Sous la yourte

Destination : Kirghizstan » Asie | Montagne : Tian Shan | Activité : Randonnée  | 


Sous la yourte - Trek dans la vallée d’Ak Say (Kirghizie)
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Dans la micro-société de la vallée, notre arrivée surprend. Il y a là 5 ou 6 familles qui (sur) vivent en élevant yacks, moutons et chevaux. Ils occupent les anciens baraquements des gardes-frontière soviétiques. Etrange village de planches bâti là pour des intérêts géostratégiques. L’armée rouge est partie, les kirghizes ont investi les bicoques et y perpétuent leurs activités séculaires. Le communisme est passé par là. Qu’a-t-il finalement laissé ? Une mauvaise piste, un pont, une poignée de véhicules poussifs. Pour le reste, les bergers vivent comme leurs ancêtres.

Talaï nous accueille sous sa yourte, partagé entre fierté et embarras. La famille se presse, trois générations sont là. Talaï est le fils aîné, ses enfants sont à la yourte pour l’été. Sa eune sœur nous explique leur vie en anglais. Je reste ahuri quand elle m’explique qu’ils restent ici l’hiver. Ils vivent sous la yourte dans cette vallée toute l’année. Les parents sont là depuis trente ans. Comme chauffage, il y a un poële en tôle, de la bouse séchée et du charbon maigre. Il y a bien une maison familiale à At Bashy, mais elle ne sert que pour les enfants qui y sont scolarisés. Naïvement, je demande à cette jeune femme comment se passe l’hiver. Avec un petit sourire et le regard fier, elle me répond que oui, c’est un peu difficile. Qu’il fait froid (dans cette vallée le record national a été enregistré avec -54°C) mais qu’il y fait beau, que le vent chasse la neige et que les yacks et les chevaux y trouvent de l’herbe. D’ailleurs, les Kirghizes remontent. En bas, depuis l’effondrement du grand frère Soviétique, il n’y a plus de travail. Les petites villes meurent, plus de boulot, plus de chauffage, il ne reste que la misère et l’alcool. En haut, la vie est rude mais saine. Il y a de l’herbe pour tous, les troupeaux grandissent, la viande se vendra toujours. Est-ce une solution ? C’est au moins la survie, et la fierté.

Toute petite victoire. Nous venons de passer l’ex-mur de fer qui matérialisait la frontière. Il n’en reste plus qu’une bande désherbée, jonchée de ferrailles, qui court le long de la vallée. Les gardes frontière russes sont partis 10 ans après l’indépendance, mais tout a été démantelé. Derrière, c’est l’ancien no man’s land fermé depuis plus d’un siècle. Et d’après les cartes, parmi le dédale de vallées, un lac dont on ne connaît que le nom, Kek Shoui, le lac caché. On s’arrête, un peu surpris. Derrière la frontière artificielle, c’est la même planète, le même air. Ce n’était bien qu’un barbelé dans la steppe. Derrière donc, une nouvelle vallée, mais celle-ci s’échappe d’une paroi digne des dolomites.

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