Chialvetta – Chiappera

Destination : Italie » Europe | Montagne : Alpes | Activité : Randonnée  | Agence : Visages Trekking 


Chialvetta - Chiappera - Hautes vallées piémontaises
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Carnet : Hautes vallées piémontaises

* Altitude maxi : 2740 m
* Dénivelé + : 1250 m
* Dénivelé – : 1130 m
* Temps : 8h00

Compte tenu que cette journée programmait une marche longue et difficile (le dénivelé était de 1200 m !), le lever a été fixé au chant de coq. A sept heures passées, le petit-déjeuner débute dans la bonne humeur, malgré les paupières encore alourdies.

L’heure suivante, tout le monde était sur le qui-vive. Nous empruntons le même sentier que la veille, à l’aller, sur 2,5 kms environ. Après avoir dépassé le hameau de Vivière, nous atteignons une petite route qui nous mène à une série de panneaux indicateurs cloués sur un mur en pierre. Le col d’Enchiausa, haut lieu de notre pèlerinage du jour, était à trois heures de marche. Nous bifurquons vers des mélèzes épars.

Nous montions à travers alpages et éboulis. La senteur des fraises de bois ravivait les narines et le mental. Le soleil nous inondait le visage, tandis que les crêtes se perdaient sous une couche brumeuse élevée. Ce contraste nous faisait connaître une succession de lumières et d’ombres, tandis que nous nous approchions d’une haute altitude.

A 1800 m, notre première pause, sur un talus verdoyant, nous autorise à contempler notre nouvel environnement alpin. Or des monceaux de nuages grisonnants commençaient à voiler l’horizon. La température, bien que chaude, subit un certain refroidissement. Il n’est pas sans évoquer qu’en montagne, le climat évolue à grande vitesse et que la précaution est toujours de mise même sous un soleil généreux.

Reprise de notre montée. Le col d’Enchiausa est à portée de vue, de sorte que nous pouvons évaluer les difficultés à mesure de notre progression. Des panneaux indicateurs affirment qu’il nous reste moins de deux heures pour atteindre ce col minéral. Sur un sentier en balcon, à la faveur d’une belle luminosité, nous commençons à embrasser les cimes. En file indienne, nous naviguons sur un chemin en lacets, caillouteux et accidenté. Puis arrive l’instant où, après tant d’efforts à grimper, nous nous trouvons face à face avec le col. Une confrontation unique qui ne laisse présager qu’une seule issue possible : son ascension, puis sa descente par le versant opposé. Très nettement, il est possible d’apercevoir un couloir serré qui trace la direction. A la base d’un contrefort rocheux, une étroite combe bordée de falaises doit être remontée.

Dès le début de l’escalade, un vide nous enserre, d’un côté la roche nous empêche de couper, de l’autre une pente pharamineuse peut donner le vertige. Il faut suivre ce chemin pierreux et glissant qui monte en épingle. Jeter un bref regard par-dessus son épaule permet de découvrir notre parcours, depuis la vallée de la Maira jusqu’ici, et contempler une étendue de vallons. Dans un pli, apparaissent les premiers névés, à traverser avec moult précaution. Finalement, bien après une montée toujours plus grandissante et difficile, nous atteignons le col d’Enchiausa, à 2740 m d’altitude, au pied du mont Oronaye (Tête de Moïse en français). Autour de nous, des arêtes rocheuses déchiquetées nous assaillent le regard. En contrebas, le lac d’Apzoï se distingue partiellement au sein d’un univers minéral.

L’estomac de chacun nous rappelle, à bien des égards, que l’heure du déjeuner devait saluer tous nos efforts. La pause se passe ainsi au col, juste avant d’entamer la descente. Environ à trois cent mètres de nous, nous apercevons à la jumelle quatre chamois (deux adultes et deux petits) broutant sur une avancée herbeuse.

Menu de ce midi : salade de carottes rouges et maïs, jambon d’Aoste et aux herbes, tomme de vache et chèvre, pomme et café. A treize heures passées, nous voilà repartis. Dorénavant, il n’était question que de descente jusqu’à notre prochaine étape. Un sentier vertical mène à travers le vallon glacier, la pente est difficile et raide. Après quelques péripéties, nous longons le lac d’Apzoï. Hélas, nous ne pouvons discerner qu’un maigre aspect : en effet, une enveloppe nuageuse arrive par le nord et menace déjà de nous envahir. Notre paysage disparaît peu à peu sous cette moiteur indésirable. Au milieu d’un chemin coupant une zone herbeuse et difficilement identifiable, nous sommes encerclés par un épais brouillard et un froid glacial. Soudain, une averse inattendue nous inonde. A peine eu le temps de nous vêtir chaudement et de couvrir notre sac par un protège-pluie !

Suivant un sentier dominant le lac turquoise Visaïsa, encerclé lui aussi comme son confrère par une couche nuageuse débordante, nous atteignons un bois de mélèzes. La pluie vient de cesser. Depuis une colline, nous rejoignons une piste forestière. Bien vite, notre accompagnateur a la fâcheuse idée de nous faire traverser une zone d’avalanches semée d’arbres abattus. Ceci afin d’éviter, nous dit-il, d’allonger notre circuit en passant par le chemin officiel. Nous voilà donc contraint d’enjamber souvent de grosses branches couchées sur l’herbe mouillée et de zigzaguer sur une pelouse touffue. Soudain, à un kilomètre environ du prochain village, un formidable roulement de tambour ébranle le ciel gris sombre. Quinze minutes après, une pluie torrentielle nous oblige à accélérer notre cadence.

A la sortie de la forêt, nous tombons sur une route inondée. Nous arrivons dans le village Chiappera, au fond d’une vallée encaissée, à 1614 m d’altitude. Un rassemblement a lieu dans le café du village pour déguster un chocolat délicieux et onctueux. 18 heures sonnent. Après la pause détente, le groupe prend la direction du refuge de Campo Base (1650 m), à dix minutes de marche à la sortie du village. Sur place, les douches sont rapidement prises d’assaut par les premiers arrivés. Nos chaussures sont garnies par du papier journal et nos vêtements et ponchos sont mis en position séchage. Le dîner est servi dans un bâtiment annexe. La salle de restaurant est archi comble, nous sommes entassé à plusieurs sur le même banc.

Menu du repas du soir : pâtes à la viande hachée, potage type minestrone, petites tranches de porc avec des légumes et des betteraves rouges froides en fines lamelles, finalisés par un flan au chocolat nappé de confiture de framboises.

Malgré le ronflement de mes compagnons de chambrée et le froid insinueux, la nuit est resté complète.

Philippe Manaël
A propos de l'auteur

Je suis un passionné de montagne. J'aime prendre de l'altitude, à l'instar de ceux qui prennent du recul. Ma pratique du trek se compose en solitaire depuis de nombreuses années, en semi-autonomie sur plusieurs jours, souvent l'été, rarement l'hiver. Photographe passionné, j'apprécie de faire des reportage-photos pour exprimer la beaut...



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