Traversée de l’Estrémadure à pied

Destination : Europe » Espagne | Activité : Randonnée  | 
Nombre de jours : 14 jours | Difficulté : 2 | Dénivelé : +3228 m/-2983 m | Type d'itinéraire : Ligne | 
Ecosystème : Campagne | Hébergement : Chambre d\'hôtes, Gite d\'étape, et Hôtel
Meilleures Périodes : Avril, Mai, Juin, Septembre, Octobre, et Novembre
Traversée de l'Estrémadure à pied sur 14 jours de marche. Récit et trace GPS de cette aventure, une étape dans notre traversée de l'Espagne à pied.
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4.7
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Notre traversée sud nord de l’Espagne est maintenant bien engagée et nous sommes complètement immergés dans le voyage, loin des préoccupations routinières. Le corps et l’esprit sont forgés à surmonter l’incertitude et les difficultés. L’envie quotidienne de nouvelles découvertes est plus forte que tout.

Après la traversée de l’Andalousie qui aura apporté son lot de découvertes surprenantes et souvent éloignées des clichés habituels, nous sommes impatients de parcourir la communauté autonome d’Estrémadure.

Ici, nous nous immergeons au cœur de l’Espagne profonde, peu fréquentée par les visiteurs et méconnue. C’est le domaine des hauts plateaux de la Meseta au climat rude. Dans cette région sauvage et austère seuls de rares villages et villes isolés ainsi que les profondes vallées du Tage et du Guadiana viennent rompre l’immensité des étendues de prairies sèches ou de cultures. Nos longues journées de marche seront souvent éblouies par les magnifiques lumières d’un ciel immense. Notre fil conducteur sera la via de la Plata suivant les traces d’une ancienne chaussée romaine. Cap au nord…

Monterrubio – Castuera

+ 190 m/ – 215 m 19,3 km 4h15

Aujourd’hui, l’étape doit être courte et nous prenons notre temps. Il est amusant de constater qu’au fur et à mesure des jours l’appréciation des distances évolue et une étape de 20 kilomètres nous apparaît désormais comme une « petite » étape… À 8h tous les bars proches sont encore fermés. Donc, pour le petit déjeuner, nous nous passerons de thé et nous contenterons de madeleines et d’un yaourt accompagnés d’un jus d’orange achetés à l’épicerie miraculeusement ouverte tout à côté de l’hôtel. Il est déjà 9h passés quand nous chargeons les sacs. Le début est laborieux car mes douleurs au pied rendent la marche boiteuse et je dois patienter un moment avant de trouver l’allure à laquelle la douleur s’estompe. D’autant plus que l’itinéraire emprunte une petite route goudronnée et évite soigneusement tous les chemins qui se présentent à droite et à gauche. Nous avançons, entourés de plantations d’oliviers avec, à l’horizon, quelques chaînons montagneux bordant cette vaste plaine.

Pour nous économiser nous adoptons un rythme moins rapide que la veille. La route est le plus souvent droite et j’évite de regarder trop loin en avançant à la manière d’un automate avec le cerveau en hypnose. Les oliveraies cèdent la place à des champs labourés parsemés de gros blocs de granit et de vieux chênes noueux dont l’ombre nous attire pour le pique-nique.

Après un peu plus de 14 kilomètres nous avons l’heureuse surprise de voir la route se transformer en une magnifique piste régulière et reposante pour les pieds. Sous une lumière intense elle nous mène à l’entrée de Castuera. En ce début d’après-midi il y a peu de monde dans les rues et nous allons directement vers la mairie pour avoir des informations sur les hébergements. Nous sommes renseignés très gentiment sur l’existence d’une auberge de pèlerins et d’un hôtel. Nous choisissons l’auberge et après avoir présenté nos cartes d’identité à la police municipale nous nous rendons à l’auberge toute proche. L’intérieur est clair et accueillant, visiblement rénové récemment. Nous retrouvons les 2 français que nous avions rencontré à Villaharta et qui se sont installés dans le deuxième dortoir. Le confort est parfait avec une cuisine et nous en profitons pour préparer notre repas sur place grâce au four à micro ondes.

Castuera – Campanario

+ 190 m/ – 275 m 21,2 km 4h40

Ce matin nous partons avec l’espoir que le chemin sera moins pénible qu’hier. Au départ une légère inquiétude nous tenaille quand nous quittons la route principale pour une petite voie encore goudronnée. Heureusement, après quelques centaines de mètres, arrive un large chemin au revêtement parfaitement régulier et souple. Le rêve pour mes pieds et mes genoux. Et nous en profitons jusqu’à l’entrée de Campanario. Devant nous s’étale une vaste plaine d’où jaillissent quelques escarpements lointains. L’aspect général change et les couleurs laissent deviner des espaces plus arides. Nous marchons seuls, rencontrant parfois un cycliste ou un paysan juché sur son tracteur qui nous adressent un signe sympathique ou un « buen camino » traditionnel.

De chaque côté du chemin des clôtures interdisent le plus souvent l’accès aux champs fréquemment parsemés de chênes aux troncs noueux. Nous rejoignons une voie de chemin de fer et la surprenante gare de Quintana de la Serena perdue au milieu de nulle part. La marche est facile et nous avançons avec plaisir, observant quelques cigognes qui rasent les prés puis s’envolent d’un puissant battement d’ailes. À l’horizon des villages blancs se prélassent au flanc des collines.

Le chemin blanc nous renvoie la lueur cuisante du soleil, atténuée par une rafraîchissante brise épisodique. Nous arrivons à Campanario, comme souvent, à l’heure où les villages commencent à être saisis d’une certaine torpeur et nous dirigeons droit vers l’hôtel de ville pour obtenir des informations sur les hébergements.

Campanario – Don Benito

+ 275 m/ – 380 m 27 km 5h30

Le réveil mal programmé ne sonne pas et, alors que nous voulions partir tôt pour éviter les orages annoncés, il est 7h15 quand nous nous levons en catastrophe. Nous décidons de zapper le petit déjeuner et nous contentons d’un morceau de fromage sur du pain et d’une madeleine sans boisson chaude. Le ciel est chargé de gros nuages noirs joufflus. L’avantage, c’est que le paysage est auréolé d’une lumière magnifique.

Dans le lointain, nous apercevons le village blanc de Magacela adossé à un piton rocheux surgissant de la plaine. Le berger rencontré avec ses moutons porte avec lui son parapluie, ce qui ne nous incite pas à l’optimisme par rapport aux prévisions. Nous marchons d’un pas rapide sur un large chemin très confortable qui enchaîne courtes montées et descentes au milieu d’espaces à l’aspect aride. À l’approche de Magacela les cultures reprennent de l’importance et la terre brune des champs labourés brille sous la lumière rasante du matin.

Le chemin rejoint une petite route. Peu avant l’entrée du village un chemin sur la gauche permet vraisemblablement de raccourcir l’itinéraire vers la Haba. Dans le doute, nous préférons suivre le balisage qui contourne par le village. À la sortie, nous rejoignons un chemin très caillouteux et inconfortable. Nous suivons la base des rochers au sommet desquels un fort domine la plaine.

Nous trouvons à nouveau la route avant la Haba. Le ciel se couvre de manière inquiétante, nous faisons une halte rapide sous un abri bus dans le village et préparons les protections contre la pluie avant de repartir. À la sortie du village un habitant nous montre le ciel sombre avec ses nuages chargés lourdement et nous fait comprendre que l’orage ne va pas tarder. Quelques minutes plus tard une faible averse nous incite encore à accélérer le pas sur la large piste qui mène à notre but.

Heureusement, le ciel est clément avec nous et les gouttes cessent. Sans cesser de surveiller le ciel nous arrivons rapidement à Don Benito et trouvons l’hôtel, repéré la veille sur internet. Une chambre confortable est disponible et nous y restons l’après-midi en mettant à jour nos photos. Dans la soirée la pluie s’annonce et nous dissuade de toute sortie. L’habitude aidant, ces 27 kms nous ont paru faciles et, si ce n’est le problème récurrent d’ampoule au pied, aucune trace de fatigue n’apparaît.

Don Benito – Santa Amalia

+ 60 m/ – 90 m 19,4 km 4h15

Nous démarrons sac sur le dos à la recherche d’un bar pour prendre un petit déjeuner. Une fois cette formalité accomplie nous poursuivons en direction de la sortie de la ville. Ces sorties sont rarement attrayantes au milieu des zones commerciales et industrielles et c’est le cas encore aujourd’hui. Heureusement, en début de journée nous repartons toujours avec plaisir et ces zones passent mieux qu’en fin d’étape où l’envie d’arriver provoque toujours de l’impatience.

Après être sortis de la ville nous devons encore marcher sur le bord d’une route fréquentée et peu agréable. Le paysage présente peu d’attrait, seul au loin apparaît le château de Medellin fièrement dressé sur une butte. Lorsque nous pouvons enfin quitter le bord de route c’est pour emprunter un chemin parallèle mais tout proche, ce qui ne nous évite pas d’avoir les oreilles bourdonnantes des bruits de la circulation. Par contre, le paysage s’ouvre sur d’immenses étendues de plants de tomates. À l’approche de Medellin nous longeons un grand bassin dans lequel les nuages nombreux se reflètent.

Nous traversons le village pour découvrir sur la place centrale la statue d’Hernan Cortes, célèbre conquistador espagnol né ici.

Sur le toit de la curieuse église nichent de nombreuses cigognes. À la sortie du village, un pont romain aux piles massives traverse le rio Guadiana.

Après un nouveau passage sur une petite route, à proximité de grands bassins d’irrigation, nous empruntons la canada real Leonesa qui longe un petit canal jusqu’aux abords de Santa Amalia. Le vent désordonné et les nuages à nouveau menaçants nous incitent à forcer le pas pour éviter l’orage. Peu avant le village nous découvrons plusieurs complexes industriels au milieu des champs. L’un d’entre aux est consacré à la fabrication de jus de tomates et la quantité impressionnante de fûts stockés dans un alignement parfait montre l’importance de la production.

Les immenses champs voisins où s’alignent à perte de vue des plants de tomates irrigués en témoignent également. La plaine, au milieu des champs, a, toutes proportions gardées, un air de pampa sud américaine. Juste avant d’entrer dans le village, une aire de loisirs installée autour d’une retenue d’eau nous incite à un rapide pique-nique, l’orage semblant patienter. Nous rejoignons finalement notre hôtel sous un ciel chargé de gros nuages noirs menaçants qui éclateront un quart d’heure après notre arrivée. Le plan quadrillé de la ville s’articule autour d’une place dont chaque angle abrite un bureau de banque. Aurions nous traversé vers le Far west…

Santa Amalia – San Pedro de Merida

+ 120 m/ – 110 m 20,3 km 4h15

L’avantage de la télévision dans chaque bar c’est de pouvoir bénéficier des informations météo au cours du repas. Et, pour aujourd’hui, averses et orages sont annoncés à partir de midi. Le réveil est donc matinal et à 7h30, le jour à peine levé, nous quittons Santa Amalia par une petite route au milieu des cultures maraîchères Le ciel est déjà plombé et nous ne traînons pas en route, d’autant plus que le paysage ne présente pas d’intérêt particulier. En longeant le rio Burdalo les chants joyeux des oiseaux nous accompagnent, rapidement supplantés par les roulements mécaniques d’une intense circulation à l’approche de la route que nous devons emprunter. Confinés entre la glissière de sécurité et la ligne blanche de délimitation, frôlés par les poids lourds, nous n’avons qu’une hâte, c’est d’en finir avec ces 2,5 kilomètres, véritable épreuve pour les oreilles et les nerfs. Finalement, concentrés sur notre but, les pas s’enchaînent vite et c’est un grand soulagement d’apercevoir la bifurcation vers la route paisible qui mène à Torrefresneda, petite ville créée de toutes pièces au milieu des champs il y a 20 ans.

La suite n’est pas très bucolique sur une route revêtue longeant l’autoroute : le stress en moins mais toujours le bruit. Le village de San Pedro se découvre au tout dernier moment derrière une colline et il est à peine midi quand nous pénétrons dans la mairie pour obtenir des informations sur les hébergements. Déjà, quelques gouttes portées par le vent s’échappent des gros nuages noirs. L’accueil est, ici aussi, sympathique et on nous propose l’auberge des pèlerins, gratuite. Mais une visite des lieux nous dissuade d’y rester : propreté douteuse, matelas en mousse crasseux nous incitent à prendre une chambre à l’hôtel situé sur l’aire de service mais isolé du bruit de l’autoroute.

San Pedro de Merida – Aljucen

+ 155 m/ – 195 m 18,9 km 4h15

En observant la carte nous constatons qu’il semble possible de rejoindre Aljucen depuis San Pedro directement par des pistes sans faire le détour par Mérida, terminus du camino Mozarabe. Quand nous avons demandé à la mairie de San Pedro, personne ne semblait bien connaître cet itinéraire et, surtout, savoir s’il était accessible sans problème. Nous décidons quand même de tenter notre chance quitte à faire demi tour si nous arrivons devant un portail ou une clôture. La météo annonçant un ciel couvert mais sans pluie nous avons la journée devant nous. Au départ, l’itinéraire que nous avons planifié suit une large piste visiblement fréquentée annoncée par un panneau « cordel de San Pedro » puis très vite nous devons bifurquer sur un chemin envahi de hautes herbes avec, cependant, des traces marquées de passage.

Nous poursuivons sur ce cheminement facile à suivre entre deux clôtures. Le chemin finit pas déboucher, comme prévu sur une petite route et nous trouvons sans difficulté, de l’autre côté, la piste qui mène à Mirandilla. Le cheminement est plaisant au milieu de plantations d’oliviers, de figuiers et de céréales avec une vue dégagée sur les lointains et les sommets arrondis du parc naturel de Cornalvo. Il n’y a évidemment plus de balisage mais l’itinéraire est facile à suivre. À Mirandilla, nous nous accordons une halte sur la placette entre église et mairie pour calmer une petite fringale. Outre une église massive et sobre en pierres de taille le village offre quelques belles façades de maisons ornées de balcons avec des balustres ouvragés. Au détour d’une rue nous trouvons la large piste qui nous mène vers Aljucen suivant la bordure du parc Cornalvo. Après une montée en pente très douce nous découvrons de vastes espaces bordés de chaînes montagneuses.

Nous avançons sans forcer sur ce revêtement doux à nos pieds et c’est un véritable plaisir de se sentir en harmonie avec le calme ambiant. Après ces longues journées de marche ces presque 20 kilomètres nous paraissent maintenant sans aucune difficulté et nous arrivons à Aljucen en tout début d’après-midi. Notre surprise est grande de découvrir de nombreux pèlerins déambulant dans le village alors que jusqu’à présent nous ne rencontrions personne. Nous avons, en effet, rejoint la via de la Plata. Peu habitués à la « foule » nous évitons les auberges de pèlerins et nous installons dans une maison d’hôtes, joliment décorée et à l’accueil sympathique.

Aljucen – Alcuescar

+ 295 m/ – 115 m 21,1 km 4h40

Grosse inquiétude durant la soirée: suite à un mouvement mal contrôlé, mon dos décide de déclarer forfait et me voilà courbé en deux sans arriver me déployer. Au petit matin, après un traitement aux anti-inflammatoires et à la pommade le blocage s’est atténué et, en prenant des précautions pour éviter des mouvements violents, j’arrive à charger mon sac à dos. Petit à petit, l’échauffement aidant, je me sens plus à l’aise et je peux accélérer le pas. Le chemin quitte rapidement la route goudronnée pour pénétrer dans le parc Cornalvo sur une piste facile. Nous retrouvons le balisage abondant des chemins de Compostelle, matérialisé sur la via de la Plata par des bornes de granit. De grands espaces plantés de chênes verts se déploient de tous côtés entourés de mamelons montagneux.

Nous parcourons avec plaisir ces zones de nature mais la solitude que nous avions ressenti auparavant est bien terminée : pèlerins en route, promeneurs et cyclistes se succèdent. La douceur du temps nous incite à avancer sans précipitation. Le chemin monte doucement et régulièrement jusqu’à un col où nous retrouvons des zones construites de maisons isolées.

En début d’après-midi nous apercevons le village d’Alcuescar perché sur son éperon.

Nous tentons de trouver un hébergement dans une maison d’hôtes mais personne ne répond au téléphone ni sur place. Nous décidons donc d’aller au monastère qui accueille les pèlerins. Nous sommes hébergés dans un grand dortoir aux nombreuses couchettes. Ayant appris que des cellules de 2 étaient aussi disponibles, nous en sollicitons l’attribution pour épargner mon dos encore fragile. Ces cellules sont attribuées en priorité aux pèlerins fatigués et nous devons attendre 18h30 avant qu’on nous permette d’entrer dans une d’entre elles aménagées très simplement avec 2 lits et un lavabo. Le soir les pèlerins sont invités à partager le repas en commun. Après un moment de communion autour d’une chanson un repas copieux nous est servi. Nous découvrons avec curiosité et une certaine réserve l’atmosphère des chemins de Compostelle mais nous sentons parfois décalés par rapport à nos compagnons de gîte dont les motivations sont assez différentes des nôtres.

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Alcuescar – Caceres

+ 285 m/ – 290 m 37,9 km 8h00

L’auberge communale de Valdesalor située à une vingtaine de kilomètres ne propose que 14 chambres et, hier soir, au monastère, il y avait déjà plus d’une vingtaine de pèlerins. Nous n’avons pas très envie de nous retrouver entassés sur des matelas au sol et envisageons de poursuivre jusque Caceres. Mais la distance, évaluée entre 38 et 40 kilomètres selon les topos nous inquiète beaucoup. Nous partons donc dès le lever du jour et déciderons en cours de chemin si nous pouvons poursuivre jusque Caceres en fonction de notre forme. Dès la sortie de Alcuescar nous marchons sur un agréable chemin entre 2 clôtures. L’ambiance est bien différente des journées précédentes où nous cheminions des heures sans rencontrer âme qui vive. Là, de nombreux pèlerins se sont mis en marche de bon matin et, au hasard des haltes de chacun, nous retrouvons ceux avec qui nous avons partagé le repas du soir, notamment plusieurs français qui se sont rencontrés depuis plusieurs jours. Au fil des heures toutefois, les troupes se dispersent. Nous marchons à bonne allure car le terrain est facile et sans grosse déclivité. À l’entrée du premier village, un pont romain nous rappelle que nous suivons la voie romaine sur son parcours originel.

Nous retrouverons deux autres ponts sur le chemin qui mène vers Valdesalor.

Les zones de culture s’effacent petit à petit au profit des pâturages. La via de la Plata emprunte un axe sud nord qui, au fil des siècles, s’est aussi doté de voies de communication plus modernes. Nous ne sommes jamais très loin d’une route ou d’une autoroute qui se rappellent à nous en rompant le silence de la nature et en perturbant les gazouillis des oiseaux. Le paysage est vaste sur ce plateau à l’aspect parfois désolé. Au passage nous sommes surpris de découvrir les hangars rouillés d’un aérodrome dont on ne sait s’il est encore en activité et traversons la piste au milieu des moutons. Il n’est que 13 heures quand nous arrivons à Valdesalor, village construit au milieu de rien dans les années 50 et, après une pause sur un banc ombragé du parc, nous décidons de repartir jusque Caceres. Le chemin louvoie entre route et autoroute pour atteindre le puerto de las Camellas où, déjà, apparaissent les tours des remparts de Caceres. Mais il faut encore un long moment sur cet espace désertique qui semble ne jamais finir avant d’atteindre les premiers bâtiments d’une zone artisanale sans charme.

Au bout d’un kilomètre nous sommes au pied des ruelles pentues de la vieille ville que nous gravissons vaillamment pour rejoindre la plaza Mayor à proximité de laquelle nous trouvons rapidement une chambre d’hôtel.

Caceres – Casar de Caseres

+ 85 m/ – 135 m 10,8 km 2h20

Nous flânons tranquillement au réveil et passons la matinée en visitant le vieille ville de Caceres, ensemble monumental classé au patrimoine mondial. Au fil des ruelles tortueuses et escarpées nous découvrons de magnifiques demeures nobles en massives pierres à la chaude couleur ocre.

Du clocher de la cathédrale s’offre une vue panoramique sur l’enceinte des remparts avec ses tours et sur la campagne environnante à l’allure de steppe désertique écrasée de lumière.

En début d’après-midi nous reprenons nos sacs pour une courte étape. La chaleur un peu moite nous surprend et nous avalons rapidement un passage de 3 kilomètres sur la route avant de retrouver un chemin plus confortable qui navigue à l’écart de celle-ci et mène vers notre étape.

Casar de Caceres – Canaveral

+ 375 m/ – 385 m 33,7 km 7h15

Après un petit déjeuner sommaire dans la chambre d’hôtel, il est à peine 7h quand nous démarrons notre journée. En effet, la longueur de l’étape est conséquente et la météo annonce des orages, donc nous préférons ne pas tarder. Après la traversée du village étalé en longueur nous trouvons rapidement une large piste qui suit une crête panoramique.

Malheureusement, le ciel est couvert et les chaudes lueurs de l’aube se dissolvent dans les nuages. Nous marchons avec plaisir au milieu de ces grandes étendues de pâturages par une douce température, propice à la marche. Lorsque le chemin se rétrécit le paysage évolue et nous découvrons des zones naturelles de chênes et de genêts qui embaument l’atmosphère. D’anciens murets de pierres bordent le sentier et quelques rares troupeaux paissent sur ces vastes surfaces.

Au loin, la large vallée où coule le Tage nous sépare de notre objectif de la journée qui apparaît, adossé à la montagne. Lorsque nous débutons la descente dans cette vallée, nous constatons que le chemin est détourné à cause de la tranchée creusée pour le passage d’une nouvelle ligne ferroviaire. Une clôture barre le passage d’origine. Hésitants à faire un détour qui semble long, nous observons qu’à proximité un pont permet de franchir cet espace clôturé. En cherchant nous découvrons que la clôture peut être facilement contournée, ce qui nous permet de rejoindre ce pont. De là, nous retrouvons facilement l’itinéraire de la via de la Plata qui descend vers les rives de l’immense lac créé par le barrage d’Alcantara. Un sentier étroit alternant montées et descentes longe à distance les rives du lac et évite, pour un moment, de marcher sur la route.

Mais, nous n’échappons pas à quelques kilomètres de bitume au bord de cette route peu fréquentée. Après avoir traversé le pont sur le Tage un étroit sentier raide escalade la pente. Nous avions un peu oublié les sensations de gravir un chemin pentu et c’est avec plaisir que nous enchaînons cette grimpette qui repose nos pieds fatigués du goudron, d’autant plus que nous avons aperçu, en haut, un petit kiosque ombragé, lieu idéal pour le pique-nique.

Un chemin bordé de genêts gravit ensuite paisiblement le plateau dominant le lac. Nous poursuivons sur ce plateau parsemé de nombreux mamelons. Nous sommes obligés de forcer le pas car de menaçants nuages d’orage s’accumulent autour des montagnes et quelques gouttes transportées par le vent nous font craindre l’arrivée imminente de l’averse. Nous quittons temporairement le cheminement principal pour nous dévier vers le village que nous traversons jusqu’à notre hostal. En fin d’après-midi, le ciel se dégage soudainement et un magnifique ciel bleu fait son apparition.

Canaveral – Galisteo

+ 405 m/ – 500 m 28,3 km 6h20

Après un examen attentif de toutes les options et des hébergements pour les étapes suivantes nous décidons de faire une petite étape d’une vingtaine de kilomètres pour rejoindre Riolobos qui est un peu à l’écart du chemin direct mais semble une option adaptée pour des étapes plus courtes. Le ciel est d’une pureté absolue et les massifs lointains entièrement dégagés, à l’exception de quelques cumulus qui couronnent les plus hauts sommets. Une brise soutenue nous accompagne et modère les ardeurs des rayons solaires toute la journée.

Après avoir quitté le village par la route nous empruntons un chemin qui va gravir la colline par un raidillon auquel nous n’étions plus habitués dans ces régions de plateaux et de plaines. La végétation est très méditerranéenne avec des pins et des plantes aux essences parfumées.

À l’arrière les collines proches de Caceres apparaissent encore une dernière fois, tandis que les sierras situées au nord déploient leurs sommets. Dans la descente nous rattrapons un sentier étroit qui nous conduit à proximité d’un carrefour où un night-club, incongru à proximité de ce chemin de pèlerins, apparaît. Nous retrouvons très vite le sentier qui traverse une zone plantée de chênes liège. Seul le bruissement continu des véhicules nous rappelle la proximité de l’autoroute, car tout autour de nous la nature nous entoure et nous épargne le spectacle des voies de circulation. Le petit sentier serpente entre les arbres, les murets de pierre et les clôtures. De grandes plantations de chênes verts accueillent quelques troupeaux et nous sommes amenés à ouvrir et refermer un nombre incalculable de barrières. La progression est vraiment très agréable et nous prenons tout notre temps, aucune menace d’orage n’apparaissant. Petit à petit la chênaie cède la place à des espaces dégagés fleuris de massifs de genêts. Nous arrivons en tout début d’après-midi à la bifurcation vers Riolobos. Le temps est magnifique, le cheminement très plaisant et nous décidons de poursuivre vers Galisteo pour profiter de cette belle journée. Après un passage au dessus d’un petit lac de barrage enchâssé entre les collines jaunies par les genêts nous descendons dans un vallon et rejoignons une petite route que nous suivons sur quelques centaines de mètres.

Puis, un nouveau chemin à gauche nous emmène en louvoyant entre les monticules vers Galisteo dont nous apercevons rapidement la ceinture de remparts de galets perchée au dessus des maisons blanches du village moderne.

Nous traversons une zone de cultures irriguées par un système de canaux empruntant de petits aqueducs pour traverser les multiples vallons.

Après quelques hésitations nous trouvons rapidement un hébergement confortable puis partons explorer les ruelles tortueuses de la ville fortifiée.

Galisteo – Caparra

+ 305 m/ – 195 m 30,1 km 6h30

Une nouvelle longue étape s’annonce. Nous quittons l’hôtel à 7h45. Après un petit cafouillage qui nous amène à une ruelle sans issue au pied des remparts nous trouvons rapidement la rue qui descend vers le pont romain. Au milieu du pont une tourelle supporte un nid de cigognes. L’occupante ne semble pas gênée par la proximité des voitures et des piétons.

Nous nous engageons ensuite sur la petite route qui conduit à Carcaboso. Nous voilà donc partis pour une dizaine de kilomètres de bitume. Au départ la route, peu fréquentée, serpente au milieu de zones agricoles très verdoyantes. De grands greniers en brique se dressent au milieu des champs.

Non loin, la rivière déploie ses méandres. Après le village de Aldehuela de Huerte la route devient toute droite et le paysage assez monotone. Une brise du nord relativement forte oblige à forcer sur les bâtons pour maintenir l’allure. J’avance en essayant de ne pas regarder au loin mais en fixant la ligne blanche du bord avec comme seul objectif les pas suivants. Après la traversée de Carcaboso nous retrouvons un chemin qui, une fois la zone cultivée dépassée, s’élève au milieu des chênes verts et des genêts pour atteindre un plateau.

C’est ensuite par un étroit chemin bordé tout du long d’un muret de pierres sèches que nous parcourons le plateau.

Au milieu de blocs rocheux de magnifiques chênes ornent les prairies rases, étonnamment verdoyantes. Les massifs montagneux de la sierra de Gredos, ourlée de quelques minuscules névés apparaissent bientôt. La lumière est exceptionnellement pure et l’atmosphère paisible.

De brèves montées et descentes peu raides ponctuent le parcours et la marche est très agréable sur ce chemin facile. Nous arrivons ainsi sans difficulté au site romain de Caparra.

De là, il reste encore 20 kilomètres pour rejoindre le village suivant, ce qui nous imposerait une étape d’une cinquantaine de kilomètres. Nous n’imaginons pas une seconde un tel challenge. Nous avions donc convenu la veille au téléphone avec un hôtel situé à l’écart de notre trajet de le contacter à notre arrivée pour qu’une voiture vienne nous récupérer et nous transporter. En attendant, nous visitons rapidement le site de l’ancienne ville romaine. Après un parcours d’une dizaine de kilomètres, le véhicule nous dépose devant l’hôtel situé sur la N630 près de Jarilla.

Jarilla – Banos de Montemayor

+ 385 m/ – 85 m 21,5 km 5h

Nous repartons de l’hôtel en empruntant la N630 que nous avons déjà suivi à plusieurs reprises les jours précédents. De bon matin, il y circule très peu de voitures mais nous ne sommes pas très enthousiastes à l’idée de marcher sur la route, d’autant plus que mon pied qui s’était fait oublier ces derniers jours se rappelle douloureusement à mon attention. Par chance, nous remarquons une discrète flèche bleue sur le bord de la route et un chemin partant sur la droite. Après un examen de la carte du GPS ce chemin semble bien rejoindre notre itinéraire un peu plus loin. Nous nous y engageons et apercevons maintenant les montagnes proches avec quelques villages perchés.

Le franchissement de quelques petits ruisseaux nécessite de courts détours mais le cheminement est varié au milieu des champs et des chênes liège. Notre forme n’est pas très brillante ce matin et après avoir fait quelques courses à Aldeanueva del camino nous pique-niquons sur la place du village dès 11h avant de traverser les rues bordées de maisons aux beaux balcons de bois.

Nous suivons ensuite la route vers Banos. Quasi exclusivement sur la route le parcours n’est pas très plaisant bien que le paysage de montagne qui nous entoure soit ravissant. Heureusement, la circulation est très limitée. À Banos nous trouvons rapidement un hébergement au cœur des ruelles étroites.

Banos de Montemayor – Calzada de Bejar

+ 345 m/ – 250 m 12,8 km 3h10

Après un petit déjeuner des plus copieux nous démarrons tranquillement pour cette courte étape. Le temps est couvert et la chaleur un peu moite. Décidément, nous sommes à contretemps : pour les étapes en montagne nous avons une météo médiocre qui rend difficile la photo des paysages.

Le cheminement débute par une raide montée empierrée sur les traces de l’ancienne voie romaine.

Je trouve la montée plutôt reposante pour les pieds après des jours et des jours de terrain plat. Nous grimpons au milieu d’une verdure florissante et, comme souvent en pareil cas, les chants d’oiseaux nous accompagnent.

Nous rejoignons la route, la N630 évidemment… que nous suivons jusqu’au puerto de Bejar, où nous quittons l’Estrémadure pour rejoindre la région de Castille et Léon. Cette limite marque le basculement vers la partie nord de l’Espagne et nous pouvons apprécier, avec une joie contenue et un peu de fierté, le chemin parcouru. En suivant toujours d’assez près la voie romaine, le Camino redescend sur un large chemin sinueux au milieu des bois et des pâturages.

L’ambiance est très montagnarde et les maisons de pierre sont massives. Tout au long du chemin des vestiges romains apparaissent : revêtements de chaussée, bornes miliaires. Nous prenons notre temps en flânant et après une courte remontée nous atteignons Calzada, joli village de montagne aux maisons trapues ornées de balcons fleuris supportés par des colonnes de pierre.

L’accueil des habitants est sympathique, plusieurs nous souhaitent un joyeux « buen camino ». Nous sommes hébergés dans une casa rural, vieille maison du 18 ème siècle. En plus d’une grande chambre, très aimablement, la propriétaire met à disposition cuisine, salon et terrasse.

Ici se termine notre traversée de l’Estrémadure à pied.On poursuit notre traversée de l’Espagne à pied par la Traversée de Castille et Leon. (A lire prochainement…

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Traversée de l'Estrémadure à pied
Jean Pierre
A propos de l'auteur

La randonnée est pour moi une source de découverte inépuisable. Amoureux de la montagne depuis de nombreuses années j'ai toujours autant de bonheur à parcourir les sentiers et à partir marcher aussi bien pour une journée que pour de longues itinérances. Mon départ à la retraite m'a offert le loisir de traverser les Pyrénées par la HRP...



http://mjpgouret.free.fr
1 Response
  1. Jacques Querois

    Bonjour et merci pour votre article. Ça me rafraîchi la mémoire. Je suis remonte de GRANADA à Santiago en juillet 2019. Super, très sauvage, très peu de passage. Mais très très chaud . Buene camino.

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