Retour au Camp de base

Destination : Népal » Asie | Montagne : Himalaya | Activité : Alpinisme  | Agence : Allibert Trekking 


Retour au camp de base - Ascension de l'Everest
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J38 Dimanche 11.05.08 – C2 (6300m) C3 (6940m) pression : 424mb !

A forte responsabilité fort pouvoir de décision

Ca a toujours été mon credo. Avec les agences où il a toujours été clair que le guide souverain ne doit céder à aucune pression car il reste le seul responsable devant la loi. Pourquoi parlais-je de ça ? C’est à cause du sherpa le plus responsable, Ang Tsering, qui aurait tendance à faire un peu le programme à sa sauce, la sauce sherpa. Mais bourrés de globules comme ils le sont, ils ont tendance à perdre le sens de la réalité des efforts en haute altitude et à nous parler de plans irréalisables. Je reste le chef d’expédition et c’est vers moi que l’on se tournera dans tous les cas comme responsable. Donc garder son pouvoir de décision. Ca tombe bien, Anne Garance me suit complètement là-dessus.
J’ai constaté aussi que comme chez nous, les plus nantis (les sherpas d’altitude sont les mieux payés) deviennent vite les plus revendicatifs et prenant la grosse tête de l’Everest perdraient ce sens du service légendaire. Mais n’exagérons rien, nous avons une équipe conforme à ce que j’ai pu connaître auparavant, les cooks sont des crèmes et l’autre sherpa Nima très timide est également très serviable. Et il est normal au fond que l’Everest soit un cas à part.

Parlons-en justement, aujourd’hui grand jour, on affronte la célèbre face du Lhotse. Notre tente parmi les plus basses paraît toute proche, mais je sais que c’est trompeur, puisqu’elle est quasi à 7000m.
Réveil à 4h45 départ 6h. Nous traversons longuement le haut du C2 qui s’étire sur une grande distance pour rejoindre le plateau qui mène au pied de la face du Lhotse où nous attend une pente raide équipée de cordes fixes. Sur ce plateau il y a un monde fou, une foule cosmopolite et bariolée qui marche vite trop vite pour l’altitude ce qui me fait penser qu’ils ne semblent pas avoir une grande expérience de l’himalayisme ou peut-être sont ils très forts. En tout cas ils sont soit sans sac accompagnés d’un sherpa soit avec des petits sacs.

Nous fixons nos poignées d’ascension sur la première corde et commençons à gravir la pente raide (35/40°) et en glace vive, il est presque impossible de poser le pied à plat et les pointes glissent sur la glace bleue, ce qui rend la chose encore plus physique vue l’altitude et le poids du sac. Il faut jongler avec les personnes qui descendent pour ne pas se trouver sur la même corde en même temps; à ce propos, je pense que la surfréquentation à l’Everest doit être considérée comme un risque objectif (queues au ressaut Hillary, chutes de pierres, de glace, avec des personnes pas toujours au fait des techniques de l’alpinisme) en tout cas c’est assez folklo sur ces cordes.
Nous n’avions pas fait 30m que passe une première pierre de la grosseur d’un kilo de sucre au dessus de nos têtes et fort près des têtes casquées d’un couple qui nous surplombe suivie d’assez près d’une deuxième pierre du volume de 10 kg de sucre ! Pour le couple c’est 1/2 tour et pour moi le premier stress passé et la première envie de renoncer dépassée je me laisse le temps de la réflexion. Nous sommes à l’abri sous un mur de glace. J’essaie d’obtenir des renseignements de ceux arrivant du haut d’où viennent ces pierres si c’est anecdotique ou systématique ? Un Népalais nous donne la méthode : c’est vrai, c’est dangereux, mais il faut monter en regardant vers le haut pour se déplacer rapidement à chaque pierre qui descend (en criant olé ?)

Finalement après un moment d’attente, ne voyant pas de nouveaux projectiles inquiétants fendre les airs je décide la montée. Nous en verrons deux ou trois autres (pierres) dont une nous évitant a raté de peux un groupe d’Américains.
Après, ça n’a été qu’effort en altitude, attention à ne pas se mettre dans le rouge, placer les pieds pas facile dans cette glace vive, pas trop tirer sur les bras, se reposer sur sa poignée jumar et ces tentes qui n’arrivent pas et cette neige et ce brouillard qui eux arrivent . Anne Garance remarquable de volonté et de courage dans cette montée raide et gelée avec un sac dépassant les 12 kg sur les épaules. Bravo à elle.
Ca rapproche de souffrir de concert, elle m’a même proposé de partager ma gourde pipi, tente commune gourde commune, mais jusqu’où iront-ils !

  • M : 723m – 150m/h
  • D : 78m-220m/h
  • Tps : 9h40
  • Puls : 63/133/165 . 125<8h10<165 1h26<125

J 39 Lundi 12.05.08 – C3 (6945m) C2 (6300m)

Mais que diantre allaient-ils faire dans cette galère ?

Au matin de fortes rafales de vent secouent la tente donnant la désagréable impression qu’elle va s’arracher à tout instant. La première tentative pour faire de l’eau chaude s’avère infructueuse, les réchauds sont couverts de neige, l’abside est envahie par le vent et les briquets refusent de s’allumer !… Patience…
Tout est gelé à l’intérieur et à l’extérieur de la tente, obligé de rentrer les réchauds pour faire l’eau chaude…opération délicate ! A 9h45 nous quittons notre abri de toile secouée pour rejoindre les cordes fixes encombrées de touristes, d’alpinistes, de sherpas, la foule des chalands qui comme nous font tourner l’Everest business.

La descente en rappel ou téléphérique (petite glissade frayeur pour AG sur la fin) face à la pente nous oblige à slalomer d’une corde à l’autre, mais s’avère assez rapide et nous avons rejoint le C2 en 2h. Où Maïla, la fée du logis, a trouvé le moyen de nous faire une tartiflette avec ce qu’il avait sous la main. Nous avons passé la nuit sans oxygène ce qui nous fait classer par nos sherpas dans la catégorie des "I-strong". La météo semble mauvaise pour ces prochains jours, mais suite à une après-midi neigeuse le ciel est pur ce soir…
Sous la tente, dans le confort retrouvé du C2, chandelles et Mozart pour inspirer l’écriture… Très grand siècle, un peu de douceur dans ce monde brutal…

J40 Mardi 13.05.08 – C2(6300m)CB (5300)

Ca doit être bien d’être de quelque part, d’en partir et puis d’y revenir, quand on est de nulle part.

Aujourd’hui retour au bercail : sweet camp de base, sa douche chaude, sa guitare et ses 5300m devenus respirables.
Micheline que j’ai au téléphone régulièrement (merci satellite) me transmet les messages de soutien, famille, amis, clients, ça réchauffe le cœur en ces lieux d’austérité.
Une cascade de glace bien calme aujourd’hui -nous sommes seuls et étonnés de l’être- dans un temps mitigé, mais pas le méchant mauvais annoncé. En 4h15 nous sommes à nouveau dans ce qui commence à ressembler à des habitudes.

petraud
A propos de l'auteur

Guide de haute montagne, Vingt-cinq années d'itinérance dans les Alpes, l'Amérique du Sud et l'Himalaya en alpinisme, trekking, expéditions et l'émotion provoquée par  la fréquentation de paysages hors du commun ont trouvé un débouché tout naturel à une passion tenace...



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