Le final

Destination : Occitanie » Nouvelle-Aquitaine » France | Montagne : Pyrénées | Activité : Alpinisme Randonnée  | 


La fin imminente d'une aventure a la fâcheuse tendance à faire se relacher notre attention. C'est un fait que je découvre aujourd'hui avec l'expérience et le recul. A l'époque, cette sorte de baisse de régime tant physique que morale, je l'avais mise sur le compte de la fatigue. Il n'en est en fait rien. Pour ce dernier tronçon jusqu'à la mer, nous traverserons l'Andorre, puis les Pyrénées Orientales jusqu'à gagner le parc des Albères au-delà duquel se découvre la mer. Un final en apothéose pour Jean-Marie comme pour moi.
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L’Andorre est une transition. Une sorte d’itinéraire de liaison comme on dit dans le jargon. Je n’en garde pas un souvenir impérissable. Et surtout pas de cette abomination appelée Pas-de-la-Case, erreur urbaine et commerciale déliquescente qui n’a pas sa place dans ces vastes espaces montagneux. Pour autant, l’Andorre reste un cap psychologique dans notre route vers la mer et nous sommes heureux de nous y retrouver. Nous la traversons néanmoins hativement pour retrouver très vite la sérénité des sommets. Au-delà du col de Puymorens, le Carlit vient d’ailleurs nous rappeler que, si l’altitude faiblit, la difficulté physique demeure. Juste derrière, le secteur paradisiaque des Bouillouses nous accueille. Je m’y étais déjà rendu quelques années auparavant et c’est avec joie que je repose les yeux sur ce petit paradis parsemé de lacs et d’étangs. Le soir venu, une atmosphère surranée et presque romantique flotte sur ce lieu. Un havre de paix avant de mettre le cap vers le soixantième et dernier sommet de notre périple : le Canigou.

Avant de l’atteindre il nous faudra encore parcourir de nombreux kilomètres à travers des prairies d’altitude sauvages où souffle un vent rageur. Survient la dernière cheminée et finalement le sommet. Y prendre pied et se saisir de la croix sommitale constituera l’un de ces moments intenses annonçant la réussite prochaine de notre voyage. Une fois passé le Canigou, les Pyrénées s’affaissent brutale- ment. La roche disparaît sous le couvert de grandes crêtes boisées. Les vieilles bâtisses en pierre cè-dent leur place à des constructions plus modernes aux toits de tuiles rouge typiquement méditer- ranéen. Les dernières étapes sont très quelconques mais peu importe : l’euphorie est bel et bien là. Franck Merloz est là lui aussi, venu passer les trois derniers jours en notre compagnie. Nous dinons de manière gargantuesque, tout à la joie d’une fin imminente. La végétation autour de nous prend des allures de garrigue tandis que le mercure remonte sensiblement. Nous passons Amélie-les-Bains et l’horrible col du Perthus avant un dernier bivouac à l’ombre de hauts pins sylvestres. La dernière étape nous voit traverser le splendide et très intime parc des Albères. Puis, au détour d’une ultime colline, lorsque survient la mer, nous nous laissons noyer par une grande vague de joie. Nous dévalons les derniers mètres en direction de Banyuls-sur-Mer et de sa plage. Hirsutes, sales et puants, nous faisons irruptions dans la masse des estivaliers. Qu’importe ! Nous avons réussi notre pari et avons bouclé cette traversée dans les temps que nous nous étions impartis. Et, tandis que nous regardons le soleil se coucher sur la montagne dans notre dos, nous devinons que cette traversée n’est que le début d’une grande aventure plus globale à venir : la traversée des Alpes.


Pyrénées : l’éclat sauvage d’une traversée de David Génestal – 424 pages. 20 € (22 € avec 1 CD-ROM de photos)

Cet ouvrage est davantage que le simple récit du périple hors norme que lui et son acolyte, Jean-Marie Meuret, ont effectué pendant 60 jours entre Hendaye et Banyuls : c’est aussi un magnifique témoignage sur les vertus de l’itinérance qui emmène le lecteur pour 900 kilomètres de marche entre la France et l’Espagne à la rencontre de la beauté authentique et abrupte des Pyrénées. Au fil d’un itinéraire tantôt classique, tantôt insolite, c’est par ailleurs un vibrant plaidoyer en faveur du rêve, un encouragement à aller jusqu’au bout de nos envies, qui se lit et se vit comme un ébouriffant roman d’aventures.

solomonkane
A propos de l'auteur

A force de voir gamin des grands avec des gros sacs, le moment est forcément arrivé où j'ai eu envie de faire comme eux. De randos à la journée en trek de plusieurs jours, je finis par tenter l'expérience des treks au long cours : traversée des Pyrénées (2002), GR5 français (2004...



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