Lo Manthang

Destination : Népal » Asie | Montagne : Himalaya ; Mustang | Activité : Randonnée  | 


Lo Manthang - Mustang : à pied au royaume interdit – Carnet de Trekking au Mustang (Népal)
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Chaque pas nous rapproche de la capitale. Celle-ci en effet marque une étape importante au sein de notre voyage, une forteresse d’un autre monde riche d’un passé mystérieux que je vais bientôt découvrir.

Après une semaine de marche, Lo Manthang nous apparaît enfin au sommet d’un col. La traditionnelle banderole multicolore de drapeaux à prières, dressée au pied d’un cairn de pierres, prend aujourd’hui une signification particulière. Le but est atteint : oubliées les courbatures des premiers jours, le brouillard froid transperçant des petits matins, les jambes en coton, lorsque celles-ci impatientes, se sont lancées trop rapidement à l’assaut du sommet.

La ville fortifiée s’étale devant moi. Mes yeux balayent l’horizon remarquant la plaine des prières (ainsi nommée), qui entoure les remparts : véritable explosion de couleurs à cette époque de l’année des champs d’orge et de blé (vert), de colza (jaune) et de sarrasin (rose). Ces petites parcelles de terres aux formes arrondies, ceinturées par des monticules en terre ou en pierre se détachent étrangement du paysage lunaire environnant. Au loin, deux vallées cultivées s’ouvrent largement en direction du Tibet qui n’est qu’à 25 km. Tout autour, des montagnes aux pics dépourvus de végétation et aux contours déchiquetés. Blanc, rouge, brun, la symphonie des teintes minérales prend ici toute son ampleur.

Des sommets enneigés se dessinent au loin, nous sommes vraiment au coeur de l’Himalaya. Le bout du monde, à plusieurs jours de marche de l’aéroport le plus proche, avec pour seul moyen de locomotion la marche ou le cheval.

Lo Man Thang, littéralement : habitant, fantôme, odeur. Me voila brusquement plongée au coeur du moyen-âge. A l’approche de la ville, les cavaliers se font plus nombreux, fustigeants la croupe de leurs montures pour les obliger à se mettre au galop. Aucun moyen de locomotion motorisé, les routes n’existent pas. Les seuls bâtiments à se détacher de la ville sont les trois gompas ocres rouges qui dominent largement les toits plats des habitations. La ville est ceinturée de remparts, deux portes seulement permettent d’y accéder. A l’intérieur des hauts murs : des habitations imbriquées les unes dans les autres forment des ruelles labyrinthiques, trois gompas ( dont deux datant du XVe siècle), le palais du roi actuel et quelques chortens. Cet agencement n’a pas changé depuis des siècles. Les 1200 habitants que compte la capitale vivent au rythme des saisons depuis plusieurs générations.

Deux grands moulins à prières, régulièrement actionnés par un habitant qui en fait alors le tour faisant retentir une clochette, personnalise l’entrée principale ornée d’un chapiteau en bois sculpté et d’une porte qui il n’y a pas si longtemps encore était fermée tous les soirs pour se protéger des brigands. Ces murs à l’ombre du soleil sont l’occasion de se retrouver pour se reposer en tournant un moulin à prières, hommes et femmes ostensiblement séparés.

Je pénètre dans l’enceinte. Seul point de repère facilement repérable à l’entrée de la ville, le palais du roi haut de ses quatre étages dont seuls les deux derniers sont occupés par le souverain et sa femme. Celui-ci, élevé au rang de colonel au sein de l’armée népalaise n’a plus qu’un rôle consultatif, mais bénéficie encore du plus grand respect de la population.

Au hasard des ruelles, je découvre la ville : assises par terre devant leurs maisons des femmes pilent du riz dans un mortier, ailleurs sur une place, un groupe d’entre elles s’occupent de la laine, les unes cardant, les autres tissant du fil à la quenouille, assises par terre les une à côté des autres, leurs enfants jouant autour d’elles. La plus âgée tient un moulin à prières qu’elle fait tourner en permanence. La rotation permet au mantra qui est à l’intérieur (Om mane padme um, littéralement : joyau dans une fleur de lotus) de se libérer dans l’air afin d’adoucir son kharma.


Texte photos : Marie-Laure Vairelles, photographe (reportage et montage)

mlvareilles
A propos de l'auteur

 28 années à parcourir la planète, un pied sur chaque continent, une prédilection pour les marches dans les Alpes et l'Himalaya, mais aussi les deserts et les Andes... témoigner de la diversité des cultures de notre planète. Architecte d’intérieur de formation, j’ai parc...



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