Mjøfell – Grindaflethytta – Flåm

Destination : Norvège » Europe | Activité : Randonnée  | 


Mjøfell – Grindaflethytta - Flåm - Ulvik, sur les pas du poète Olav Håkonson Hauge
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Mjøfell – Grindaflethytta

  • 6h – 16km – D+ 540m ; D- 120m

Cette cabane enfin atteinte vers 14h, le vent ne cesse de grincer. La matinée s’est éclaircie après une nuit pluvieuse qui m’a fait encore remercier l’abri du chalet, et en atteignant les hauteurs le vent a forci dans mon dos de plus en plus fort jusqu’à ce que le froid me fasse revêtir la veste softshell orange fluo trouvée chez D4 à un prix aussi ridicule que sa couleur…qui pourrait me faire repérer du ciel même par fort brouillard !

Il pleut tellement que j’essore mes gants en serrant un peu fort mes bâtons …et que je pourrais boire l’eau qui me tombe du front !

Paysage ouvert, immense, crevé d’eau par tous les horizons et d’ailleurs c’est bien délicat d’avancer dans les tourbières et les chaos de pierres, j’ai mis 6h au lieu des 4 estimées hier, encore une erreur due à la méconnaissance de ces montagnes.

Plus rien à manger. Je me rue sur la première cabane où je trouve un reste de spaghettis. En allant chercher l’eau pour les faire cuire, à 50m entre deux rafales de pluie, je vois que l’autre cabane est ouverte et plus agréable. Je déménage avec « mes » pâtes. Tout le nécessaire pour cuisiner et des réserves de nourriture sont là. Toilettes sèches, poêle à bois, bois, séchoir à vêtements, jolies chambres avec draps et couvertures propres. Je fais un thé pour me réchauffer.

J’aperçois 2 silhouettes aux flancs ailés se débattre dans le vent. Une fille, un garçon. La fille, Janine, se décide à entrer après un long moment dehors…pas le moment de bronzer en terrasse pourtant. Son compagnon, Andreas la suit encore plus tard. Ils sont allemands mais elle a étudié l’agriculture ici, en Norvège…et pourquoi pas en Antarctique ?

Ils repartent réchauffés par mon thé et heureux de partir dans le vent et la pluie vers une destination hors sentier quelque part derrière la montagne retrouver une amie bergère qui les attend avant la nuit. Très peu pour moi, je râle assez avec ce mauvais temps, pour le moment, je suis les balises du DNT l’organisme de randonnées qui marque les « sentiers » par un « T » rouge.

T comme « touriste »

T comme « trappeur »

T comme « t’es pas perdu »

T comme « tu lèves ton pied pour le poser sur la pierre bien solide là juste devant toi mais la rafale de plus de 100km/h te le plante au beau milieu d’une flaque d’eau boueuse »

T comme « tu ne fais que commencer ce voyage de galérien alors que PERSONNE ne t’y oblige »

Je profite de cette halte vraiment abritée pour revoir TOUT mon itinéraire qui s’avère complètement farfelu, ici on peut parcourir 20 km en 15h entre les éléments déchaînés et les obstacles, j’ai l’impression de suivre un troupeau de brebis invisible dans une transhumance mystérieuse à 2km/h ! Je suis aussi agile qu’un poussin en natation synchronisée et quand je lève le nez de mes pieds pour dire « il est où le chemin ?», se glisse de temps à autre un radical « putain, c’est beau ! »

Tendinite au coude qui modère mon élan d’écrivain.

Demain, c’est dimanche, je crois bien que je serai en retard à la messe de Flåm.

Je me demande vraiment ce que je fais là, le pire, c’est que je dois attendre encore un mois avant de rentrer en avion…comment vais-je y arriver, c’est vraiment dure et ce n’est que le 3ème jour.

Demain 1300m de descente. Pas de pluie, Seigneur, pas de brouillard, Jésus, Marie Joseph et tous les Saints !

Grindaflethytta – Flåm

  • 7h – 8km – D+ 370m ; D- 1420m

Me suis installée dans un pré derrière du fourrage empaqueté dans de grosses balles blanches qui dégagent une odeur sure assez désagréable.

Il a vraiment plu toute la journée avec ce vent terrible qui retrousse la cape de pluie comme la jupe Marilyn au moment d’escalader un pierrier instable et glissant je peste comme une poissonnière.

Et pour finir, les tourbières de pentes me laissent le choix entre marcher dans la sente si boueuse que j’y perd ma chaussure ou dans l’herbe pleine de gouttes qui trempent instantanément les pieds.

J’ai passé une excellente journée en me disant que chaque jour qui passe me rapproche de la fin et des encouragements de mon petit ange intérieur qui m’assure que je vais y arriver.

Autour de la Grindaflethytta, le paysage me faisait un peu penser au volcan de la Réunion avec des pierres de toutes les couleurs, striées de blanc et de noir, compressées en des temps anciens que dans une autres existence, peut-être…ou alors piquées de taches noires à la façon d’une marée noire qui aurait laissé des boulettes de pétrole tout alentours.

Après les tourbières, dans la descente vers Flåm, je me suis gavée de framboises en marchant plus lentement qu’un escargot pour préserver mes genoux et les coudes et la main droite un peu sensibles.

Je suis bien dans ma tente mais mes narines m’indiquent qu’il serait temps que je lave mes chaussettes !

Question nourriture, c’est la dèche : une boîte de sardine achetée à la cabane, une lichette de fromage acheté à Ulvik. Comment est-ce possible de dépenser autant d’énergie en consommant si peu de calories ?

Je sortirai bien faire pipi mais il s’est remis à pleuvoir. L’arc-en-ciel tout à l’heure sur le fjord n’annonce donc rien de bon…on ne peut pas faire confiance à un rayon de soleil. Je vais téléphoner à ma mère, tiens.