Rendez-vous au site rupestre d’Iheren

Destination : Algérie » Afrique | Montagne : Sahara | Activité : Randonnée  | 


Rendez-vous au site rupestre d'Iheren - Randonnée rupestre dans le tassili Tadjélahine
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Nous arrivons à Iheren après une journée de marche sur le plateau de Tadjélahine. En chemin, nous nous sommes arrêtés aux peintures de Tikadaouine. Je suis déçu. Trop d’attentes sans doute.
Nous installons le campement ; Amoud nous conduit une première fois découvrir le site et ses peintures. Nous y retournerons le lendemain matin avant de poursuivre vers Tin Abanière tellement l’abri est riche en découverte.
Guide Targui de 35 ans résidant à l’oasis d’Ihérir, Amoud manie encore le français avec hésitation mais sa bonne humeur et son humour en font une compagnie très agréable. Il connaît le plateau de Tadjelahine comme sa poche et prend un réel plaisir à partager ses connaissances.

Taka photographiant les peintures de l'abri d'Iheren

Les peintures de l’abri d’Iheren ont été portées à la connaissance du grand public par Henri Lhote dans son ouvrage Vers d’autres tassilis.
L’abri n’est ouvert qu’au nord et ne reçoit pas de soleil de la journée, ce qui explique la bonne conservation des peintures. Sur 9 mètres de long et 3 de large, des centaines de peinture ont été dessinées, la grande majorité par le même artiste. Un Léonard de Vinci des temps anciens.
Iheren constitue une des grandes écoles artistiques de l’ère bovidienne.
Les peintures sont dessinées au trait (parfois la surface interne est marquée par un aplat en tonalité claire) avec des personnages, de type europoïdes (blancs), souvent armés d’un javelot ou d’une lance, encore parfois d’un arc.

Scène de chasse au lion - Iheren

Les motifs représentent des scènes pastorales. Mais en plus des bœufs que l’on rencontre pendant toute cette période, on peut observer des chèvres et des moutons. Les personnages sont détaillés avec une minutie extraordinaire et un sens du détail remarquable : coiffe, vêtements, mains, armes…
Je remarque trois personnages tenant une lance dans les mains. Mon regard est hypnotisé par ses personnages blancs. Ils chassent le lion. Hélas, ce dernier n’est presque plus visible. Les représentations d’autres personnages sont nombreuses. Parfois, le corps est zébré.

Célèbre peinture des boeufs à l'abreuvoir - Iheren

Autre scène remarquable, les bœufs à l’abreuvoir. Pour Amadou Hampaté-Bâ, la scène des « bœufs accroupis » représentent la cérémonie du lotori chez les peuls bororo qui consiste à conduire le troupeau quotidiennement au marigot en souvenir de l’origine aquatique des bœufs. Henri Lhote défendra cette thèse. Depuis, les spécialistes ont démontré qu’elle n’était fondée sur aucun argument scientifique valable. Le Sahara, carrefour des civilisations étaient pourtant une idée romanesque des plus attachantes.
Au dessus de cette scène, on peut encore deviner une fresque remarquable représentant des bœufs porteurs. En prolongeant les traits disparus, on peut, avec un peu d’imagination (et les clichés d’époque), voir les hommes, femmes et enfants assis sur l’échine de bœufs.

L’abri comporte encore bien d’autres peintures dont une scène inattendue dans cet espace désertique : une mare dans laquelle saute des grenouilles alors qu’un bœuf vient s’y désaltérer. Hélas, il est aujourd’hui très difficile d’apercevoir la fresque. Il faut dire que les premiers archéologues ont abimé les peintures en les mouillants pour faire ressortir les couleurs (sans compter la dégradation naturelle). Aujourd’hui, les scientifiques utilisent des logiciels pour obtenir des résultats bien meilleurs sans dégrader les fresques.
Iheren est un abri remarquable, « l’œuvre la plus magistrale trouvée jusqu’ici au Sahara, le chef d’œuvre de l’école naturaliste néolithique » pour reprendre les propos d’Henri Lhote dans son ouvrage Vers d’autres tassilis.

Bivouac

Le soir autour du feu de camp, nous discutons longuement des peintures d’Iheren. Nous nous interrogeons. D’où viennent les artistes ? Noirs et blancs ont-ils cohabité ? Vécu à des époques différentes ? Et bien d’autres encore…
La thèse d’Amadou Hambaté-Bâ est aujourd’hui obsolète. Pour de nombreux scientifiques, les peuples du plateau de Tadjélahine sont des Capsiens proto-Berbères venus entre 2800 et 1800 ans avant Jésus Christ à l‘ère du bovidien final.

Ce n’est que lorsque Bachir vient nous servir la chorba que le silence envahit à nouveau le désert. Car voyez-vous, Bachir est un cuisinier hors-pair. Sans doute, le meilleur jamais rencontré au Sahara. Touareg noir né à Djanet, il est peut-être d’origine Toubou ou descendant d‘esclaves ? Je ne lui ai pas demandé. Il manie l’humour à bon escient. Amateur de musique, il ne quitte pas son téléphone portable sur lequel il a téléchargé ses MP3s préférés. « Tu as combien de batterie de rechange » lui demandais-je au début du voyage. « Pas besoin, on a un chargeur solaire ». On a beau être sur le lieu des plus belles peintures du néolithique, le progrès continue et les Touareg ne comptent pas rater le train en marche.

Grégory Rohart
A propos de l'auteur

Fondateur d'I-Trekkings et des blogs I-Voyages et My Wildlife, j'apprécie le rythme lent de la marche et des activités outdoor non motorisés pour découvrir des territoires montagneux et désertiques et rencontrer les populations locales. Je marche aussi bien seul, qu'entre amis ou avec des agences françaises ou locales.Ambassadeur Fujifilm...



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