Fin 2024, le gouvernement du Québec officialisait la création du parc national Nibiischii, vingt-huitième parc national québécois. S’étendant sur seize milles kilomètres carrés – si on inclut des territoires protégés adjacents – ce parc préserve des forêts anciennes et l’habitat d’une quinzaine d’espèces en situation précaire (caribou forestier, glouton, pygargue, faucon pèlerin, …) en plus de protéger des sites archéologiques importants. Englobant la réserve faunique des lacs Albanel, Mistassini et Waconichi, le territoire est déjà accessible pour des séjours d’itinérance en canoë ou canot-camping comme disent nos amis québécois. Il offre de belles opportunités d’aventure, de périples d’immersion dans une nature intacte, presque dénuée de tout aménagement. Nous vous invitons à prendre vos pagaies et à nous suivre pour une semaine sur ce territoire exceptionnel.
J1 : Camp Nibiischii
Après une brève halte dans la petite ville de Chibougamau, où nous faisons nos derniers achats de nourriture, nous parcourons la trentaine de minutes de route qui nous sépare de notre destination. Laissant la route du Nord qui file vers la baie James, quelques kilomètres de pistes nous conduisent au camp de pêche et de canoë Nibiischii.
Situé sur la rive Est du lac Waconichi – au cœur de la réserve faunique des lacs Albanel, Mistassini, Waconichi – il est composé de quelques chalets et d’un ponton de bois, ainsi que d’équipements collectifs de grande qualité. C’est le caractère unique de ce lieu, en pleine nature sauvage, qui nous a attirés ici. Mais pas seulement, nous sommes en effet ici sur les terres traditionnelles* de la Nation Crie et c’est la Nation Crie de Mistissani qui est chargée de la gestion du parc national en naissance, ainsi que du développement touristique autochtone. Une activité qui s’appuie sur un lien ancestral à l’environnement, se base sur des savoirs-faire et savoirs-être qui ont permis la transmission intacte de ce patrimoine par ce peuple aux générations actuelles.
C’est aussi, pour nous, un retour aux sources du canoë. Les nations autochtones d’Amérique, et, parmi elles la Nation Crie, ont en effet développé des techniques de construction d’embarcations permettant de se déplacer à la belle saison, utilisant l’immense réseau hydrographique local. À partir des matériaux naturels facilement disponibles sur place (écorce de bouleau, bois d’épinette, résine de sapin et peau d’orignal ou de caribou), elles ont développé des canoës légers et solides. Les contraintes locales (absence de certaines ressources ou conditions de navigation particulières) ont donné lieu à de nombreuses variations, révélant des savoirs bien plus subtils que nos technologies et logiques de standardisation moderne.
Profitant du Sabtuan – grande tente traditionnelle communautaire de forme allongée – qui nous abrite d’un orage diluvien, nous passons la soirée aux derniers préparatifs ; répartition de l’équipement personnel en sacs étanches, organisation des repas (fruits secs et lyophilisés) et organisation des trois bidons étanches d’une quarantaine de litres chacun.
* Eeyou Istchee littéralement “la terre du peuple”, est le nom donné par la Nation Crie à sa terre traditionnelle
J2 : Camp Nibiischii -> bivouac île Musset
5 miles nautiquesAu petit matin du premier jour, nous prenons le temps de choisir notre canoë parmi les modèles disponibles. Nous optons pour un Esquif Prospecteur 17, excellent compromis entre maniabilité et capacité à tenir le cap sur la longueur. Le chargement et l’équilibrage des charges achevés, les premiers coups de pagaie nous emportent enfin sous un ciel partagé entre soleil et nuages épars, par une température d’une vingtaine de degrés, bien agréable.
C’est là que se révèle l’immensité du lac Waconichi, trente-trois kilomètres de long, dont les berges sont occupées par une taïga dense d’épinettes noires, de sapins baumiers, de thuyas occidentaux ponctuées de quelques bouleaux, d’aulnes et trembles. Au fil de la progression, l’alternance de petites baies abritées et de tronçons de côte plus rectilignes laisse place à de courtes falaises de granit, généreusement tapissées de lichens. Le canoë glisse rapidement sur l’eau, propulsé par nos gestes qui regagnent rapidement leurs automatismes. Un jeune pygargue à tête blanche décolle juste devant notre étrave, imposant malgré son plumage brun qui trahit son jeune âge. Le vent du Nord forcit un peu. Les pagaies s’ancrent plus avant, le rythme s’accélère, les muscles des épaules se tendent et voici déjà se dessiner les premières îles à l’horizon.
L’île Musset est notre étape du jour. Bonne surprise à l’arrivée : un aménagement fait de deux troncs parallèles, retenus perpendiculairement par deux rondins et arrimés à la roche, permet de poser le canoë sans qu’il ne heurte la côte à l’amarre, nous épargnant un portage fastidieux. Le vent, providentiel, tient à distance les insectes piqueurs, moustiques, mouches à orignal et mouches noires : l’occasion est trop belle pour ne pas sortir les hamacs. Confortablement installés, enveloppés du parfum des sapins baumiers qui nous entourent, la fin d’après-midi passe dans une quiétude ponctuée par la visite de quelques jaseurs d’Amérique curieux. Avec la fin du jour, vient l’heure des moustiques. Le repas est pris sur un rocher exposé à la brise du soir, et nous nous glissons rapidement à l’abri de la tente sans oublier de mettre à distance la nourriture et d’accrocher la poubelle dans les branches hautes : nous sommes ici sur le territoire de l’ours noir.
J3 : Île Musset -> baie Alfred
8,7 miles nautiquesLe lever se fait sous un beau soleil, accompagné par le chant matinal de quelques mésanges à tête noire. Petit-déjeuner avalé, nous rejoignons la côte Nord que nous longeons de près. Le paysage y présente, comme en Scandinavie, une forme de monotonie charmante : il serait difficile de décrire ce littoral de rochers bas et ces mêmes essences d’arbres qu’une infinité de petits détails vient sans cesse renouveler, à chaque coup de pagaie. Ici un vieux thuya à l’écorce grise, aux branches couvertes de lichens vert vif ; là une petite baie parsemée de nénuphars ; plus loin encore, les îles Kiiksiu puis Pichuuyaan Kaakutech composent un étonnant paysage en jardin japonais. Quelques appels de pagaies nous approchent au plus près de la berge durant quelques centaines de mètres, le temps de constater la densité du couvert végétal, absolument impénétrable. Nous profitons donc d’une des rares zones d’eau très peu profonde pour nous dégourdir les jambes et pique-niquer les pieds dans l’eau. Au-dessus de nos têtes, deux faucons émerillons se poursuivent, perçant l’air de leurs cris stridents.
Le soleil parvenu au zénith, le vent se lève et forcit. Heure après heure, le bivouac espéré semble reculer à mesure que nous avançons. En l’absence d’autre emplacement favorable au bivouac que celui prévu, nous décidons de tracer au plus direct vers le bivouac. Nous abandonnons la protection relative des berges de l’immense baie Alfred et nous engageons pour une traversée en diagonale. Levées par un vent soutenu, de courtes vagues serrées nous cueillent dès la sortie de l’abri côtier. Nous adoptons une position de pagayage à genoux pour gagner en stabilité. Les efforts pour garder notre cap malgré les rafales et les vagues travers s’intensifient tandis que l’adrénaline augmente sous l’effet du stress. À l’avant, le rythme de pagayage s’accélère, tandis qu’à l’arrière l’essentiel de l’énergie est consacré à corriger la tendance naturelle du canoë à s’orienter perpendiculairement au vent. Enfin nous atteignons un îlot à peine mentionné sur la carte. Vent force 6 à 7 en rafales, sur l’eau les conditions sont devenues franchement défavorables à une navigation en sécurité. Nous profitons de la côte sous le vent pour débarquer.
Sur l’îlot, la terrasse en bois d’une cabane de chasse inoccupée, rongée par les intempéries, nous accueille pour un bivouac de fortune. Le ronronnement du réchaud apporte bientôt des promesses de repas réconfortant, risotto au champignons du Québec et crème caramel lyophilisés, à savourer face au soleil couchant, débarassés des moustiques par le vent.
J4. Baie Alfred – > pointe Spéculaire et baies Est
4,3 miles nautiquesQuelques gouttes de pluie et les rafales d’un gros temps installé sur le lac pour la nuit n’ont pas troublé notre sommeil. Au petit matin, nous tentons une prise de météo. Bingo, ça capte ! Sur le lac Waconichi, le réseau téléphonique n’offre qu’une couverture faible, parfois intermittente, sur laquelle il est important de ne pas trop compter en termes de sécurité. Mais quand cela fonctionne, autant en profiter pour enrichir sa connaissance de la situation à venir. Et le verdict est clair : nous n’avons qu’une fenêtre étroite ce matin avant que le vent ne se relève à nouveau, fort. Nous quittons donc rapidement le confort de nos duvets, avalons thé et petit-déjeuner, et nous mettons à l’eau sans traîner.
Une demi-heure de pagaie suffit à rejoindre la rive Est de la baie Alfred. Face à nous, se dresse le mont Wacon, dont le nom signifierait “la montagne de lichens”, Waconichi désignant “le lac de la montagne de lichens”. Parvenus à la rive, nous découvrons un fond de baie sableux et peu profond, quelques plantes aquatiques, tapis de nénuphars jaunes précédant, sur la berge, un dense rideau d’aulnes. La carte topographique accrochée à notre pontet laisse deviner, derrière la végétation, un petit lac. Les conditions météo annoncées ne nous laissent guère envisager cette promesse d’autres découvertes et nous n’avons pas le temps d’en étudier ni la faisabilité ni de chercher l’éventuel portage qui nous en ouvrirait les portes. Le chant du bruant à gorge blanche nous tire de nos réflexions et rythme notre progression de sa petite ritournelle mélodieuse et répétitive.
Voici bientôt la Pointe Spéculaire, le bivouac que nous espérions atteindre la veille et où nous passerons la nuit. La météo, encore clémente, nous permet de passer encore un peu de temps sur l’eau et nous partons explorer la partie du lac jusqu’à la pointe qui précède la passe Kaupauhkach. Cette passe faisait autrefois partie de la route traditionnelle empruntée par le peuple cri pour relier le lac Waconichi à l’immensité du lac Mistassini, plus grand lac d’eau douce naturel au Québec et véritable mer intérieure. Pour notre part, nous faisons demi-tour alors que les premières risées viennent marquer la surface de l’eau, et rejoignons la Pointe Spéculaire pour y installer le camp.
J5 : Pointe Spéculaire
Près de nous, un long chant ample et plaintif répond à un autre, lointain. Il prend parfois des modulations comme celles du chant des loups, emplit l’atmosphère de sa musicalité. Canoter en boréalie n’aurait pas la même saveur sans le chant des plongeons imbrins qui se répondent. Depuis nos duvets, nous percevons, mêlé à ces chants, le bruit d’un clapot sur la berge Est, que nous n’avions pas perçu au coucher, la veille. C’est le signe d’un changement d’orientation du vent. Un régime Sud, Sud-Est remplace celui du Nord. Mais il ne perd guère en intensité et nous cloue à terre. Canoter, c’est accepter d’adapter son programme aux changements constants de la nature. En tirer de la frustration serait passer à côté d’un des aspects les plus précieux de l’expérience. Canoter en itinérance, c’est une chance unique de lâcher prise, de laisser le présent nous habiter pleinement.
Le bivouac s’organise alors en conséquence. Nous commençons par refaire nos réserves d’eau potable. L’exercice est, à Waconichi, facilité par des eaux dénuées des tanins qui teintent en général les lacs de ces latitudes et finissent par boucher les filtres. Nous profitons du répit imposé par le vent pour sécher l’équipement, réorganiser nos provisions. Puis les jumelles sortent de leur étui pour une longue séance d’observation des mouettes de Bonaparte, et goélands d’Amérique qui jouent dans les rafales, tandis que les sternes Pierregarin s’affairent à transporter des petits poissons vers leurs poussins. Dans les hamacs, protégés des mouches piqueuses par le vent, on “chill” au soleil.
Dans les buissons d’aulnes voisins, une paruline jaune chante. Immobile sur les mousses tièdes, une couleuvre rayée se chauffe non loin. Une grande libellule patrouille sur son territoire et vient régulièrement nous inspecter. La journée passe finalement rapidement, sereine, avant que la nuit ne tombe sur le bivouac.
Trois heures et demie du matin, la nuit enveloppe encore le camp quand un bruit nous tire des duvets. Ours ? Seul l’ours noir fréquente encore ces régions et il nous a été décrit par les Québécois comme peureux, peu enclin à fréquenter l’humain qui constitue une menace pour lui. Ce serait un voisin sans histoire dès lors qu’on tient nourriture et toilettes loin de la tente, ce que, bien sûr, nous avons fait. Reste que la présence de l’ours crée une tension inhabituelle pour nous, qui avons perdu l’habitude de cohabiter au quotidien avec les grands prédateurs. Hyper-vigilance, hallucination auditive, réelle présence, autre animal, … rien ne nous permettra de le savoir, le camp restant calme jusqu’au matin. L’expérience nous aura brièvement plongé au plus profond de la culture de ce territoire. L’ours noir n’est pas un animal considéré comme les autres par les Premières Nations qui cohabitent avec lui depuis des millénaires. Sa ressemblance troublante avec l’humain, sa station debout occasionnelle, la dextérité de ses pattes avant, lui ont valu une place à part. Le respect qui l’entoure témoigne d’une perception du monde bien différente de la nôtre, où nature et culture ne font qu’un et qui a permis génération après génération une coexistence que seule l’arrivée des européens est venue troubler.
J6 : Pointe spéculaire -> littoral sud île du Cœur
7,6 miles nautiquesUne brève accalmie précède une nouvelle dégradation annoncée. Nous en profitons pour rejoindre le littoral Sud, très exposé et rectiligne, mais qui constitue l’option la plus directe pour entamer le chemin du retour. Soyons honnêtes, en cas de coup de vent soudain sur cette longue portion du lac, l’absence d’abri possible nous mettrait en difficultés. La tension est donc palpable ce matin. L’observation d’un pygargue adulte qui s’envole à notre approche et ébroue le plumage blanc immaculé de la queue et de la tête nous tire momentanément de nos inquiétudes. Les conditions restent bonnes et le canoë file bon train, laissant défiler la forêt boréale. Le rythme de pagayage est soutenu et ne se relâche, un peu, que lorsque l’on retrouve la partie plus resserrée du lac.
L’île Musset apparaît enfin à tribord, puis l’île du Cœur. Haute et conique, entièrement couverte de forêt, c’est elle qui abritera notre dernier bivouac. Une petite trouée parmi les épinettes, les sapins et les bouleaux permet d’y planter la tente, à l’abri d’un vent qui a repris possession du lac et y soulève de courtes vagues à l’écume blanche. Un rice-pudding lyophilisé, généreusement saupoudré de sucre d’érable, accompagne ce dernier bivouac savouré dans les dernières lueurs du jour.
J7 : Île du Cœur – camp Nibiischii
Le vent se fraie un chemin dans la forêt dense et fait onduler les troncs comme de simples graminées agitées par la brise. Rien ne semble pourtant perturber le tu-tii-tii-titiitit mélodieux et répétitif des bruants à gorge blanche, tout occupés à leur compétition de chant. Il n’en va pas de même pour notre programme, que la météo vient bousculer pour cette ultime journée : orages, vent force 4 à 5, rafales à 8, annoncés en cascade pour les trois jours à venir.
N’ayant plus le loisir d’attendre une accalmie, nous nous résolvons à appeler nos “anges gardiens” de Nibiischii. Une touche dédiée de la balise SPOT, qui nous a été confiée au départ, suffit à signaler notre besoin d’assistance. Une heure plus tard à peine, l’embarcation de la Corporation accoste et embarque canoë, équipement et équipage, pour nous offrir une dernière nuit dans le confort inattendu d’une cabane flottante, nichée dans la baie Cliff, à deux pas du camp.
En quête d’autres aventures en canoë au Québec ? Allez lire le récit de GregOutdoor de ses 4 jours de canoë sur le lac Kipawa.
Informations pratiques
Comment s'y rendre ?
- En autocar, par la compagnie Intercar. De Québec on rejoint Chibougamau en 7h à 8h avec une correspondance à Saint-Félicien (Lac-Saint-Jean).
- En avion : Air Creebec assure une liaison directe entre Montréal (YUL) et l’aéroport de Chibougamau/Chapais (YMT), à raison d’environ trois vols par semaine et pour un peu plus d’une heure de vol.
- De Chibougamau, on atteint le camp en une trentaine de minutes de navette. On prendra soin de vérifier, avec Nibiischii, en amont de la réservation du séjour, les conditions et la possibilité de cette navette aux dates choisies.
- Depuis Québec comptez 7 à 8 heures de conduite, environ deux heures de plus depuis Montréal. Notez qu’il faudra rouler environ 200 km sur des routes particulièrement isolées, en pleine forêt boréale, et sur une trentaine de kilomètres de route non revêtue.
Topoguides et cartes
Une application de cartographie équipée de la couche OSM outdoors, consultable hors ligne, constituera une aide utile à la navigation, notamment en cas de faible visibilité.
Une bonne carte papier s’avère un complément indispensable. On pourra la faire imprimer à partir de deux fichiers numériques gratuitement mis à disposition par sur le serveur de Ressources naturelles Canada (RNCan) : Waconichi Sud et Waconichi Nord.
Zones protégées
- Parc national Nibiischii
- Réserve faunique des lacs Albanel, Mistassini et Waconichi
Difficulté de l'itinéraire
L’itinérance décrite est un projet qui s’adresse à un public averti qui cumule les qualités de céistes maîtrisant les techniques de pagaies et conscients des difficultés inhérentes à la navigation en canoë sur de grands plans d’eau avec des vents souvent forts et des vagues levant rapidement et une bonne expérience du bivouac en milieu isolé. Une bonne forme physique est nécessaire car les bivouacs sont assez éloignés les uns des autres.
Quand y aller ?
La saison s’étend de juin à août, le temps que la glace libère complètement le lac et que les températures deviennent clémentes. Juillet reste le mois idéal. Le pire de la saison des moustiques/mouches noires est derrière nous et les jours sont encore longs.
D’où partir ?
Le site de Waconichi constitue actuellement la porte d’entrée exclusive pour cette aventure. Non seulement parce qu’il abrite les hébergements idéaux pour constituer la base arrière de votre périple ainsi que des canoës de qualité, mais aussi parce c’est là que sont délivrés les autorisations et que se règlent les droits d’accès au lac. Un nouveau centre d’accueil devrait bientôt ouvrir non loin.
Où mettre à l’eau sur le lac Waconichi ?
La mise à l’eau se fait directement depuis le site Waconichi de la Corporation Nibiischii. Une minuscule plage, à côté de l’aire de rangement des canoës, sur la gauche des pontons, permet de charger confortablement son canoë et de commencer à pagayer.
Quels itinéraires pour faire une itinérance en canoë sur le lac Waconichi ?
Notre itinéraire s’appuie sur les trois bivouacs possibles (Musset, Spéculaire, Cœur) et permet d’envisager l’essentiel du tour du lac. On l’entreprendra dans le sens des aiguilles d’une montre ou à l’inverse, selon le vent dominant.
En complément, ou pour une découverte moins engagée, on pourra partir en étoile depuis le camp Nibiischii et explorer les baies Osprey, Route et Cliff situées au Sud du lac.
Les plus aventuriers pourraient s’intéresser à la grande route traditionnelle qui relierait les trois lacs Waconichi – Mistassini – Albanel en un mois à la pagaie. Un projet d’envergure qui ne se prévoit pas à la légère et nécessite une prise de contact longuement en avance avec la corporation Nibiischii pour en vérifier la faisabilité.
Difficultés ?
L’itinérance décrite est un projet qui s’adresse à un public averti qui cumule les qualités de céistes maîtrisant les techniques de pagaies et conscients des difficultés inhérentes à la navigation en canoë sur de grands plans d’eau avec des vents souvent forts et des vagues levant rapidement et une bonne expérience du bivouac en milieu isolé. Une bonne forme physique est nécessaire car les bivouacs sont assez éloignés les uns des autres.
Précautions sécurité/santé
Pagayer sur le lac Waconichi, c’est s’aventurer en pleine nature, en milieu isolé. Il est donc nécessaire de savoir gérer un incident qui surviendrait dans ces conditions, de faire face à un accident en prodiguant les premiers soins, en préparant la victime y compris dans des circonstances météo où les secours tarderaient à arriver.
Le réseau GSM ne couvre la zone qu’avec difficultés et vous ne pourrez considérer votre téléphone comme un dispositif pour joindre les secours que s’il est doté des derniers outils de communication satellitaire. Sa fragilité, sa faible autonomie ne devront, en outre, le faire considérer que comme un moyen complémentaire aux balises dédiées (Spot, InReach ou PLB). En cas de besoin, les secours sont à joindre en composant le 911.
La présence de l’ours noir, mais aussi d’autres compères au nez fin et au palais délicat, impose une gestion stricte de la nourriture et de tout produit odorant (dentifrice, déodorant, …) au bivouac. Dès après leur usage, ces produits doivent être disposés dans des contenants hermétiques (les bidons étanches de canoë sont parfaits) ou suspendus à une branche et cela loin de la tente. Il en est de même pour les toilettes et lieux d’hygiène.
L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et la Santé publique ne classent pas le Nord-du-Québec comme une zone à risque pour la maladie de Lyme. La tique à pattes noires (Ixodes scapularis), vecteur principal de la maladie de Lyme, est établie plus au sud.
Dans la région du lac Waconichi et du Nord-du-Québec en général, les feux de forêt constituent un risque environnemental imprévisible et dangereux durant la saison estivale. Il est donc capital de vérifier, avant le départ, l’indice de la Société de protection des forêts contre le feu. Le niveau de danger est représenté par des couleurs du vert (Bas) au noir (Extrême). Disponible en ligne, il est également affiché à l’accueil Nibiischii – Waconichi. Sur place, on s’abstiendra de faire des feux et on s’assurera d’être joignable en cas d’urgence (balises InReach, SpotX, dépôt du parcours prévisionnel, …).
Où dormir ?
Trois bivouacs, situés respectivement sur les îles Musset et du Coeur et sur la pointe Spéculaire permettent de découvrir le lac Waconichi. Ils sont les seules options, sans alternatives possibles tant la forêt est dense et couvre tout, jusqu’au ras de l’eau. Ces bivouacs offrent chacun un platelage et une toilette sèche.
S’approvisionner en eau et nourriture ?
L’accueil Nibiischii offre la possibilité, avant de se mettre à l’eau, d’acheter quelques petits plaisirs, que ce soit les gourmandises à base de myrtilles ou les excellentes bières de la micro-brasserie de Maître Renard. Mais l’alimentation en quantité suffisante pour la totalité du séjour devra être prévue avant d’arriver. Chibougamau constitue le dernier point doté des commerces alimentaires de produits frais. Les commerces sur place ne disposent que d’un choix très très limité de lyophilisés et de cartouches de gaz pour réchauds, on ne peut que vous conseiller de prévoir le tout en amont.
Côté eau, la limpidité des eaux du Waconichi permet d’avoir toujours l’eau nécessaire à portée de main. On la consommera après l’avoir filtrée dans un filtre à micro filtration, de type Platypus Quickdraw, ou traitée avec des pastilles de chlore ou l’avoir portée à ébullition. Lire nos conseils pour traiter et filtrer l’eau.
Quel équipement sur l’eau ?
Prévoyez l’équipement classique du céiste en eau froide. Un long-john néoprène ou une combinaison étanche sont indispensables, ainsi que le port permanent du gilet d’aide à la flottabilité, en cas de passage à l’eau … qui est fraîche !
A cela s’ajoutent les équipements de sécurité habituels : écope, feux de signalisation, cordelle flottante. Des gonfles constituent un équipement recommandable au vu de la taille du lac, des longues traversées à entreprendre et des difficultés à prendre régulièrement la météo …
Pour s’orienter, on pourra utiliser GPS ou téléphone avec les cartes téléchargées hors ligne à condition de disposer de boussole et carte topographique papier en cas de besoin.
Cette liste n’a rien d’exhaustif et mérite d’être ajustée selon la durée du séjour, la saison et vos besoins spécifiques. Elle donne une bonne base pour ne rien oublier avant de s’enfoncer plusieurs jours loin de toute aide immédiate.
Quel équipement à terre ?
Votre check-list pour une randonnée en canoë comprendra toujours des vêtements pour être à terre, distincts de ceux utilisés sur l’eau. Il en va de votre confort, et même de votre sécurité car c’est cet équipement qui vous permettra en cas de dessalage, d’atterrir et de vous changer, évitant ainsi le coup de froid ou l’hypothermie. Vous le choisirez, ici, pour faire face à tout type de météo, comme si vous faisiez une randonnée-bivouac en montagne. Un bonnet, des gants, un t-shirt technique, une polaire – complétée par une doudoune – une gore-tex et un pantalon de rando ainsi que des chaussettes sont en général suffisants. N’oubliez pas des chaussures confortables et adaptées au confort du camp, tiges basses, crocs, …
Une tente assurant une bonne protection contre le vent, les précipitations et les insectes sera la garantie de bivouacs confortables. Un matelas et un sac de couchage trois saisons (0°C confort) complèteront le nécessaire pour la nuit.
Un bear-bag et une longue cordelette vous permettront de suspendre votre poubelle pour la nuit, sans que les odeurs ne se diffusent alentour. La nourriture, savon, déodorant et autres produits odorants pourront être stockés dans les bidons étanches pour la nuit.
Où louer son équipement ?
Des canoës de marque Esquif, de grande qualité, modèles Prospecteur 15,16 et 17 ainsi que des Miramichi 18 et 20 peuvent être loués au camp Nibiischii, ainsi que les plus gros accessoires (bidons étanches, pagaies, gilets, …).
Réglementation
Toute activité sur le territoire est soumise à un droit d’accès journalier délivré par la Corporation Nibiischii. Pour un séjour de canot-camping en arrière-pays, hors des circuits aménagés, une demande écrite doit être envoyée par courriel un mois avant le départ, accompagnée d’un plan de sortie détaillant l’itinéraire, d’un formulaire de reconnaissance et d’acceptation des risques, et d’une autoévaluation des compétences du groupe. La pêche nécessite, elle, un droit d’accès distinct, avec des quotas de prises précisés directement sur le document remis.
Avec qui partir ?
Il n’existe, à ce jour, ni agence ni guide proposant l’encadrement de cet itinéraire qui s’adresse, en conséquence, à un public autonome et expérimenté.
Voyager responsable
Transports
Le bus, bien que peu utilisé localement, ne constitue pas la plus mauvaise option. C’est une évidence écologique, surtout quand on voit son bilan carbone bien alourdi par le vol international. Avec des émissions six fois inférieures à l’avion et trois fois par rapport à la voiture individuelle, le bus est une option qu’on ne peut que vous conseiller. D’autant qu’elle offre également un intérêt budgétaire et, en termes de fatigue, de conduite évitée.
Déchets, polluants et toilettes
On ne vous fera pas l’affront de vous rappeler que vos déchets doivent être rapportés jusqu’aux conteneurs prévus au site d’accueil.
Concernant les besoins, l’utilisation des toilettes sèches disponibles sur les trois camps est un gage de confort (bonne chance pour trouver un lieu approprié en dehors 😉 C’est également un gage de sécurité sanitaire, la multiplication de “wc sauvages” contribuant à disséminer bactéries, virus et parasites de l’humain dans l’environnement.
Toilette personnelle et vaisselle se feront toujours à bonne distance de l’eau et du lieu de bivouac, avec des savons biodégradables, à la fois dans un souci de réduction de la pollution des eaux, mais aussi de meilleure cohabitation avec la faune.
Faune et flore
Le territoire abrite une faune riche, diverse et discrète. Les conseils classiques restent toujours d’actualité. On n’approche et on ne nourrit pas la faune, quel que soit le motif et que l’on soit sur l’eau ou à terre. Dès lors que l’animal ne peut être caché par le pouce, bras tendu, c’est qu’on est trop près. Chants, cris et autres sons de la faune sont des éléments essentiels de communication. Tout bruit extérieur viendrait les perturber. Nous sommes ici dans un territoire exceptionnel où la quasi absence de bruits parasites permet de remobiliser nos sens et de vivre les sons de la faune. Ils font entièrement partie de l’expérience.
Cartographie
Une application de cartographie équipée de la couche OSM outdoors, consultable hors ligne, constituera une aide utile à la navigation, notamment en cas de faible visibilité.
Une bonne carte papier s’avère un complément indispensable. On pourra la faire imprimer à partir de deux fichiers numériques gratuitement mis à disposition par sur le serveur de Ressources naturelles Canada (RNCan) : Waconichi Sud et Waconichi Nord.
Que faire autour ?
A Waconichi, parcourir les sentiers de la falaise (8 km incluant un tronçon aérien de 2 km sur la paroi rocheuse de la baie Cliff) et de la forêt (5 km à proximité du camp) pour une approche complémentaire de l’itinérance à la pagaie.
S’arrêter à Chibougamau, où l’on trouve la plus grande offre de services (restaurants, hébergements, activités plein air, etc.) des environs.
Goûter à l’une des excellentes bières de la micro-brasserie de Maître Renard à Chibougamau. Des recettes qui mettent en valeur les produits de la forêt boréale, comme cette exceptionnelle “brune aux lactaires à odeur d’érable” ou cette “stout au sapin baumier” sans oublier la “blanche aux bleuets”.
Visiter l’Institut culturel cri Aanischaaukamikw, d’Oujé-Bougoumou, situé à une heure de route de Chibougamau. L’Institut propose, dans une architecture remarquable, des expositions consacrées aux modes de vie traditionnels cris. À noter que le site web offre une visite virtuelle très intéressante pour préparer votre séjour.
Découvrir le village cri de Mistissini : à 90 km au nord-est de Chibougamau atteignable par une route asphaltée, sur les rives du lac Mistassini, le plus grand lac naturel du Québec. S’arrêter à l’auberge Mistissini, hôtel de la communauté abritant un petit musée culturel et le restaurant Lakeview, avec vue sur le lac où vous pourrez goûter la banique, pain traditionnel sans levure, cuit au feu ou à la poêle, aliment central de la cuisine traditionnelle crie.
Plus d’images du lac Waconichi en canoë ?
Découvrez plus d’images du lac Waconichi en canoë sur notre album en ligne.
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