traversées sont jeunes. C’est dingue la vitesse avec laquelle elles ont poussé. C’est aussi la raison pour laquelle, on croise beaucoup de bruyères en forêt.

Je n’ai pas trop le temps de m’étendre sur ce sujet que j’arrive au pied de la Chapeloune. Ici tout le monde appelle cette montée la « piste noire ». Pas besoin de vous faire une image, vous avez compris pourquoi. Je la monte en 30 mn. C’est très raide et court. En haut, je fais un arrêt selfie pour vous montrer à quel point, je suis trempé : mes lunettes sont pleine de buée et mes cheveux aussi mouillés que si je sortais de la douche. Bonne ou mauvaise nouvelle selon les randonneurs, le tracé de la Chapeloune a depuis été modifié de façon à adoucir la pente pour les marcheurs.

Sur le plateau, je traverse plusieurs hameaux : la Chapeloune, le Peuch et la Vedrenne et me pose sur le bord du sentier pour pique-niquer car je sens la fringale arriver.

Après le déjeuner, je rejoins le ruisseau de St-Merd que je traverse et continue par la montée progressive qui conduit à Vergne. Les châtaigniers sont de plus en plus présents sur les abords du chemin. A partir du XVIIIème siècle, sa production s’intensifie. Les locaux l’appelaient alors l’arbre à pain du Limousin. Mais une épidémie liée à un champignon stoppa cet essor. Aujourd’hui, la production de châtaigne est estimée à 1500 tonnes par an en Corrèze.

En m’approchant du jardin de Bardot, je rate le belvédère du Busatier. Ne faites pas la même erreur que moi, c’est l’un des plus beaux de l’Itinérêve. Dans la descente qui mène au jardin de Bardot, je passe devant le fauteuil de Dieu. Je n’ai pas voulu blasphémer en prenant un selfie assis sur le fauteuil… Plus bas, de jolis points de vue sur la Dordogne jalonnent le chemin jusqu’à atteindre le jardin de Bardot. A une altitude voisine de 300 dans les pentes raides qui surplombent la Dordogne, Joseph et Maria Jas réalisent et entretiennent ce jardin au début du XIXème siècle. Quel boulot, ça devait être à l’époque !

J’entame la remontée jusqu’à la route. L’orage éclate. Je mets ma veste Gore-Tex Patagonia Ascensionist et finis sur les pas de course jusqu’à Coufinier.

Mais la journée n’est pas tout à fait terminée. Une fois reposé et douché, je sors me balader autour du refuge (l’orage s’est arrêté). Quelle ne fut pas ma surprise de rencontrer en quelques minutes trois chevreuils et un cerf !