Le chemin des douaniers

Destination : Mauritanie » Afrique | Montagne : Sahara | Activité : Méharée  | 


Le chemin des douaniers - Carnet de voyage de la première méharée entre Chinguetti et le Banc d'Arguin
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L’histoire commence de nuit, loin de la côte, dans le village de Chinguetti sur le plateau de l’Adrar. Le bourg est assoupi, nous sommes fatigués après une grosse journée de route depuis Nouakchott. Aux portes du village, trente-trois chameaux sont baraqués, sept Maures s’activent à paqueter le matériel, la nourriture et les bagages afin que tout soit prêt à l’aube. Le jour dit, après une rapide visite, nous sommes en ordre de marche. Si Chinguetti n’est pas un port de pêche, c’est pourtant là que débute notre traversée de la plage. Le village est d’un calme étonnant : l’effervescence touristique de ces dernières années est retombée, les oasiens ont retrouvé des occupations normales, les palmiers et les chèvres. Nous prenons la piste, vers le sud ouest déjà.

La puissante falaise de l’Adrar forme la côte de la Mauritanie. Entre la côte rocheuse et l’Océan proprement dit, la Mauritanie est une immense plage à marée basse. Pour l’heure nous cheminons sur les sentiers qui relient palmeraies et pâturages dans le coeur du pays, ces reliefs qui offrent l’eau permanente, refuge indispensable pour traverser l’été cruel.
Une première journée dans les dunes, pour se mettre en jambe, roder la caravane, régler les selles. Le ciel est chargé, quelques averses agrémentent la première nuit.

Et déjà nous laissons l’erg Warane derrière nous pour atteindre la « chaîne » de Zerga. Un relief chaotique qui tient ses origines au lointain passé où le plateau était coiffé d’une calotte glaciaire. L’ambiance est plus chaude et plus aride aujourd’hui; bien que des jardins temporaires y prospèrent, à la faveur des pluies de l’été passé. Et pourtant, quelque chose intrigue : le pâturage est correct, les jardins plantés, les palmiers bruissent dans la brise … et pourtant l’Adrar est vide. Vide de touristes, ce qui était prévisible, mais également vide de ses habitants, ce qui trouble les voyageurs.

Dans les palmeraies, l’eau abonde mais personne, pas une chèvre, pas un chameau, pas un rire d’enfant. Sur les plateaux, l’herbe est – relativement – abondante, les acacias verts et nos chameaux font bombance. Mais où sont les troupeaux me demande-t-on ? La réponse viendra plus tard, plus loin, mais ce constat me met en confiance pour la suite du voyage. Car si les gens ne sont pas ici, c’est qu’ils sont ailleurs non ? Et s’ils sont partis, c’est qu’ils ont trouvé mieux …

Plus au sud, c’est l’erg Amatlich, le grand déversoir des plateaux sud. De chaque côté de la longue bande de dunes s’étalent des rivières de palmiers. Le cadre est somptueux, c’est celui des grandes palmeraies de l’Adrar. Là encore, pas une voiture, pas un grincement de puits à balancier. La caravane passe, mais il n’y a pas de chien pour aboyer. Un âne pourtant sème le trouble. L’aventure continue, ou plutôt elle commence : nous sommes à l’extrême pointe de l’Adrar, dans la zone inondable de la Graret Lefras. Cette vaste cuvette à fond plat est ornée d’un gazon ras mais plus irlandais que mauritanien. Nous ne nous laissons pas abuser : devant c’est l’inconnu. Mohamed Salem, honnête et confiant me lance : »maintenant c’est toi le guide pour la mer ». Bagatelle, il n’y a que 300 km de plage, et de surcroît, c’est tout droit …


Cette méharée a été réalisée avec Hommes et Montagnes, spécialiste du Tourisme d’Aventure et des Explorations dans les déserts, les montagnes du monde et le Grand Nord.

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