Montée au camp 3

Destination : Népal » Asie | Montagne : Himalaya | Activité : Alpinisme  | Agence : Allibert Trekking 


Montée au camp 3 - Ascension de l'Everest
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J44 Samedidi 17.05.08 – CB (5350m) C2(6350m)

Le chaos c’est long surtout vers la fin

Je persiste et signe c’est trop long !
1100m de dénivelé entre 5 et 6000 avec un terrain technique irrégulier : pentes raides, blocs de glace, crevasse, sauts, échelles, c’est forcement épuisant à la longue. Ang Tsering a beau dire que tout le monde fait comme ça… Et à nous citer les performances de tel ou tel…Et dire qu’il faut être capable de faire ça dans de bonnes conditions pour prétendre au sommet. Il faut 8h pour un alpinistes "normal" pour rejoindre le camp 1 et 4h supplémentaires pour le C2. Cela manque de progression pour une acclimatation "soft". On ajoute à ça l’artifice de l’oxygène et ça fait un peu forcing, bon ni pour le corps ni pour l’esprit. Ca arrange surtout les sherpas de ne pas avoir à laisser en place et démonter un camp supplémentaire. Et à ses réflexions j’ai l’impression que Ang Tsering est un peu pressé d’en finir. Cela dit ils font des efforts colossaux : aujourd’hui ils montent pour la deuxième fois au C4 (8000m) en aller et retour pour équiper (tente nourriture oxygène réchauds) 1700m entre 6300 et 8000 dans la journée sans oxygène c’est assez énorme et c’est très rapide, cela sera la 3ème fois pour le sommet. Nous avons beaucoup attendu au CB et maintenant cela se précipite. La faute aux Chinois certes, mais quand même je découvre là une stratégie d’expédition un peu inhabituelle et brutale. Il est vrai que l’Everest est une exception on l’a déjà dit.
Mais revenons à notre journée du samedi 17/05.

Réveil 3h30 départ 4h45. Nous marchons bien régulièrement dans cette interminable icefall avant qu’elle ne soit chauffée par le soleil. Je constate une meilleure acclimatation avec des pouls très bas et pas d’essoufflement, c’est jouissif, plus de peur, plus d’angoisse, le corps répond bien, plus cette sensation d’étouffer si vitale. Anne Garance aussi se sent bien et marche régulièrement et sans fatigue. Nous sommes à midi au sommet des dernières échelles verticales où nous cassons la croûte et à 13h au camp 1. C’est là qu’Anne Garance se retrouve soudainement sans forces (la limite des 8h d’effort).
Je lance un SOS à la radio vers le camp 2. Maila le cuisinier sauveur vient à notre rencontre avec boisson et sans sac pour prendre celui d’Anne Garance dans cet interminable plat montant qui mène au C2.
Le soir, manque d’appétit et sommeil perturbé montrent que l’effort fut trop copieux.

  • M :1096m – 150m/h
  • D : 67m
  • Tps :12h18
  • Pls : 42/118/145

J45 Dimanche 18.05.08 – C2 (6350m)

Le péril jaune est en marche

Le soleil se fait attendre et le froid engourdit tout. Un coup d’oeil par l’ouverture de la tente, les minuscules tentes sur cette face du Lhotse, la trace pleine de fourmis laborieuses que nous serons demain qui va au col sud même la trace qui bifurque vers le sommet du Lhotse – il a été gravi hier paraît-il c’est beau même si c’est dur.
A 15/16h nos sherpas reviennent du col sud, partis à 4h. Nima s’est senti mal et ils n’ont pas monté la tente au col sud, il l’ont laissée au C3. Ils la monteront après-demain quand nous rejoindrons ensembles le col sud, le hic c’est que après-demain c’est le 20 et que la mauvaise météo semble confirmée par d’autres sources…
La mousson montrerait-elle le bout de son nez ? Bloody chinetoques qui nous ont mis en retard ! Le péril jaune redevient d’actualité.
Le dernier bulletin météo de notre routeur français Thomas par l’intermédiaire d’un message de Jacqueline Lubin sur le téléphone satellite est en complète contradiction avec les précédents, la fenêtre serait les 20 et 21, les dates mêmes où était prévue la neige !
C’est bien les météos qui s’annulent, finalement nous tenons compte de rien et suivons le programme fixé.

J46 Lundi 19.05.08 – C2( 6350m) C3(6950m)

Les nuages sont l’âme des montagnes, le vent est leur souffle.

Réveil 4h30 départ 6h.
Aujourd’hui est un grand jour nous montons dormir au C3 et n’en redescendons pas sans avoir essayée la déesse mère du monde avec sa permission bien sur, elle nous domine et nous impressionne encore tellement. Ca fait si longtemps qu’on attend ça, qu’on la courtise la haute dame !
En montant au sommet de ce long C2 qui s’étire je me dis que ce serait un programme bien progressif de faire une halte au C1 et d’aller faire un camp 2 tout en haut c’est large et plat et loin de la face, ça présente aussi l’avantage d’être à moins d’une heure de la face du Lhotse. Bref, ça m’étonnerai que je revienne pour mettre en place un tel programme… Nous montons régulièrement à un rythme correct, l’acclimatation fait son effet, mais en arrivant sous la face nous sommes cueillis par un vent d’enfer qui nous glace car nous n’avons que la tenue alpine, ayant laissé la tenue duvet au C3, une bonne occasion de tester la qualité des chaussures et des moufles, mais un peu froid aux fesses dans nos petits pantalons monocouche des Alpes.
Heureusement nous arrivons à midi au C3 et avons le temps de nous refaire une santé. Nous testons les 4 bouteilles d’oxygène qui se trouvent au C3, deux sont à 30 l et 2 à 25 l sur 40 l…Des restes d’autres expéditions je suppose, ce qui suffit pour le camp 3, dommage, une bouteille pleine est restée au camp de base.
Je crois que Nima a un peu de mal à faire des 1700 m entre 6300 et 8000 avec un sac de charge. C’est vrai que c’est un peu fou, mais rien ne les empêchait d’équiper les camps progressivement. A leur décharge il y a eu ce contretemps chinois. Bref on s’adapte… Appel téléphonique de Marc Lubin pour éclaircir la météo, en effet notre routeur météo confirme bien une fenêtre de calme à partir de demain (mardi 20/05) à 18h pendant 40h ce qui nous arrangerait bien si cela se vérifiait.

  • M : 700m -160m/ h
  • D : 70m
  • Tps : 6h
  • Pouls : 60/122/145

Sous toute réserve car la ceinture donne des valeurs fantaisistes. J’aurais dû changer la pile en même temps que celle de la montre. De plus elle descend avec le sac à dos et se déconnecte… Pas évident.

A propos de l'auteur

Guide de haute montagne, Vingt-cinq années d'itinérance dans les Alpes, l'Amérique du Sud et l'Himalaya en alpinisme, trekking, expéditions et l'émotion provoquée par  la fréquentation de paysages hors du commun ont trouvé un débouché tout naturel à une passion tenace...



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