Le mauvais temps s’invite sur le Tres Cruces Nord

Cinquième jour

Je n’ai pas mis mon réveil et sors de ma léthargie bien tard pour découvrir le paysage sous un joli manteau neigeux. Il est 9h45 quand je prends congé de Ricardo après lui avoir conseillé de rester prudent. Je ne le reverrai jamais. Malgré ce départ tardif, je m’imagine avoir suffisamment de temps pour redescendre les 500m nécessaires afin de pouvoir contourner le Tres Cruces Central et tenter l’ascension des 6030m du Tres Cruces Nord. Malheureusement, j’entame ma descente par un mauvais ravin qui m’oblige à passer une bonne heure à contourner un grand champ de pénitents (stalagmites de neige typiques de cette région).

Marchant à un bon rythme, j’arrive à 12h30 à un endroit idéal pour planter ma tente, à environ une heure de marche sous le col reliant le Tres Cruces Nord au Central. A peine montée, je laisse ma tente pour tenter l’ascension. Mais la visibilité devient de plus en plus mauvaise et quand j’arrive à 14h15 au pied de ce qui me semble être la face Nord du Tres Cruces Nord, la visibilité est tombée à 10 mètres, la neige se remet à tomber et le vent souffle de plus en plus fort. Après quelques hésitations, je rebrousse chemin, et retrouve ma tente en partie grâce à mon gps. L’ascension sera pour demain. Si le temps est de la partie.

Sixième jour

6h45. Il fait beau et le vent qui a soufflé fort en me tenant éveillé une bonne partie de la nuit est tombé avec les premiers rayons de soleil. En moins d’une heure, je suis en route pour tenter le sommet Nord du massif du Tres Cruces. J’atteins en deux fois moins de temps qu’hier le pied de la face Nord.

Les 200 premiers mètres de dénivelée de cet immense tas de sable sont avalés en 20 minutes. Je suis galvanisé par mon objectif, mais la principale raison de mon rythme est moins réjouissante puisque je fais la course avec le mauvais temps qui déboule du Tres Cruces Sud et qui se dirige à toute vitesse dans ma direction ! Vers 5900 mètres, au détour d’une pente, j’arrive à la grande lagune que j’avais admiré deux jours plus tôt depuis le sommet du Central.

Je n’ai pas le temps de m’attarder au bord de ce sublime lac car les nuages noirs ont fini par me rattraper. La visibilité tombe rapidement, tout comme les flocons qui filent à l’horizontal autour de moi. Heureusement, il me reste peu à grimper et la voie vers le sommet est assez évidente malgré une neige dure et glissante qui m’oblige à chausser mes crampons. J’arrive essoufflé au sommet, au bout d’une courte ascension qui ne m’aura pris que 3 petites heures depuis mon camp, situé 600 mètres plus bas.

A peine le temps de prendre une photo et de griffonner un mot que je glisse dans la petite boîte métallique qui était là et je redescends. 20 minutes plus tard, le temps s’éclaircit subitement et je retrouve une parfaite visibilité à l’approche de la lagune. J’hésite un instant à remonter au sommet afin de pouvoir profiter pleinement de ce troisième et dernier but de mon enchaînement, mais ce lac croisé à la montée m’attire comme un aimant. Allongé sur le sable, j’observe cette étendue d’eau vaste et calme. Je suis bien et les 5900 mètres d’altitude ne semblent avoir aucun effet sur moi. Je suis rempli de ce qui m’entoure et de la paisible joie d’avoir quasiment bouclé mon projet. En redescendant, je me régale à courir et à bondir dans l’immense pente de sable en hurlant comme un dingue. Je retrouve ma tente à 13h40. Le bruit du réchaud et les morceaux de saucisson et de fromage que j’avais gardé pour fêter le retour du troisième sommet achèvent de me combler avant que la fin du jour ne me réserve l’un des plus insensés des couchers de soleil que j’ai vu dans la Puna de Atacama. Autour de moi, tout s’embrase et les rayons qui percent les nuages me donnent une fois de plus l’impression d’être au paradis. Un paradis que je vais devoir quitter dès demain, ce qui ne m’enchante pas du tout tant je me sens bien ici.

Septième jour

J’ai rendez-vous à 14h avec Jonson, la personne qui doit venir me récupérer en 4×4 au pied du Tres Cruces Sud. Il me reste quelques heures de marche sur les contreforts du massif pour rejoindre le point gps que nous nous étions fixés ensemble.

Le temps est splendide et l’incroyable pureté de l’air donne l’impression de voir à des centaines de kilomètres. Jonson est au rendez-vous et il a apporté une bouteille de mousseux argentin dont il fait péter le bouchon en secouant la bouteille comme si j’étais le vainqueur d’un grand prix ! A mon retour à Fiambala, j’apprends que Ricardo (photo ci-dessous) n’est toujours pas revenu du Tres Cruces. Les craintes se confirment au fur et à mesure que je m’éloigne des Andes : à Catamarca puis à Buenos Aires et enfin à Paris, j’ai à chaque contact avec ses amis et avec Jonson la confirmation toujours plus inéluctable qu’il a disparu. Malgré quelques expéditions parties à sa recherche, le corps de Ricardo n’a jamais été retrouvé. Il ne le sera sans doute jamais.

 

A propos de l'auteur

Passionné par les Andes depuis presque 20 ans, j'y ai passé plusieurs mois à marcher et grimper et je m'y précipite dès que cela m'est possible. J'aime l'altitude et les paysages minéraux des hauts plateaux. Ma zone de prédilection est la Puna de Atacama, située à cheval sur le Nord-Ouest argentin et le Chili où l'on trouve la plus grande...



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Publiée par I-Trekkings - blog randonnée & outdoor itinérant sur mercredi 25 avril 2018

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