Sabres : Ecomusée de Marquèze

Destination : Nouvelle-Aquitaine » France | Activité : Randonnée  | 


Circuit pédestre, plus de 210 kms, 3 départements parcourus, une quinzaine de villages traversés
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Carnet : Traversée des Landes

Marquèze, un trésor végétal où se marie judicieusement promenade dans le temps et découvertes régionales. Raison pour laquelle j’ai pris la décision d’y demeurer une journée entière, afin de savourer une visite complète de l’écomusée et de son environnement extraordinaire. Un patrimoine et des traditions qui se sont perpétué au fil des générations, sans jamais perdre leur âme.

La canicule semblait avoir disparu. Un manteau nuageux, certes léger, a embrumé mon réveil matinal. Malgré l’absence du soleil, renforçant l’humidité, cette journée sans escale m’appartenait dans la découverte de ce quartier traditionnel des Landes : l’Ecomusée de Marquèze, à 8 kms de Sabres.

Son accès est facilité par un voyage en petit train vert qui traverse la lande. Au départ de Sabres, une fois à bord, il vous emmène sur le site en dix minutes. Les bancs de chaque voiture, d’origine du début 20è siècle, sont en bois. Tracté par une locomotive à vapeur, le train vous transporte ainsi un siècle dans le passé – notre passé ! Merveilleuse sensation d’entendre, par moment, la locomotive faisant jaillir de son ventre métallique son cri strident. Ce folklore amusera autant les petits que les grands.

Sur 70 hectares d’une zone protégée, débute une véritable escapade historique. A l’image des forêts landaises déjà traversées, celle de Marquèze est à ciel ouvert. L’usage veut que cette étendue d’herbe se nomme « airial ». La promiscuité de cette nature sauvage faite de bruyère, de pins, de chênes d’ajoncs et de lande rase, plonge le visiteur dans un saut dans le temps, d’à peine un siècle en arrière. Le seul restaurant du quartier, nommé sobrement « La table de Marquèze », vous fait apprécier les spécialités du pays. Le coin terrasse prolonge ces instants culinaires en humant l’air environnant. Rien que du plaisir pour les papilles !

Au centre de l’écomusée, une fête battait son plein. La fête de la « bugade » a lieu chaque année au mois de juin, sur 5 jours. Occasion pour les dames de Marquèze de retrouver les gestes d’antan lors d’une grande lessive à la façon traditionnelle. Les personnages féminins, vivantes et vivaces à la fois, sont les principales protagonistes des festivités.

« Bugade » signifie lessive en provençal. Le savon, à base de cendre ou de graisse, continuait à être fabriqué à l’ancienne il y a une cinquantaine d’années, pendant la seconde Guerre Mondiale. Le savon de Marquèze est d’ailleurs utilisé encore de nos jours compte tenu de son efficacité.

Après avoir fait bouillir le linge dans une lessiveuse, deux femmes accomplissaient alors des navettes en charrette jusqu’à la rivière. Ici, les pieds dans l’eau claire, elles rinçaient le trousseau avec effort, l’étiraient, le tordaient, puis le faisaient sécher sur l’herbe chaude à proximité de la maison du meunier.

Je me suis servi d’un filtre gris pour faire ressortir les plis du visage féminin, ainsi que toute l’énergie déployée pour cette activité très physique.

Avec bonheur, le dégagement céleste, vers midi, illumina le site avec ses reflets boisés. Un nouveau visage m’apparut dans ce voyage saisissant.

Pour constituer la lande du 19è siècle, encore inhabitée à cause de ses marécages, des repris de justice accouplés à des prostituées ont construit un habitat en fonction de l’hostilité de l’endroit ; des marais agençaient essentiellement cette région qui, à force, est devenu un lieu vivable. Or la dureté de vie, l’ignorance de cette communauté paysanne ont distillés un long isolement, accompagné de croyances et de personnages au rôle bien défini.

La femme du 19è était très active dans les champs, dans la coupe de bruyère, tandis que l’homme, berger ou laboureur de tradition, surveillait les troupeaux depuis le haut de leurs échasses.

La différence des classes sociales est frappante dans l’architecture et le positionnement des habitats. La maison de maître est la demeure par excellence, reflet d’une richesse et de sa place importante dans le quartier.

Comme c’était le cas dans toutes les régions, l’époque exigeait que plusieurs générations d’une même famille vivent sous le même toit. Leur cloisonnement les conduisait à fabriquer leur propre pain, leur savon à partir des cendres produits par le boulanger. Cette micro-société prospérait grâce à des rôles prédéfinis.

La rencontre avec le meunier, personnage essentiel dans la vie paysanne, montre qu’il est également un passionné. Le moulin dont il a la charge de faire fonctionner, mérite une attention particulière. La surveillance du grain, du mécanisme de la meule, sa fonction essentielle dans les échanges commerciaux lui confère une place privilégiée dans cette communauté. Malgré sa relation quotidienne avec le quartier, il vivait à l’écart à cause de l’implantation éloignée du moulin. A Marquèze, il est situé proche du cours d’eau.

Un passage du côté du boulanger est incontournable pour comprendre la fabrication du pain à l’ancienne.

Rien d’étonnant qu’une telle reconstitution minutieuse puisse avoir du succès, grâce à la faveur des passionnés et d’une envie irrésistible de mieux connaître les gestes d’autrefois.

Pour mieux prolonger la visite et apprécier ce quartier reconstitué des Landes, voici quelques liens intéressants :

http://www.parc-landes-de-gascogne.fr
http://www.landes.org/fr_tourisme_patrimoine_marqueze.asp
http://www.tourisme-landes.com/Ecomusee_marqueze.html

Philippe Manaël
A propos de l'auteur

Je suis un passionné de montagne. J'aime prendre de l'altitude, à l'instar de ceux qui prennent du recul. Ma pratique du trek se compose en solitaire depuis de nombreuses années, en semi-autonomie sur plusieurs jours, souvent l'été, rarement l'hiver. Photographe passionné, j'apprécie de faire des reportage-photos pour exprimer la beaut...



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