Vent de sable

Destination : Maroc » Afrique | Montagne : Sahara | Activité : Randonnée  | 


Vent de sable - 4 jours à pied dans le désert marocain
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Dimanche, 2ème jour…

Coquillages du désert…Traversée ascension du djebel Baní… Paysage minéral et lunaire, des roches couleur pain brûlé et gris anthracite.
Je ramasse de jolis cailloux, et Mohammed me trouve une pierre fossile…
Repas de midi dans une oasis, désertée par les nomades…Quand nous reprenons notre marche, le vent se lève. Un vent qui ne souffle qu’en avril… Violent, terrible, le ‘’Sahleya’’… Des tourbillons de sable et de graviers. Où est le ciel, où est la terre… tout est poussière, tout est jaune et opaque…
Les bourrasques sont si fortes qu’elles nous font vaciller. Par moments il faut même s’accroupir pour ne pas tomber. Dans la forêt d’acacias, Abdou et les dromadaires ne sont qu’à quelques mètres devant nous pourtant nous ne les voyons plus…
Nous saurons plus tard que ce jour là, les excursions prévues ont été annulées… Qu’un groupe s’est perdu et a dû être récupéré en 4X4…

Mais Mohammed a le sens du désert. Il est calme, il nous guide… alors nous continuons et j’ai confiance en lui. Il serre un chèche autour de ma tête, fragile rempart contre ces déferlements…
Il faut avancer et c’est difficile… Mais le désert m’a acceptée, alors sans opposer de résistance, je l’accepte…

Et le sable s’insinue partout… dans la bouche, crissant sous les dents, dans les yeux, les oreilles et les narines… dans les cheveux…
Une fine couche ocre a recouvert mon visage, et mon corps jusque sous mes vêtements.
Je suis devenue une femme de sable… Communion… Fusion avec le minéral. J’absorbe la puissance prodigieuse du désert, comme le désert absorbe mon sang…
Nous avons marché 4 heures, poussés par ce vent furieux, avant de s’arrêter pour la nuit sous un acacia…
Là, il a fallu monter la tente, ce qu’ils ont fait, difficilement.
Puis il a fallu la lester… Alors les ustensiles et le plateau du thé à la menthe ont servi de pelles pour recouvrir les rebords de sable.
Puis Abdou s’est occupé des dromadaires, en maintenant une de leur jambe avant repliée avec une corde pour éviter qu’ils ne s’éloignent trop…
Ensuite on a tout rentré sous la tente, et on s’est écroulés… mais pas longtemps.

Mohammed préparait des repas de roi midi et soir avec les merveilles contenues dans les paniers: salade de crudités finement coupées, tajine de légumes, soupe (et pas en sachet!)… Même les sardines en boite étaient agrémentées de fines tranches d’orange…
Après cette journée éprouvante pour tous, je lui dis que du pain avec de la vache qui rit suffirait bien…
Il m’a regardé avec un grand sourire, a prononcé sa phrase rituelle du soir: "Maintenant, assied toi, prend ton temps, prend ton livre…"
Il a sorti du panier miraculeux ses ustensiles pleins de sable, son réchaud, des légumes, et nous a préparé un couscous (et pas en boite!), un couscous qu’il a roulé entre ses mains…
Pendant ce temps, Abdou a sorti sa théière pleine de sable, son pain de sucre, les cacahouètes, les dattes…
Rituel du thé à la menthe, comme tous les jours, midi et soir…
Dehors le vent continue de souffler soulevant des tourbillons de sable… Alors, je ne ressortirais pas comme l’autre soir pour laver mes dents et brosser mes cheveux.
Juste une lingette sur le visage pour enlever la poussière…
Mohammed éteint la lampe à gaz, je me recroqueville dans mon sac de couchage.
Les dromadaires se sont rapprochés de mon côté de la tente, la lumière de la lune étire leurs ombres sur la paroi de toile. Ils se sont… repliés, et font des bruits bizarres…
Nous nous endormons très vite…