Mon calvaire

Destination : Népal » Asie | Montagne : Everest ; Himalaya | Activité : Alpinisme  | 


Mon calvaire - Carnets de voyage Island Peak et Mera Peak - Carnet de course d'Alpinisme au Népal
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Samedi 28 octobre : Mon calvaire

2h du matin. Cette fois ça ne prévient pas, et je me réjouis d’avoir préparé le sac en plastique qui reçoit la deuxième « livraison en retour » des spaghettis récalcitrants et toxiques !!!
Je sors de la tente aussi rapidement que possible, cette fois Kadje est bien réveillé et assiste à l’affligeant spectacle de la 3° et dernière salve de spaghetti qui s’abat sur le terrain de camping. Mon organisme maintenant bien accoutumé à ces intoxications alimentaires réagit violemment, et je m’en réjouis car je sais qu’au moins mon corps n’absorbera pas ces produits avariés, et que donc je ne risque rien de grave. Cette fois je retourne au lit plutôt patraque, mais je sais que je ne serai plus dérangé jusqu’au matin.
6h30. Kadje me réveille. Je suis tellement mal fichu que je lui réclame une heure de repos supplémentaire. Accordé. Deux minutes plus tard, il me réveille à nouveau. En fait il est 8h et cette fois il faut y aller.
Je me sens très mal et suis incapable d’avaler quoi que ce soit, liquide ou solide. Seuls 2 ou 3 biscuits sec arrivent à passer, mais sans conviction. Je sais que je suis déjà déshydraté et qu’il faudrait que je boive, mais rien à faire : le thé me dégoutte profondément. J’achète une bouteille de coca au shop du coin, tous les marins savent que lorsqu’on est malade, la dernière chose que l’on peut absorber c’est ce soda. Et bien j’ai fait fort, car même le coca sera renvoyé une heure plus tard sur ce chemin de croix qui doit me mener jusqu’à Tok-Tok.

Je suis tellement affaibli que j’ai du mal à mettre un pied devant l’autre, alors que la veille je courrais au sommet du Mera. Cette journée sera une galère innommable, digne de celles connues l’année dernière lors de ma sinusite, et je plains Seb qui a subi la même chose la veille de l’ascension de l’Island.
La maladie conjuguée au manque de but à atteindre affecte sérieusement mon moral, je broie du noir, je ne pense qu’à des choses négatives, et cet état d’esprit lié à un manque de motivation incroyable est aussi pénible à supporter que l’affaiblissement physique dont je souffre.
Après plus de six heures de galère, de vomissements, de diarrhées et autres réjouissances du genre, Kadje se rend compte que nous n’atteindrons pas Tok-Tok, et donc nous nous arrêtons à Thuli Kharka à mon grand soulagement. Le soir venu, je suis toujours incapable d’absorber quoi que ce soit. Je fonce dans mon sac de couchage, je n’ai qu’un rêve : dormir, faire cesser cette sensation d’épuisement et me réfugier dans un sommeil réparateur et anesthésiant.

19h : Kadje me réveille avec un bol de soupe et des popcorns. Je suis désolé pour lui mais je suis incapable de les avaler.
19h30 : cette fois c’est une assiette de frites « fait maison » avec le plus grand soin : fines, régulières, dorées, bien grasses et croustillantes : Mac Do ne les aurait pas reniées ! Il s’est cassé la tête pour me cuisiner des trucs lui-même avec le maximum d’hygiène et de soin… mais des frites ! J’en ai les larmes aux yeux mais je ne peux même pas faire semblant de manger tellement je suis mal. Conscient qu’il ne me laissera pas dormir tant que je n’aurai rien dans le ventre, je pleurniche un peu de riz blanc, sans sauce, sans huile, sans vegetables, sans épices, sans rien… OK, ½ heure et c’est bon me dit-il.
20h : Effectivement, ½ heure plus tard arrive une assiette de riz… accompagnée de pommes de terre rissolées aux légumes ! Heureusement il n’a pas mélangé, et je me force à manger du bout des lèvres quelques cuillers de riz avant de sombrer dans un sommeil que j’attends depuis ce matin.

deux × 3 =