Le Vertice d’Anayet

Destination : Espagne » Europe | Montagne : Pyrénées | Activité : Randonnée  | 

Le Vertice d’Anayet - Randonnée entre Anayet et Collarada


Le secteur Anayet-Ossau est exceptionnel dans les Pyrénées pour une multitude de raisons, mais surtout sa géologie. En descendant du col du Pourtalet, on aperçoit au loin à droite des pierriers aux teintes pour le moins inhabituelles : rouge ocre, jaune, voire même noirâtres, comme des brûlures. Et pour cause ! Il s’agit du seul endroit volcanique des Pyrénées. Plus nous convergeons vers l’Anayet, plus les pentes sont jonchés de raillères de basalte. Sur les tâches sombres, nous trouvons même des roches de consistance spongieuse, cicatrice d’un passé tumultueux, qui ne trouve d’équivalent en France qu’en Auvergne.

L’année d’avant, j’avais tenté d’atteindre l’Anayet par ce côté là, via la vallée d’Espelunciecha, avant d’être stoppé au niveau des lacs par une météo menaçante. La randonnée du jour, par le Canal Roya côté Ouest, me procurait une nouvelle occasion en variant l’itinéraire, réalisant symboliquement une jonction Somport-Pourtalet. Cette longue vallée en forme de spirale nécessite quelques heures de marche avant de parvenir dans l’ultime cirque, où des méandres marécageux se répandent dans une herbe scintillante. C’est au dessus de ce balcon, après quelques lacets raides, que se situent les lacs d’Anayet.

Comment décrire le site ? Dans un amphithéâtre de montagnes dont les plissements sont aussi écarlates que la terre sur laquelle repose ce golf Anglais, gît nonchalamment une vaste nappe d’eau, aux contours hésitants entre tourbe et presqu’îles. Dedans s’y reflètent la silhouette du lointain Pic d’Ossau, vue ici du Sud, et celle du Pic d’Anayet : Un mastodonte grisâtre de lave figée, comme un couteau planté par en dessous, et qui aurait imbibé le sol de sang. A cette époque de l’année, il est fréquent d’y trouver un troupeau hétérogène de chevaux et vaches, flânant dans ce grand espace aux airs d’Amérique. Nulle image n’illustre si bien la liberté.

Le col entre "les" Anayets, car il y a le "Vertice" et le "Pic", se situe entre ce dernier, et le point culminant des plissements ocres. Contrairement à ce qu’inspire son nom, le "Vertice" est le moins vertigineux des deux. Nous remontâmes à travers le creux se faufilant jusqu’au col, puis suivîmes l’arête du Vertice, étonnamment chapeauté lui aussi de basalte sur les derniers mètres. Le sommet nous révéla la vaste vallée herbeuse d’Izas, et la grande muraille calcaire des Pala de Ip et Peña Telera. La Peña Collarada du surlendemain dépassait elle aussi derrière. Quel planning !

Malgré nos efforts, nous ne parvîmes à distinguer que l’une des deux cabanes, celle au fond de la vallée. L’autre, soit disant perchée sur un ressaut, demeurait invisible. Après avoir mangé, puis savamment disserté sur le panorama, nous choisîmes de suivre un instant la crête rouge, menant au Pico Royo. Mais les dos d’âne de plus en plus pénibles nous incitèrent à prendre le raccourci direct dans la vallée, à travers de sauvages pentes herbeuses.

La Cabane d’Izas nous attendait, mais nous réserva une bien mauvaise surprise : au sol inégal, jonchée de détritus, elle faisait penser plutôt à une étable. De plus, les bovins environnants semblaient s’être épris d’une profonde amitié pour nous, ce qui nous incita à partir au plus vite à la recherche l’autre, la cabane de la Vuelta de Izerias.

6 + 5 =