Sur le sentier intérieur du GR11

Destination : Portugal » Europe | Activité : Randonnée  | 


Randonnée sur le sentier intérieur du GR11-E9 de la Rota Vicentina
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Carnet : Rota Vicentina

C’est depuis le village d’Odemira et plus particulièrement depuis la Quinta do chocalhinho que je m’engage sur le GR11-E9, le sentier historique qui rejoint Cabo de San Vicente, la pointe orientale du Portugal. Mais, c’est vers le nord que je m’engage sur le chemin et pour deux jours et demi. Il a plu une bonne partie de la nuit. La végétation arbore enfin ses couleurs chatoyantes que la sécheresse hivernale avait mis entre parenthèses.

Sur la Rota Vicentina

Le paysage est vallonné, tacheté de vert et de rouge. Vert comme les feuilles des chênes-lièges et des eucalyptus, rouge sang comme la terre et le tronc pelé des chênes. Les fleurs commencent à pointer le bout de leur nez : les pétales blanches des cistes ladanifer recouvrent le bord du sentier, tantôt tapissé de la violine luzerne ou du jaune genêt.

Nous croisons quelques habitations éparses, quintas familiales ou herdades aux terres immenses. Quelques vaches limousines, quelques chèvres et moutons, un peu de blé. Mais c’est bien le chêne-liège qui tient la dragée haute dans l’agriculture locale. Premier producteur mondial de liège, l’Alentejo dispose de plus de 7000 km² de forêts de chênes. « Le chêne-liège est le meilleur ami des alentejos » m’explique Luis, le propriétaire de la Quinta do chocalhinho car « il ne demande pas d’entretien et rapporte beaucoup d’argent ». Le chiffre (de 1 à 9) que j’observe sur les troncs pelés correspond à l’année de la coupe. L’écorce de l’arbre est récupérée tous les neux ans. En 2012, le chiffre 1 signifie que l’écorce a été récoltée en 2011, le 7 en 2007, etc. 15 milliards de bouchons sont produits chaque année. Je comprends mieux pourquoi les champs de blé sont peu à peu remplacés par les forêts de chêne. Seule l’écorce du bas du tronc est extraite tous les 9 ans en la découpant soigneusement à la hache. Luis qui vient de planter 12 000 pousses sur sa propriété devra néanmoins attendre 25 ans avant de pouvoir commercialiser l’écorce des arbres. Un investissement pour les futures générations de la famille.

Randonnée à travers les chênes-lièges

Les portugais n’aiment pas trop marcher. Le Portugal compte peu d’associations de randonneurs. Alors quand les villageois voient arriver un randonneur, c’est souvent le questionnement et l’incrédulité qui se lisent dans leurs yeux. Que vient donc faire ce jeune homme avec un accoutrement pareil ?

Ma première étape, je la fais chez Cristina et José de la Corte Nova de Preguiça à San Luis. Il loue 8 chambres doubles simples mais confortables. Ici tout est prétexte à lézarder autour de la piscine ou du patio tout en écoutant des airs de jazz ou de rock. Ambiance très cool.

Rencontre avec un André Maria Dasilva dont le sentier passe face à sa maison blanche et bleue

En quittant le village, je m’enfonce dans une immense forêt d’eucalyptus. Originaire de Tasmanie au sud de l’Australie, il a donné naissance à plus de 600 espèces différentes. Au Portugal, c’est l’eucalyptus globulus qui domine. Du fait de sa croissance rapide, des forêts ont été abondamment plantées pour produire de la pâte à papier. C’est hélas une vision à court terme car l’eucalyptus a besoin de grande quantité d’eau. Il appauvrit les sols et s’avère très sensible aux incendies. Les feuilles sont utilisées également en pharmacopée pour traiter les inflammations des voies respiratoires et soulager les douleurs rhumatismales.

La large piste entaille la forêt d’eucalyptus. C’est rapidement monotone. Au contraire des chênes-lièges qui ont tous une forme artistique bien particulière, les eucalyptus ont tous la même tête. Droit comme un piquet, leur tronc pelé se dresse vers le ciel tandis que les feuilles, couvertes d’une pruine cireuse bleu-gris, tombent vers le sol.
Je suis content de voir la perspective changeait et de retrouver la forêt de chênes-lièges. A l’approche de Cercal do Alentejo, le paysage s’ouvre et des prairies tamisées de vaches font leur apparition.

Alfredo au fourneau - Herdade de Matinha

La Herdade do Matinha est au-delà du village. Il me faut pénétrer dans la Serra do Cercal pour y arriver. Plus je m’éloigne du village, plus le panorama redevient intéressant : les champs deviennent plus verdoyants, les perspectives s’affinent de petites collines typiques de la région.

Herdade do Matinha s’étend sur 110 ha plantés de chênes et de pins parasols. Monica et Alfredo ont restauré la maison du fermier, l’étable et même le cellier tout en respectant les matériaux d’origine pour accueillir leurs hôtes dans un cadre enchanteresse où le silence est roi. Sur place, possibilité de faire des randonnées à cheval ou encore du yoga. Le soir venu, les saveurs de l’Alentejo se retrouvent dans l’assiette. Alfredo nous fait découvrir sa façon de cuisiner le bacalhau (morue). Tout est dans le mariage des épices. Un bon repas dans l’Alentejo s’accompagne d’un bon vin cela va de soi et la cave de la maison est pour le moins alléchante. So chic !

Océan Atlantique en vue

Je quitte à regret la quinta et entame ma dernière demi-journée sur le sentier historique avant de m’élancer sur le sentier des pêcheurs le long de la côte Vicentine. Je pénètre dans une belle forêt de chênes-lièges. Le chemin plutôt étroit s’entrelace entre les troncs féériques. L’océan Atlantique ne tarde pas à être en vue. A son approche, c’est tout l’écosystème qui change. Les forêts laissent place à des champs colorés et les habitations refont leur apparition. De la terre de l’Alentejo, je passe à sa côte dominée par l’océan Atlantique et son bleu profond. 

A propos de l'auteur

Fondateur d'I-Trekkings et des blogs I-Voyages et My Wildlife, j'apprécie le rythme lent de la marche et des activités outdoor non motorisés pour découvrir des territoires montagneux et désertiques et rencontrer l...



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