Trek dans la vallée d’Ak Say

Destination : Kirghizstan » Asie | Montagne : Tian Shan | Activité : Randonnée  | 


A la frontière incertaine des empires russes et chinois, la vallée d’Ak Say est une longue bande de steppe bordée de hautes montagnes. A plus de 3200 m d’altitude, cet univers hostile servait jadis de refuge aux pillards et aux minorités persécutées. Longtemps fermée au monde par les autorités soviétiques, elle accueille aujourd’hui quelques nomades qui y vivent dans des conditions extrêmes.
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Carnet : Trek dans la vallée d’Ak Say

Le petit sous-officier a débité son nom et son grade si précipitamment que personne ne l’a compris. Et comme il a l’air plus embarrassé que nous, personne n’ose lui demander de répéter, chacun se contente d’acquiescer d’un air entendu. Son visage est grave, son uniforme trop grand, ses bottes en plastique et ses gestes maladroits. Il nous observe avec un brin d’incrédulité. Nos tentes igloo, nos vêtements techniques et bariolés, nos sacs à dos, notre présence ici, tout est déplacé. Et surtout, nous sommes à pied. Au pays des yourtes et des chevaux, dans cette lointaine vallée déshéritée, nous sommes aussi discrets que des martiens, et probablement les premiers étrangers jamais vus ici.

La laborieuse étude de nos documents officiels débute. Le petit sous-officier découvre les formulaires qu’il a fallu inventer au ministère du tourisme, pour répondre à notre demande incongrue d’aller effectuer un trek dans la vallée d’Ak Say. Un peu dépassé par les événements, il prend progressivement confiance, étudie longuement chaque passeport. Puis les discussions s’engagent. Où allons-nous exactement ? Par quelle vallée, quel canyon ? A quelle distance de la frontière…heureusement l’orage du jour éclate, une pluie violente s’abat sur notre camp, mettant fin au dialogue.Le petit sous-officier, Kalachnikov en bandoulière, remonte en selle et s’en retourne au grand galop vers le poste qu’il occupe seul.

Bienvenue au pont de la rivière Ak Say, ouvrage qui fut hautement stratégique et qui n’est plus qu’anecdotique, le long d’une frontière qui, depuis des siècles, est la limite extrême entre les empires de l’orient et de l’occident. Cette ligne Maginot russe a été défendue 80 ans durant par l’armée rouge. Sa charge repose désormais sur notre petit sous-officier kirghize. Seul, avec un petit cheval et une arme, il doit défendre son pays face à un voisin de plus d’un milliard d’individus.

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