Laqueuille-Gare -> Clermont-Ferrand

Destination : France » Auvergne-Rhône-Alpes | Montagne : Massif Central | Activité : Randonnée  | 


L'Auvergne est comme une femme : à peine est-on dans ses bras chaleureux et verdoyants, ou au creux de ses formes arrondies, qu'on refuse de les quitter...
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Carnet : Auvergne, au pays des volcans

La froideur de l’été m’accueillit dès le matin, avec des températures anormalement basses. Le ciel ombragé offrait peu de visibilité, l’horizon fuait sous une couche persistante de nuée.

Ce samedi, pour la première fois depuis une semaine, je n’avais nul besoin de me précipiter pour m’éloigner à grands pas de l’établissement hôtelier. Mon TER était fixé à onze heures ; pour me rendre à la gare, il me suffisait de traverser la route devant l’hôtel jusqu’au trottoir d’en face. Paré à être embarqué pour une nouvelle aventure de deux jours et une nuit à Clermont-Ferrand ! Bien vite, une sensation inhabituelle et désagréable me saisit : je ressentais rapidement grimper, dans mes jambes, toute la fatigue accumulée ces derniers jours.

Du coup, ma prise du petit-déjeuner, dans une autre salle, se traduisit par une lenteur bien méritée, avec le temps de bien mâcher pour savourer chaque aliment. Je reçus même l’audace d’obtenir la permission auprès de la patronne de procéder à quelques photos de son vestibule.

Un quart-d’heure environ avant l’heure fatidique, je quittais « Les Clarines », alourdi par mon sac et allégé par le faible kilométrage à franchir. Rares furent les éclaircies avant ma montée dans le train, le froid et la grisaille ayant maintenu leur présence tout le long de la matinée.

Le chemin de fer longeait en partie la Miouze, ses rives semblaient impraticables, ainsi que je le prévoyais la veille. Mon atterrissage à Clermont-Ferrand se joua en début d’après-midi, au cœur d’un ensoleillement naissant et grandissant. Ma seule inquiétude déclinait surtout vers les prévisions météorologiques du dimanche matin : l’accomplissement de toutes mes péripéties dépendait, en majeure partie, d’une poignée d’heures. Dans l’attente de ce moment crucial, après m’être délesté de ma cargaison sur les épaules à l’ « Hôtel des Puys », un établissement trois étoiles, je partis à la conquête de la ville.

Né de la fusion entre l’eau et le feu, Clermont-Ferrand est une ville cosmopolite. Dans tous les sens, cela grouille de gens, de touristes. Par bonheur, des percées de l’astre flamboyant viennent égayer les rues ou ruelles parfois sombres. Le paysage tapissé par la chaîne des Puys, avec le Puy de Dôme pour point culminant, la cité romane jouit d’une bonne exposition sur les splendeurs montagneuses de la région.

Mon avancée s’amorça depuis la place Delille jusqu’à place de Jaude, au milieu de laquelle trônait la statue de Vercingétorix, le prince arvergne. Ici, les travaux en cours empêchaient une bonne visibilité des monuments principaux et masquaient une partie du paysage urbain. Par ailleurs, le rétrécissement provisoire des trottoirs contraignait les passants à se balader cul serré, à se cogner, à s’entasser comme des harengs dans une maigre boîte.

Souvent, à force de flâneries, je m’égarais dans des ruelles désertes et intimistes à souhait ; seules les voix des vieilles pierres depuis les habitations anciennes se faisaient entendre pour ceux sachant les écouter, pour ceux connaissant leur travail. Par-delà leur chaleur émanant des fissures, elles m’indiquèrent sans effort la direction à suivre.

Le détour par le cœur du Centre historique demeurait incontournable. Ce passage obligé pour les touristes était enrichi par une Cathédrale grandiose, édifiée entre le 13 et le 19è siècle en pierre de Volvic. Parti à la quête de l’agence « Puy de Dôme tourisme », afin d’obtenir de nouveaux détails quant à mon excursion du lendemain, je m’aperçus de sa fermeture le samedi. Je me repliai alors vers l’office de tourisme, face à la Cathédrale. En ce lieu consacré à la découverte de la région, Place de la Victoire, l’accueil était infesté de visiteurs de toute nationalité. Une charmante hôtesse d’une équipe surmenée accéda à ma demande par un coup de téléphone. Je saisis à mon tour le combiné qu’elle me tendit pour discuter directement avec un responsable. La confirmation de la prestation du dimanche, ainsi que l’heure du rendez-vous, ne pourrait s’établir qu’après une vérification auprès des services météo, en fin d’après-midi. Mon interlocuteur me demanda de rappeler à ce même numéro en début de soirée, pour me transmettre la démarche à suivre.

Quittant l’office de tourisme, j’embrayai sur la visite en profondeur du jardin Lecoq, proche du centre-ville. Cette composition florale et décorative, aménagé à l’anglaise, était un paradis à lui tout seul. Les parterres fleuris et la vaste pièce d’eau, où se croisaient des canards et deux cygnes majestueux, orchestraient ma balade silencieuse, semblable à une partition musicale bien maîtrisée. A ne pas rater la collection de rosiers, installée à une autre extrémité du jardin ! Sa traversée chavirait dans le romantisme le plus complet, pour le grand bonheur du regard et de l’imaginaire.

Un œil à ma montre me fit bondir : l’urgence de regagner mon hôtel s’imposait, car j’y avais oublié mon portable. Le retour, long, ne faisait que suivre une large avenue. Parvenu à bon port, à l’approche de la déclinaison du soleil, je contactai une nouvelle fois la société chargée d’effectuer la prestation demandée. Finalement, celle-ci aurait bien lieu, le point de rencontre étant fixé au château de Montlosier, devant le siège du Parc Naturel Régional des Volcans d’Auvergne, …à partir de 5h15 du matin ! J’hallucinai en écoutant cette heure, je priai mon interlocutrice de répéter une seconde fois, par sûreté. Aucun doute : seule cette heure était possible et, puisque je me refusais à rebrousser chemin tout près de mon objectif initial, je me résolus à régler mon réveil vers les quatre heures. Autant poursuivre ma démence jusqu’à son terme ! Sur ce, je descendis avertir la réception de l’hôtel pour obtenir un taxi dès 4h45.

Je remontai à ma chambre. A regrets, aucune festivité n’était venue clôturer ma journée à l’aube de ma dernière nuit auvergnate. D’autre part, difficile de demeurer tardivement en éveil en ce début de soirée, difficile en conséquence de sortir. Juste besoin de récupérer des forces car le réveil serait pénible.

Philippe Manaël
A propos de l'auteur

Je suis un passionné de montagne. J'aime prendre de l'altitude, à l'instar de ceux qui prennent du recul. Ma pratique du trek se compose en solitaire depuis de nombreuses années, en semi-autonomie sur plusieurs jours, souvent l'été, rarement l'hiver. Photographe passionné, j'apprécie de faire des reportage-photos pour exprimer la beaut...



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