Retour au bercail

Destination : Népal » Asie | Montagne : Himalaya | Activité : Alpinisme  | Agence : Allibert Trekking 


Retour au bercail - Ascension de l'Everest
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J 49 Jeudi 22.05.08 – Col sud (C4 7960m) C2 (6550m)

Tous les habitants de la belle province ne sont pas cool.

Malheureusement au matin les mauvaises nouvelles viennent brouiller notre joie, on nous annonce 2 décès dans la nuit. Le Suisse sans oxygène décédé dans la pente à 1h30 et le sultan d’Oman. En apprenant ça je me culpabilise de ne pas lui avoir fait une piqûre de corticoïde et je me dis qu’il devait avoir toute la pression de la nation derrière… Et puis, coup de théâtre, le sultan n’est pas mort, les sherpas lui ont monté de l’oxygène et un sac de couchage et il a survécu… Miraculé !
Après quelques préparatifs nous quittons le col sud avec nos 2 sherpas chargés de la tente et de l’oxygène déjà consommé. Ils redescendent seuls, le guide redeviendrait-il encore utile ? Je prends la bouteille que je n’ai pas finie dans la nuit et AG descend sans O2 (bravo). Il neigeote et les rochers sont glissants dans la traversée. Nous ne tardons pas à mettre les crampons. Je m’avance à l’endroit du franchissement de l’Eperon des Genevois pour voir si la voie est libre pour la descente et je reçois des remarques des Américains qui arrivent dans l’autre sens, le peuple le plus donneur de leçons de la terre, me disant que ce n’est pas un endroit pour s’asseoir. Leçon pour leçon je leur fais remarquer qu’ils n’ont pas mis les crampons et que c’est dangereux.

Nous continuons la descente sous la neige tombante qui commence à s’épaissir. Nous optons pour le rappel dans les rochers jaunes et au passage de la dernière corde qui mène au couloir un Québécois veut doubler, il nous bouscule, nous stresse, je lui explique qu’il peut faire comme nous tous, attendre son tour.
Cet homme-là ne me paraît pas très honnête, déjà il prétend revenir du sommet alors que cela me paraît impossible. Bref je finis par entamer un court rappel pressé par ce Québécois alors que Anne est sur une autre corde parallèle.
Juste avant, Ang Tsering m’avait joint à la radio et je lui avais demandé de patienter mettant momentanément ma radio dans la poche avant de la salopette. Au moment où je finissais mon rappel la corde d’Anne Garance a croisé la mienne projetant la radio dans le couloir. Je l’ai vue glisser et s’arrêter dans la neige 50m plus bas. Je me libère de la corde pensant descendre la chercher, mais dès les premiers pas je trouve de la glace vive sous 10 cm de neige, trop dangereuse à descendre avec 1 seul piolet classique. Il se fait tard et la route est longue… prudence. Abandon.

Calmés et laissant l’excité passer devant, nous traversons le long couloir. Il neige et le jour décline mais je suis serein, je sais que nous n’arriverons que dans la nuit, mais peu importe, nous ne sommes pas épuisés et nous avons des frontales. Nous pratiquons des arrêts réguliers, accroupis face à la pente pour décharger les épaules et retrouver le souffle. Mon souci c’est de trouver une radio pour prévenir Ang Tsering qui doit se demander ce qui se passe… Après plusieurs essais infructueux, je finis par trouver un sherpa qui en possède une et qui veut bien me la prêter. Je contacte Ang Tsering, lui explique ce qui se passe, en fait il ne se faisait pas de souci !
Pour tout remerciement je ne parviens pas à lui remettre sa fréquence d’origine que je n’ai pas vraiment mémorisée.
Nous retrouvons bientôt le camp 3 ou tout a été récupéré par les sherpas (merci), ils n’ont laissé que nos bâtons. Notre descente continue dans la nuit tombante avec les nuages qui s’estompent, Chomolongma fait une dernière diaphane apparition.

La nuit nous surprend, Anne Garance est toute contente de terminer la descente ainsi, on descend en rappel chacun sur sa corde, elle est capable d’évoluer en autonomie et trouve cette activité intéressante. Nous continuons sous la pente tranquillement, les muscles commencent à tirer, nous avons dépassé les 10h. Maïla vient à notre rencontre avec de la boisson chaude qui nous requinque après un tel effort et c’est le repos bien apprécié au C2.
Au dîner, Ang Tsering se risque à nous parler de descendre demain, refus catégorique d’Anne Garance pour qui une journée de repos ne semble pas superflue… Elle n’est pas la seule, mais il insiste lourdement, nous obtenons que le cas soit réexaminé le lendemain…

  • M : 56m
  • D : 1620m – 240m/h
  • Tps : 11h

J50 Vendredi 23.05.08 – Repos au C2 (6350m)

Le sherpa en colère crache le feu

Suite à la discussion d’hier soir, Ang Tsering revient plusieurs fois à la charge pendant tout le petit déjeuner essayant de me convaincre de l’absolue nécessité pour nous de descendre aujourd’hui, tous les arguments y passeront : pas assez de nourriture, cela les oblige à remonter, qui décide du programme, réponse c’est moi le chef d’expédition et l’argument le plus bas nous ne pensons pas à eux, nous les vilains Occidentaux qui exploitons les pauvres sherpas…il est très en colère, mais ça retombe vite et ils se font une charge de 40kg avec Nima et descendent dans la bonne humeur. De toute façon Anne Garance dort encore à poings fermés ; elle a besoin de récupérer, après les 3 jours fous que nous venons de vivre cela peut sembler normal. Le soir à la vacation de 18h j’ai Ang Tsering à la radio il ne remontera pas le lendemain, mal au pieds dit-il, il en a surtout marre des portages, de l’ice fall, on peut le comprendre, les sherpas d’altitude bien rémunérés sont en sous-effectif et se chargent d’un pénible travail de portage sur des distances et à des altitudes très dures en ce qui concerne l’Everest. Les nôtres ont fait 3 aller-retour C2-C4 pour équiper le C4 en oxygène (14 bouteilles), tente nourriture, réchauds, c’est très violent physiquement. A propos des bouteilles, je me suis renseigné, il semble ne pas y avoir de règle, elles sont juste consignées (40 à 60 $) ce qui oblige les sherpas à en redescendre le plus possible, il en reste encore pas mal abandonnées sur la montagne, mais c’est supportable.

J51 Samedi 24.05.08 – C2(6550m)CB(5540m

Retour au bercail

Ah ! le bonheur du bercail en perspective, pour la dernière fois cette icefall toujours aussi longue. La cuisine où tout le monde s’active où il fait bon sentir outre celle des fourneaux la chaleur humaine de la vie retrouvée. La douche où l’on découvre des courbes adolescentes… et oui Micheline plus de poignées pour s’y accrocher ! Ca a bien le temps de revenir va ! Nous arrivons à négocier avec Ang Tsering toujours pressé, (sa maison est à 3 jours de marche), un jour de repos au CB avant la descente. C’est un peu comme ces guides de Cham qui bousculent le client pour être chez eux le soir…Visite du jeune cousin d’Ang Tsering, dépourvu d’humour et assez suffisant, qui étale son CV complaisamment 5 Everest 5 Ama Dablam et alors ? Ce n’est pas de la montagne qu’ils font c’est du ramassage scolaire. Je préfère la compagnie des sans grade, cook, kitchen, modestes porteurs, humains et tout aussi méritants. Nouveau tournoi de yams avec AG. Ma chance est incroyable : 6 yams dont 2 à la demande… Micheliiiiiiine ! ..

  • M : 86m
  • D : 1086 – 340m/h
  • Tps : 6h20

J52 Dimanche 25.05.08 – CB (5350m)

Il faut tout plier tout peut se plier, qui s’enfuit déjà. Oublier le temps des malentendus et le temps perdu etc…

Préparatifs, les 5 yaks sont là au milieu de la glace et des cailloux, nous préparons pour eux les sacs qui seront acheminés directement à Lukla. Le reste étant confié au dos des porteurs pendant nos 3 jours de descente jusqu’à l’aéroport de Lukla. Ambiance de fin de partie, plateformes sans tentes, hôtels désertés, radio en sourdine, notre équipe claque consciencieusement son argent au poker, les billets de 1000 roupies passent de main en main, tandis que le soleil se couche derrière le Pumori.

A propos de l'auteur

Guide de haute montagne, Vingt-cinq années d'itinérance dans les Alpes, l'Amérique du Sud et l'Himalaya en alpinisme, trekking, expéditions et l'émotion provoquée par  la fréquentation de paysages hors du commun ont trouvé un débouché tout naturel à une passion tenace...



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