Nouveau départ

Destination : Canada » Amérique | Activité : Ski de randonnée nordique  | 


Le changement de saison contraint Jean-Marc à troquer ses skis et sa pulka pour la marche à pied...
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La tempête arrive comme souvent lors des changements de saisons. Ici, il n’y a que deux saisons, 10 mois d’hiver et 2 d’été.
Le vent emporte tout : neige, terre, graines… Il me faut lutter pour rester debout.
Après trois jours de tempête sans répit, les terres sont déneigées et la banquise terreuse. La deuxième phase de mon expédition doit à présent se dérouler à pied, sans skis et sans pulka.

L’absence de nourriture me contraint à ne partir que quelques jours. Je remonte la vallée MacDonald et bifurque pour rejoindre la vallée Lupus. L’absence de neige conforte mon choix de me déplacer à pied. Je coupe ainsi les méandres. J’arrive au pied du gracier Lupus. Ce dernier coupe la vallée en deux et ne laisse qu’un couloir de quatre mètres entre le front du glacier et le flanc opposé de la vallée. Cette falaise de glace ne fait que 5 à 6 mètres de haut mais peut à tout moment s’effondrer. D’énormes cubes de glace en sont les témoins. Je passe " rapidement " et continue mon chemin. Le temps se couvre, le vent se lève. Même en marchant, j’ai froid. Il faut que je pense sérieusement à établir mon campement. Soudain, sorti du brouillard, je vois trois loups à une centaine de mètres. J’ai trop froid pour sortir appareil photo ou caméscope. Je reste immobile et les observe. Glacé, je décide de planter la tente au premier endroit propice. J’ai à peine fini qu’un des loups vient me rendre visite. Il s’agit du mâle dominant. Je suis sur son territoire. Etant maintenant à l’abri du vent, je prends la peine de sortir l’appareil pour lui tirer le portrait. Quelques instants plus tard, il repart en urinant pour encore mieux marquer son territoire.

La tempête me bloque une vingtaine d’heures. A chaque bourrasque, je me demande si la tente, pliée en deux, va résister. Je profite d’une accalmie pour plier bagage et rentrer à Tanquary. Ayant froid et sachant que là bas je serai à l’abri, j’effectue malgré trente kilogrammes dans le sac, les 40 kilomètres dans la journée. Une fois arrivé, je suis tellement épuisé que je déplie le duvet et me couche immédiatement.
Après deux semaines d’attente un avion vient enfin me ravitailler. Je peux désormais envisager l’avenir de façon plus sereine et me consacrer à l’observation de la faune et de la flore.


Jean-Marc Périgaud, Aventurier, Photographe et Guide Polaire

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