Roquefort -> Brocas – 27 km

Destination : Nouvelle-Aquitaine » France | Activité : Randonnée  | 


Circuit pédestre, plus de 210 kms, 3 départements parcourus, une quinzaine de villages traversés
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Carnet : Traversée des Landes

Une fois n’est pas coutume, avant de poursuivre mon propre balisage, j’entrai dans une pharmacie tôt le matin. Ressorti avec une large bande à découper et un désinfectant, j’étais fin prêt à repartir.

Boitant légèrement du pied droit, suite à des soins et un bandage serré, je pénétrai au cœur d’une nouvelle fournaise. L’objectif du jour était de suivre la départementale et couper pour joindre, à travers bois, en une ligne presque droite, Brocas-les-Forges, au sud du Parc Naturel Régional des Landes de Gascogne.

Après deux heures de marche sur cette départementale sans saveur et un kilomètre à la sortie de Roquefort, je tournai à gauche dans un chemin forestier. L’ombre portée par les pins allait rendre moins pénible ma journée jusqu’à Brocas. Piste étroite signifie également la rareté, voire l’absence, de véhicules motorisés. Le recours à l’auto-stop ne m’aiderait guère.

A une femme qui étalait son linge, au lieu-dit Lasalle, je l’interrogeais si j’étais sur la bonne piste. « Oui » fut sa réponse, puis elle me détailla la difficulté prochaine à contourner car une partie du sentier indiquée sur ma carte IGN n’existait plus. Un détour était à prévoir par un chemin du conseil général, signalé par un petit panneau à la bande bleue, sous laquelle « Landes Randonnées » figurait en signature verte.

J’ai suivi en confiance la piste, selon les recommandations de la femme. En effet, le logo du conseil général traçait la forêt en évitant, à l’évidence, des passages devenus dangereux par la chute des arbres ou le sol boueux. Après une terrible montée sous une voûte céleste plénière, en parallèle à une chaleur croissante, un dilemme se présenta à moi avec férocité : un carrefour vierge de panneau indicateur menait à deux directions différentes. La première se poursuivait par le même chemin, dans une nouvelle escalade, mais sous l’abri de grands arbres cette fois ; et la seconde coupait un champ surmonté d’un écriteau « Propriété privée – Entrée interdite – Chasse gardée ». Aucune trace du fameux logo ne m’indiquait la bonne route.

J’empruntai finalement celle sur laquelle je me trouvais déjà. Je me permis une pause près d’anciennes clairières ; un étang bleu vert se déployait aux abords des rives instables. Merveilleux spectacle qui aurait pu me faire oublier l’essentiel. Or un doute s’est incrusté, en débouchant sur un échangeur entre deux départementales, dont la D626. M’avançant à pas fébrile, je reconnus le paysage pour l’avoir déjà traversé près de deux heures plus tôt. La rage grimpa vite dans mon âme et mon crâne, jusqu’à exploser d’une pure indignation. En effet, j’avais effectué une boucle sans m’en apercevoir. Sans équivoque, je suivis le même itinéraire que dans la matinée, sur la route de Labrit. A l’heure où ces lignes sont écrites, je songe que j’aurais pu revenir sur mes pas, dans la forêt, afin de récupérer le bon chemin ; mais ce chemin était-il bien indiqué ? L’idée de me servir encore de mon pouce germa dans mon esprit : meilleur passeport pour un meilleur transport.

Un geste efficace, qui réclame cependant une bonne dose de patience. 45 minutes d’attente avant d’espérer l’aide humanitaire d’un automobiliste. L’homme, peu bavard, acceptait de me conduire jusqu’à Labrit. De là, un nouvel appel à la générosité serait non négligeable. L’heure du « 4 heures » approchait à grands pas. Pas loin de quatre kilomètres après et des jambes lourdes, me voici dans le véhicule d’un type qui laissait traîner ses outils à l’arrière, sous les sièges. Il me questionna, dans un fort accent portugais. Il me déposa au centre du village de Brocas-les-Forges (ou simplement Brocas).

A vrai dire, ma halte dans ce charmant village de Haute-Lande avait un goût d’improvisation. A l’origine, mon étape du jour devait s’interrompre à Labrit. L’unique hôtel étant complet à cette date et ayant du mal à recourir aux maisons d’hôtes, la résignation a été la plus forte. Ainsi, en m’accommodant d’un ajout de sept kilomètres aller-retour sur mon parcours, je descendis à l’« Hôtel de la Gare », sur la route de Bélis. Ma réservation auprès de cet établissement n’avait été effective seulement trois jours avant mon départ pour l’Aquitaine !

Le dîner et la soirée entière se déroulèrent dans ma chambre. Tarifs onéreux et un manque d’enthousiasme avaient eu raison de mon budget. Fait rarissime en une semaine de randonnée : une formation nébuleuse, d’abord transparente, puis devenant envahissante, se pointa dans un ciel orangé et crépusculaire. Une froideur se substitua à la chaleur des derniers jours.

manael
A propos de l'auteur

Je suis un passionné de montagne. J'aime prendre de l'altitude, à l'instar de ceux qui prennent du recul. Ma pratique du trek se compose en solitaire depuis de nombreuses années, en semi-autonomie sur plusieurs jours, souvent l'été, rarement l'hiver. Photographe passionné, j'apprécie de faire des reportage-photos pour exprimer la beaut...



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