Entre Allemennigane et Øyaset – Voss – cabane de Tvinnestølen

Destination : Norvège » Europe | Activité : Randonnée  | 


Entre Allemennigane et Øyaset – Voss - cabane de Tvinnestølen - Ulvik, sur les pas du poète Olav Håkonson Hauge
Posté le :


Entre Allemennigane et Øyaset – Voss

  • 5h30 – 19km – D- 600m ; D+ 60m

Lumière sur la lande ce matin : un tableau de Dahls

L’idée saugrenue (très américaine « leave no traces » ) de ne pas laisser de trace dans la nature quand on marche à développer dans le sens qu’il est illusoire de ne pas marquer tout ce que l’on touche comme de ne pas être marqué par tout ce qui nous touche
L’air effaré des campagnards que je croise, suis-je un fantôme ?
Les balles d’ensilage dans le paysage et leur odeur
L’arrivée à Voss, la ville de plus de 1000 habitants, je passe le camping, je croise un convoi funéraire qui traverse un groupe scolaire, le cimetière est juste derrière l’école et sonnent ensemble –ça aussi, je jure que c’est vrai- le glas et la cloche pour entrer en classe.
Un sandwich à tout, premières feuilles de salades depuis 3 semaines
Visite à la bibliothèque où je tombe sur la correspondance entre Olav et sa future femme, Bodil (prononcer Boudile) entre 1970-1975. Au 2 février 1971, il cite Mallarmé et Keats.

Une glace à la réglisse couleur asphalte

10 magasins de sport, un rêve de marcheur

Retrouvailles avec les danois d’hier, elle me parle de ses voyages au Groenland dans les années 70 et de la peau de mouton qu’elle portait comme tapis de sol
Une bouteille de shampoing à la douche, je peux enfin vraiment me laver les cheveux, plus jamais je ne le ferai au savon de Marseille pour économiser du poids
Le ruban des travaux sur le trottoir qui claque comme une voile. Le grand départ. Me voilà bien avec me contradictions, je suis presque à la fin de cette aventure qui me coûte et je suis retournée à l’idée du Grand Départ.

Camping de Voss – cabane de Tvinnestølen

  • 8h – 16km – D+ 1160m ; D- 110m

Me suis goinfrée de framboises dans l’ascension du Haugur au-dessus de Voss. Pour les myrtilles, c’est selon, soit très concentrées en saveur soit immangeables. D’ailleurs, on voit l’appétit de animaux qui font le plein avant l’hiver, les pierres sont balisées de leurs déjections violettes.

Et tous ces hamsters semblant frappés par une invisible foudre, c’est bizarre.

La montagne est devenue rousse, c’est comme sur les poster de certains restaurants chinois, les couleurs sont tellement saturées qu’elles paraissent fausses. Et puis je suis entrée au royaume du corbeau et l’anneau s’est remis à me brûler la poitrine…
Un lieu qui réunit toutes les pierres qu’on jette aux nuisibles de puis la nuit des temps et tous les lacs qui sont les larmes versées par les mères en voyant ces oiseaux planer au-dessus du berceau de leur fils.

Une houle de roches pétrifiée. La désolation. Je suis sur la lune et les mers viennent de se retirer, des algues croupissent dans des trous couleur glace à la réglisse.

Petite démotivation en arrivant au carrefour de la cabane Volahytta et Tvinnestølen, c’est plein de pierres à escalader, je prends à droite directement vers la plus proche, exposée soudain au vent d’est glacé et violent, la cabane est entre deux lacs dans une sorte de grande conque qui la rend intime.

La porte n’est pas fermée, Sébastian jaillit avec un grand sourire et toute l’énergie de ses 20 ans. Il ne va pas arrêter de se raconter, il est vraiment touchant, j’aurai dû faire un portrait de ce garçon.
Une chaleur dans notre chambre avec le poêle entretenu avec attention par ce jeune Germano-polonais qui a décidé sur un coup de tête de marcher seul dans les Monts de Norwège. Le sac de l’US navy tout juste reçu par Internet, il y plonge 3 semaines de nourriture en pot, des kg de saucisson, 5 paires de chaussettes et le matériel de voile emporté pour une régate avortée…Un sacré débrouillard qui n’a pas de tente ni de réchaud mais qui sait allumer un feu avec l’écorce de bouleau. Si j’étais sa mère, je serais drôlement fière de cette folle aventure qu’il mène à sa façon (30 kg à porter, c’est juste pas nécessaire) jusqu’au bout loin de la pression universitaire qui l’étouffe. Bravo, mille fois bravo. Nous nous sommes quittés par une très fraternelle poignée de main. Je ne t’oublierai pas, petit prince de Tvinnestølen.

quinze − 8 =