Le miracle de l’eau

Destination : Algérie » Afrique | Montagne : Sahara | Activité : Randonnée  | 


Le miracle de l'eau - Randonnée chamelière dans l'adrar Ahnet
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Jour 7

Au matin nous partons donc avec l’espoir d’une douche à la guelta salutaire que nous augurons atteindre pour la « gueïleu » (pause de midi). Stimulés par cette aspiration, nous progressons d’un pas fébrile et déterminé. Guelta profondément encaissée en entonnoir, elle conserve son mystère jusqu’au dernier pas du voyageur, à l’ultime pourtour de la guelta d’Illessen nous découvrons enfin l’eau. Instant solennel… La simple vue de l’eau, pourtant boueuse et vaseuse, fait naître une curieuse excitation. Se retrouver en des lieux inhospitaliers permet de goûter à l’essentiel. Nos chameaux peuvent s’abreuver, nos outres sont bientôt pleines et ceux d’entre nous que la couleur de l’eau ne rebutent pas, ont l’opportunité de prendre la « douche » tant convoitée.

Jour 9

Le canyon de Touhak : rocailleux et peu roulant, nous partons l’explorer sans nos chameaux qui restent paisiblement à brouter au « camp de base » à l’entrée du Canyon. Gorges larges tout d’abord, les falaises de 100 mètres de hauteur se resserrent peu à peu pour ne laisser qu’un passage de 4 mètres tout au plus à son terme où une guelta à l’eau limpide a élu domicile.

Nous ne faisons qu’une halte rapide car le ciel est devenu dangereusement nuageux, et bientôt alors que nous sommes en route vers le camp, de violents coups de tonnerre raisonnent sans discontinu. Impressionnant concert au sein de ces murailles de pierre. Soudain, nous distinguons nettement un souffle étrange qui, soulevant le sable, s’approche rapidement de nous… Pas le temps d’interpréter ce signe, 5 secondes plus tard des grêlons de la taille d’une agate s’abattent autour de nous avec grand fracas. la grêle en plein sahara ! Chacun cherche précipitamment abri sous les rochers. Partagés entre stupeur et excitation nous observons cet étrange spectacle. Instantanément tout devient blanc autour de nous. Décor irréel. L’averse cesse rapidement et nous sortons de nos refuges respectifs. La fonte des grêlons provoque immédiatement la formation de petits torrents et du haut des falaises naissent des chutes d’eau couleur café au lait, qui viennent en accroître le débit.

Zigzaguant entre les ruissellements, nous sortons de la gorge et regagnons le camp qui n’a pas été (encore !) atteint par la coulée de l’oued. Nos chameliers, restés au camps, ont, malgré la panique devant ces éléments peu coutumiers, mis l’essentiel de nos équipements à l’abri. La nuit commence à tomber. Nous prenons une collation sous la tente marabout au moment où Abdelkrim notre cuisinier lance un cri « Elma, Elma ! » l’eau ! l’eau arrive. A la lueur des frontales nous distinguons 2 rivières de 1.5 mètres de large slalomer au sein de notre camp. Sans perdre de temps nous déplaçons les tentes limitrophes du lit principal. Le ciel étant toujours menaçant, il est décidé que Abdelkrim et Touhami dormiront dehors afin de surveiller une éventuelle montée des eaux. Plus tard, dans la nuit, 2 ou 3 courtes averses viendront perturber notre sommeil (enfin…surtout celui d’Abdelkrim et touhami !), mais largement insuffisantes pour provoquer une importante crue de l’oued. Au petit matin ne subsiste qu’un ruisseau au milieu de notre camp. Luxe suprême et si rare en bivouac au Sahara, nous avons l’eau courante ! Paradoxe , nous avons failli manquer d’eau 2 jours plus tôt.