Allons -> Losse – 18 km

Destination : Nouvelle-Aquitaine » France | Activité : Randonnée  | 


Circuit pédestre, plus de 210 kms, 3 départements parcourus, une quinzaine de villages traversés
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Carnet : Traversée des Landes

Des courbatures et une plaie moyenne au pied gauche m’ont fait extirper parfois de mon sommeil. Dans l’ensemble, toutefois, mon repos fut honnête. Le petit-déjeuner fut servi dans la grande salle. Seul, je savourais encore du traditionnel, tandis que mon hôte imprimait mon itinéraire de la journée. Cinq feuillets furent nécessaires pour retracer le parcours jusqu’à un lieu-dit de Losse : le carrefour de Lapeyrade.

Journée hypothétique de solidarité, ce lundi de la Pentecôte fut jour de congé pour les élèves scolaires. Les progénitures de mes hôtes étaient encore à l’état végétatif, occupées à roupiller à l’étage supérieur, tandis que leur mère était déjà partie à son travail de bonne heure. En congé également car journée offerte par son employeur, M. Rius se permit un temps de pause pour étaler sur la table les différents feuillets imprimés et m’expliquer en détail le trajet à suivre avant de gagner la nationale 524, point de départ de ma véritable étape.

En m’éloignant du « Petit Hourquey », sans avoir pu serrer la main du propriétaire en raison de son absence, je suivis un chemin empli de gravillons blanchâtres, en bordure de vignes. Sans avoir à affaire d’une quelconque protection ombragée, j’évoluais sur cette piste dans un style saccadé : le soleil frappait sournoisement sur mes efforts semblable aux heures les plus chaudes.

L’entrée dans une forêt m’indiqua à sa manière que, dorénavant, je me situais en région landaise. Après avoir dépassé un regroupement de trois maisons répondant au nom de « Pachyn », je vis courir, sur les graviers, de petits écureuils, se précipitant vers les bords pour aller se réfugier dans les fourrés. Le bruit de la bruyère agitée se perdait dans le silence infini des sous-bois. Je quittais la piste blanche en débouchant sur une route peu fréquentée.

Ici, débutait pour moi la nationale 524. A l’issue d’une quinzaine de kilomètres, elle allait me mener paisiblement à mon hôtel, au-delà de Losse.

Les coins d’ombre étant peu légions aux abords des routes, seulement la proximité des forêts de pins procurait une fraîcheur salutaire quoi que relative. Cette nationale m’agaça vite par sa forme linéaire. Sur douze kilomètres environ, un paysage redondant bien que sublime par sa dense végétation, me lassait. Parfait en revanche pour tous ceux qui partent en quête de solitude. Le passage rare des voitures, dans les deux sens, renforçait le sentiment d’être abandonné du monde. Ajoutons cela le face-à-face avec l’astre solaire, véritable fournaise dans un ciel immensément bleu. Je pouvais crier, hurler à la mort ; quiconque ne m’entendait. Et pourtant, le désert landais, tel expliqué par les hôtes du « Petit Hourquey », semblait pire que cette route sans habitation et sans panneau indicateur.

A maintes reprises, ma cadence de marche, affaiblie par un brasier intérieur, me contraignit à des arrêts intempestifs au bord de la route, sous la fraîcheur désespérée d’un arbre. Puis, le dos dégoulinant de sueur, il me fallut reprendre mon odyssée pédestre : je ne pouvais compter que sur moi-même pour boucler chacune de mes étapes, n’importe le temps et les moyens à employer.

A la hauteur d’un grand panneau, une fourche donnait naissance à deux routes ayant la même direction. Selon M. Rius, l’une d’elles, en passant par la gauche à travers la forêt, était la plus riche en décor paysager et moins monotone ; la contre-partie était qu’elle allongeait la distance de quelques kilomètres. L’autre, au contraire, traçait en ligne droite la route jusqu’à Losse : l’avarice des couleurs et l’uniformité des bordures forestières n’égayait aucun sentiment de ravissement. Qu’importe, si cette voie était la plus courte pour atteindre mon objectif du jour !

L’unique localité que j’eus à traverser après plus de sept heures de randonnée était Losse, un simple bourg sans épicerie ou café. Une personne à la mairie me le fit savoir dans un agacement perceptible, puis il me conseilla l’auto-stop pour gagner le lieu dit « Lapeyrade », à sept kilomètres d’ici. A 17 heures passées, le courage me manquait pour endurer deux nouvelles heures sous cette canicule interminable. A la rotonde, fuyant Losse pour récupérer la nationale, j’agitais le pouce en faisant appel à la générosité des automobilistes.

La première voiture qui circula sur cette voie, en dix minutes de nouveaux supplices, me dépassa sans halte. Enragé, je crus devoir terminer mon étape à pied. 500 mètres parcourus avant le passage d’une seconde voiture. Pouce levé, je désenchantais en remarquant la conductrice ne pas ralentir. Pouce maintenant baissé, je repris nonchalant ma démarche pédestre. Une hallucination me frappa alors de stupeur, en voyant la précédente voiture s’interrompre plus loin, puis reculer. Fou de joie, j’activais le pas. A la hauteur du siège passager, j’ouvris la portière. Une femme à la robe rouge me demanda ma destination. « Lapeyrade », lui répondis-je. Sur ses conseils, j’installais mon fardeau sur les sièges arrière, puis je pris place devant. Je jubilais car depuis ce matin c’était la première femme que je rencontrais.

 Une rapide discussion s’engagea autour de la beauté des Landes, ainsi que l’absence d’habitations sur plusieurs kilomètres. Elle me déposa devant l’hôtel « A la porte des Landes » en moins de cinq minutes ; la même distance en sandales aurait connu une moyenne de deux heures. Content d’avoir gagné ma nouvelle étape sans trop de soucis, je pris congé de la femme et me dirigeai vers la réception.

Localisé au carrefour de la départementale D933 et de la nationale 524, l’hôtel se situait également sur la route du convoi Airbus A380. De nombreux clichés illustraient, à l’intérieur, le passage nocturne des pièces détachées véhiculées par camion.

La chambre n° 8 me fut allouée. Simple, ne comportant ni WC ni douche, son confort résidait dans l’agencement du lit et d’un coin toilette. L’épuisement m’accabla vite, sitôt je pris possession du lit. Une bonne demi-heure fut fondamentale pour ouvrir les paupières et penser à me doucher.

En descendant, je croisai le patron dans la salle de restaurant, auprès de qui j’interrogeai sur la distance à accomplir jusqu’à Rochefort. Il m’effraya en annonçant « 30 kilomètres » ! Bien plus que ce que je prévoyais. Il a campé longtemps sur sa position, avant de réfléchir à une route plus courte en évitant de reprendre par Losse. Soulagement total. Impossible de revenir en arrière, si c’est pour allonger mon itinéraire.

 En soirée, je dînais à la terrasse ; l’air chaud et l’ombre des arbres m’invitaient à la paresse. Seul le tumulte des va-et-vient des voitures et camions sur la nationale perturbait mes profondes réflexions, puis je remettais à rédiger la suite de mes aventures.

Philippe Manaël
A propos de l'auteur

Je suis un passionné de montagne. J'aime prendre de l'altitude, à l'instar de ceux qui prennent du recul. Ma pratique du trek se compose en solitaire depuis de nombreuses années, en semi-autonomie sur plusieurs jours, souvent l'été, rarement l'hiver. Photographe passionné, j'apprécie de faire des reportage-photos pour exprimer la beaut...



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