Osa – Ulvik

Destination : Norvège » Europe | Activité : Randonnée  | 


Osa - Ulvik, sur les pas du poète Olav Håkonson Hauge
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Osa-Osa

  • 1,5 km – D- 90m

8h du matin

Il pleut énormément, quel bon toit. Et le merle chante. Qui dit merle dit humains, qui dit humains dit maison, qui dit maison dit amour et qui dit amour dit tout.

Je viens de terminer toutes les provisions achetées et rationnées il y a 6 jours. C’est bientôt fini. Je me demande comment va cette brebis fantôme malade sous mes pieds. J’entends maintenant remuer mais c’est peut-être des pierres qui glissent des pentes. C’est dangereux ici, d’ailleurs, je me bouge et je vais chanter sous la pluie pendant les 10km de route jusqu’à Ulvik, le long du fjord.

19h

Dans la semi pénombre de la cuisine du camping d’Ulvik, j’attends une hypothétique accalmie de la pluie pour planter ma tente.

Espen Eide, le directeur du festival de poésie n’est pas mort, je l’ai entrevu tout à l’heure au Grøne Kafé mais pour je ne sais quelle raison, je ne dors pas chez lui ce soir.

Je crois que je peux mijoter ici comme une grosse carotte, ma veste orange et mes pieds trempés depuis 3 jours pourraient prendre racine, mais la nuit vient vite. Ah ! la pluie a cessé, je vais monter la tente.

19h30

Moi qui voulais arriver toute propre et sèche chez Espen, c’est raté, reprenons le récit de cette matinée pleine de surprises.

Pluie au réveille, donc, je descends au village, je passe devant de jolies maisons, des fermes dans la plaine formée par les limons, je passe devant un café qui semble ouvert, mais je poursuis jusqu’au bout, je ne sais pas pourquoi, je sens que c’est là que se termine mon aventure. Je marche, je marche, je marche jusqu’au bord du fjord splendide et si mon corps s’arrête au quai, toute mon âme continue d’avancer, plonge dans la mer, se baigne dans l’eau et la lumière d’Osa.

Propre, nettoyée des colères et des angoisses, Osafjorden, quel est ton pouvoir ?

Tranquille, je rebrousse chemin pour prendre un café, je pousse la porte, un homme en treillis est affairé au téléphone, il a perdu sa ceinture de survie. Rapide coup d’œil à l’intérieur : des couteaux aux murs, des trophées, des peaux de rennes, des échantillons de graines, des insectes en pot… Euh, c’est bien ici le café d’Osa, je peux commander ?

Robert, m’assure que oui, que c’est chez lui mais qu’il a rendez-vous avec une dame de l’office de tourisme. Ah Tone, je la connais. On discute, il m’offre 3 cafés, fait des crêpes aux pommes Tone arrive, on rit de la surprise pour tous des ces rencontres, et me voilà partie avec eux dans la vallée en cul de sac que je pouvais pas explorer, l’Austdøla. La route monte vers un grand lac de barrage, Robert veut montrer à Tone le potentiel d’une cabane pour y monter un projet de cours de survie pour des groupes, des entreprises. La commune lui a déjà autorisé « l’exploitation de ruisseaux pour le canyoning, la construction d’une yourte et d’un soit pour apprendre la survie en montagne…un comble pour moi de terminer le voyage en apprenant à faire un feu avec un briquet au magnésium et à sauter sur les pierres glissantes sans tomber ! On entre aussi dans le détail des dizaines de km de tunnels construit pour un projet une centrale hydroélectrique qui n’a jamais abouti dans les années 1930. Robert, aventurier imaginatif, voudrait les utiliser aussi pour ces stages.

Entrons dans une cabane très grande, pas dans le réseau DNT, utilisée par les pêcheurs et les chasseurs, pique-niquons. Quelle journée étonnante. Merci à tous deux de votre gentillesse. Je rentre à Ulvik avec Tone en voiture, il est trop tard pour aller à pied et de toute façon, j’ai fini dans le fjord d’Osa. Vous vous souvenez qu’on prononce OUSSA ? Où ça ? Le comble du voyage sans fin, arriver où ça ?

Ulvik

Cette nuit la montagne a vieilli.

Sa tête est devenue toute blanche…de neige !

Quelle chance d’être passée juste à temps, j’étais si mouillée que j’aurai gelé sur place si j’avais marché dans la neige, sans parler des glissades et du paysage muet.

Quelle chance.

Encore rêvé d’inondations, mais presque pas dormi.

Décamper. Attendre l’ouverture du magasin pour acheter du pain et du saumon. Déjeuner devant le fjord calme et enneigé. Paix.

Et maintenant

L’heure des comptes

A l’intérieur du cercle de 30 km autour d’Ulvik, j’ai parcouru

373 km à pied en 26 jours de marche, soit une moyenne de 14,35 km par jour à une allure de tortue de 2,4 km/h !

parce que le plus impressionnant c’est

  • dénivelés positifs cumulés : 11 015m
  • dénivelés negatifs cumulés : 11 350m

Maintenant, j’ai mal partout !