L’art rupestre : un autre voyage dans le temps

Destination : Algérie » Afrique | Montagne : Sahara | Agence : Allibert Trekking 


L’art rupestre : un autre voyage dans le temps - Back to Tadrart
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Carnet : Back to Tadrart

Les peintures et les gravures rupestres sont de bons repères pour savoir si je suis passé par tel oued ou pas. Comment oublier la gravure des trois girafes de Tin Abedine à moitié ensablé ? La même vallée regorge d’autres marques du passé comme ce bœuf avec des cornes en lyre.

Mais qu’entend-on par art rupestre ? C’est l’art sur rocher, matérialisé par les peintures, les gravures et les reliefs. « C’est la seule manifestation culturelle de l’humanité qui se soit poursuivie sans interruption pendant plus de trente millénaires pour parvenir jusqu’à nous sous ses formes multiples, inchangées depuis les origines » selon Icomos (International Council on Monuments and Sites) qui œuvre à la conservation des monuments et des sites historiques dans le monde. L’art rupestre s’est ainsi répandu sur l’ensemble du globe et constitue une des composantes essentielles de l’Homo sapiens sapiens. Rien que ça !

Plus loin la large vallée d’In Djaren regorge de fresques de girafes et d’éléphants et même une représentation sexualisée. Il faut savoir qu’au Néolithique, le culte de la fécondité était un moyen de lutter contre les forces occultes.
L’art rupestre se localise essentiellement au niveau de l’entrée de cette oued et à l’embouchure de ses principaux affluents qui étaient au Néolithique les principaux axes de circulation mais aussi les principaux lieux de pâturage des troupeaux. Les pasteurs y ont laissé de nombreuses et très belles peintures, mais la Tadrart est surtout reconnue pour ses gravures, certainement les plus belles de la période pastorale.
Une autre gravure montre un homme à tête trilobée armé d’une lance tenant une girafe en longe. Cette représentation pose le problème d’une possible domestication de cet animal. Jusqu’à présent aucune explication n’a également été donnée à cette manière de diviser la tête en trois lobes, il s’agit peut être d’une sorte de coiffe.
Et que dire de cette girafe couchée. Un chef d’œuvre compte tenu des moyens rudimentaires de l’époque.

Dans la Tadrart comme dans le reste du Sahara, on distingue grosso-modo cinq périodes d’art rupestre :
• La période bubaline (10 000 – 6 000 ans avant Jésus Christ) se caractérise par la présence d’une faune sauvage abondante.
• La période des têtes rondes (8 000 – 6 000 ans avant Jésus Christ) est représentée par des corps schématiques et des têtes circulaires, peintes mais sans traits aux visages.
• La période bovidienne (6 500 – 4 500 ans avant Jésus Christ) est illustrée par du bétail domestiqué, des chasseurs.
• La période caballine (3 500 – 2 000 ans avant Jésus Christ) est marquée par la présence de chevaux et de chars tirés par des chevaux.
• La période cameline (à partir de IIe siècle) correspond à l’arrivée du chameau comme animal de bât.

Dans l’oued Bohediane, la fresque représentant une danse aux bâtons (talak) daterait de l’époque Caballine. Les danseurs utilisent leurs talaks qu’ils maintiennent côte à côte, les croisant et les entrechoquant. Ces danses évoquaient probablement des préparatifs de guerre. Je ne peux que faire le rapprochement avec la fête de la Sébiba de Djanet où les Touaregs dansent un jour durant avec une épée à la main. Simple hasard ou héritage des Garamantes, les ancêtres des Touaregs ?

A Ouan Adjane des personnages en aplat blanc avec des têtes trilobées sont représentés dans une grotte. Celui de droite tient un bâton et semble menacer le personnage de gauche. Jamais, nous ne connaîtrons l’histoire exacte de ces fresques.

Il y a quelque chose de poignant à se tenir face à ses fresques, peintures et gravures, qui racontent l’histoire d’un Sahara fertile, grouillant de vie et d’animaux qu’on imagine aujourd’hui davantage ou Kenya ou en Tanzanie. Au delà des quatre années qui me séparent de ma première venue, ce sont des milliers d’années, probablement 7000 pour les peintures et jusqu’à 12000 pour les gravures, dans lesquelles nous plongeons.

Comment ne pas s’émerveiller devant la finesse des reproductions ? Face à ce paysage qui a fondamentalement changé tout en nous laissant un témoignage vibrant de cette époque, les artistes ne pouvaient pas se douter que leur environnement fertile deviendrait un désert. N’est-ce pas une belle leçon à tirer de notre rapport à l’environnement ? Prendre soin de son patrimoine naturel, s’y adapter plus que le modifier !

Le voyage est long et la recherche du passé s’estompe pour partir à la découverte de nouveaux horizons. Le jardin de la Tadrart est grand et son trésor semble infini. Plus beau est le jardin, plus on souhaite y revenir. Et pourquoi pas une troisième fois ?


Randonnée organisée par Allibert Trekking, spécialiste du trekking et des voyages d’aventure dans le monde

Grégory Rohart
A propos de l'auteur

Fondateur d'I-Trekkings et des blogs I-Voyages et My Wildlife, j'apprécie le rythme lent de la marche et des activités outdoor non motorisés pour découvrir des territoires montagneux et désertiques et rencontrer les populations locales. Je marche aussi bien seul, qu'entre amis ou avec des agences françaises ou locales.Ambassadeur Fujifilm...



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