C’est mon second voyage en Bulgarie. Lors du premier, j’ai parcouru à pied durant l’été les massifs du Rila, de Pirin et des Balkans. Aujourd’hui, j’y retourne l’hiver pour faire du ski de randonnée et découvrir le massif du Rila en raquettes. En parallèle à cette lecture, lisez mon articles sur mes 4 jours à ski de randonnée en Bulgarie.
Ces deux jours en raquettes à neige dans le parc national de Rila a été réalisée avec l'agence bulgare Odysseia-in.
Le massif de Rila
Appelé « montagne d’eau » par les Thraces, Rila est un petit massif montagneux de 2629 km² situé dans le sud de la Bulgarie.
Avec 180 lacs environ et une grande quantité de sources, il porte plutôt bien son nom. Lacs, cirques, vallées et montagnes constituent un formidable témoignage naturel de la dernière glaciation du pléistocène.
Environ 30% du massif de Rila est protégé par le statut de parc national depuis 1992. Le parc et ses quatre réserves naturelles sont inscrits sur la liste des territoires protégés représentatifs de l’ONU.
C’est au cœur du massif du Rila que se dresse la plus haute montagne de Bulgarie, le mont Mousala avec 2925 m.
Le Massif de Rila n'a rien à envier aux Alpes et aux Pyrénées et découvrir le massif l'hiver est un véritable enchantement.
En route pour le Parc National de Rila
Pour me rendre en Bulgarie, j’ai pris un vol de la compagnie Air Bulgaria. Elle est pratique car les vols sont directs entre Paris et Sofia et les tarifs tout à fait abordables.
Je suis en compagnie de Momtchil de l’agence Odysseia-In. Nous partons récupérer Georgi, un de ses amis, à la gare de Samokov. L’ancienne ville minière est surtout connue pour son école de peinture et de sculpture sur bois emmenée par Zahari Zograf, le célèbre peintre d’icônes et de peintures murales. Aujourd’hui, plusieurs de ses œuvres sont exposées dans le musée historique de Samokov comme dans toute la Bulgarie. A deux pas de la gare, la mosquée Bairakli au minaret cannelé est un témoignage des cinq siècles de la présence ottomane.
Direction le Parc National de Rila. On nous dépose sur un parking face à la montagne de Maliovitsa (2729 m) à l’endroit exact où j’avais démarré l’été précédent ma randonnée de trois jours dans le massif du Rila. Mais cette fois, au lieu de remonter la vallée glaciaire et d’aller faire le sommet, on va prendre un autre itinéraire en raquettes.
Jusqu’au refuge Ivan Vazov
+ 1175 m / – 580 m 1,7 kmIl est 8h00 lorsque nous quittons le parking et la vue sur la montagne de Maliovitsa. Nous longeons la route 2/3 minutes et chaussons les raquettes. Pour cette randonnée, je teste le modèle Salewa 999 Pro.
En compagnie du loup
La journée débute tranquillement à travers une belle et grande sapinière. Le profil est d’abord descendant puis plat. Idéal pour se mettre en jambe pour cette grande journée de raquettes. D’autant que le thermomètre est largement en dessous de -10°C.
Il a encore neigé 10 à 20 cm de poudre fraîche la nuit précédente et c’est avec un réel plaisir qu’on progresse entre les arbres. On suit dans un premier temps un balisage rouge. Il deviendra bleu par la suite. Devant nous d’autres traces indiquent que l’itinéraire a été emprunté. Il ne s’agit pas de traces de raquettes ni même de chaussures. On se penche pour regarder de plus près. Assez facilement, on repère des empreintes de deux loups et de l’urine un peu partout sur les arbres et les buissons. Vu l’époque de l’année, il doit certainement s’agir d’un couple en pleine saison des amours.
Traversée des Pins Mugo
Changement de décor lorsque nous entrons dans la végétation de pins mugo. Il s’agit de petits conifères du genre pinus ne dépassant guère les 3 mètres de hauteurs que l’on trouve partout à l’étage subalpin des Balkans.
Ils sont tous mignons ces pins mugos. Sauf qu’il faut les passer. Certes la pente est plus raide. Mais le problème n’est pas là. Il faut dégager la neige accumulée sur les branches, slalomer entre les arbres et éviter de s’emmêler les raquettes dans ce méli-mélo de pins mugo. On fait ça dans la bonne humeur. Et ça nous fait plutôt marrer qu’autre chose.
A la sortie des pins mugo, on se pose sur un rocher qui surplombe un ravin. Momtchil s’approche du précipice et regarde en bas. Une horde de chamois détale et disparaît dans la pinède. On casse la croûte face au soleil.
Le désert blanc de Rila
Au delà du rocher, la plaine de Zeleni Kamak, si verte l’été, est toute blanche l’hiver. Aucun obstacle sur le chemin entre nous et son sommet éponyme (2591 m) où nous devons passer. Ivan Vazov, surnommé «le Patriarche de la littérature bulgare» a écrit un poème sur le massif du Rila où il en parle comme d’un grand désert blanc. Je ne sais pas s’il était venu ici mais les lieux semblent tout à fait correspondre à sa description.
Nous passons la cabane de berger de Kire Chugugno et on poursuit vers le sommet. Il paraît tout prêt mais il doit bien rester encore une heure avant de l’atteindre.
Le refuge Ivan Vazov
On marche quelques instants sur les crêtes. Une mer de nuages noirs arrive droit sur nous. Les contrastes de couleurs sont surnaturels. A l’ouest le ciel vire à l’orange alors qu’à l’est et au nord les nuages plongent le paysage dans un décor obscur à la Tolkien. Je regarde mes compagnons de randonnée et me demande si l’un d’eux n’a pas le « précieux » dans son sac à dos.
A partir du col de Razedla, nous plongeons dans une vallée sombre jusqu’au refuge Ivan Vazov. Situé à 2300 m, il est gardé l’hiver sur demande pour les groupes. Andrei, le gardien, est très sympa et partage avec nous la « pitka », le pain rond traditionnel ainsi que plusieurs razzias de rakia, l’autre tradition des montagnards bulgares. Il nous prépare également une soupe à base de haricots assaisonnée d’une épice locale, la « samardaova » ou un truc qui y ressemble. On complète le repas avec nos victuailles. Malgré le poil à bois allumé dans la salle à manger, il faut rester couvert dans le refuge. La pièce a bien du mal à se réchauffer et elle peine péniblement à passer la barre des 5°C.
Descente par les 7 lacs de Rila
+ 485 m / – 950 m 10,6 km6h45. Le réveil sonne. La nuit a été bonne et le thermomètre n’est pas descendu aussi bas que je le pensais. Il faut dire que les dortoirs du refuge Ivan Vazov sont équipés d’un poil à bois. Nous l’avons fait allumer pendant le diner et l’avons réalimenté au moment de nous coucher. Il a du tourner une partie de la nuit.
Le temps dehors ne donne pas envie de sortir. Il neige et les alentours du refuge sont complètement dans le brouillard. Nous avions prévu de décoller vers 7h30 mais on traine tant qu’on peut en espérant que les conditions climatiques s’améliorent. A 8h30, il faut se rendre à l’évidence, le temps est mauvais.
Départ dans la tourmente
Nous pensions rejoindre le col de Razdela en passant par le sommet de l’Otovishki Vrah (2696 m) et suivre les crêtes. Mais vu la tourmente météorologique, on préfère remonter le même vallon qu’hier. On suit les grands poteaux jaunes et noirs du balisage hivernal. C’est important de bien les suivre en Bulgarie pour éviter les couloirs avalancheux. On ne voit rien à 50 mètres. Il ne fait cependant pas trop froid car le vent est quasi-nul.
On rejoint le col de Razdela et on poursuit un peu sur les crêtes où les bourrasques de vent manquent de nous faire envoler. Une chanson de circonstance me vient très vite en tête : « I believe I can fly » de Robert Sylvester Kelly, alias R. Kelly, un chanteur de R'n'B/Soul. Il faut vite l’oublier et garder les raquettes bien ancrées dans la neige.
Descente vers les 7 lacs
On entame la descente vers le secteur des 7 lacs. C’est l’un des sites naturels les plus réputés de Bulgarie. D’origine glaciaire, il réunit l’été des milliers de randonneurs tous les jours car le secteur est accessible par un télésiège. Tous les 19 août se tient également le rassemblement annuel des disciples de Peter Danov, le fondateur du mouvement sectaire de la Fraternité blanche. Ils célèbrent leur nouvel an en se rassemblant près du lac Babreka pour y effectuer des danses rituelles dans de grands cercles concentriques, les paneurythmies.
L’hiver tout est plus calme. On court dans les descentes, on traverse les lacs gelés.
Refuges Sedemte Ezera et Rilski Ezera
Au lac de Ribnoto Ezero, Momtchill stoppe sa progression sur le lac et tâtonne l’épaisseur avec ses bâtons. Visiblement, l’eau n’est pas loin. Il décide de poursuivre sa traversée du lac tandis que Georgi et moi-même le contournons pour être sûr d’éviter le plongeon. Bon finalement, personne n’ira à l’eau.
On est au refuge Sedemte Ezera (2196 m). On pousse la porte. On est accueilli par Vania, la gardienne, qui reste ici tout l’hiver. Il y fait presque aussi froid que dehors, le vent en moins. Elle nous offre le thé et lui laissons les fruits qui nous restent. En quittant le refuge, elle tient à nous montrer à l’extérieur la carcasse d’un sanglier en partie dévorée par les renards.
Toujours sous la neige, on rejoint en une grosse demi-heure le refuge Rilski Ezera (2150 m). Plus moderne, avec salon, TV, restaurant et wifi, il ressemble plus à un hôtel qu’à un refuge. Il faut dire que les bulgares peuvent y accéder en télésiège. On y déjeune. Je prends le temps de partager quelques photos sur la page Facebook d’I-Trekkings.
Vallée de Skakavitsa
Pour finir la randonnée en raquettes, nous progressons sur la ligne de crête de Suhia Chal et rejoignons la réserve naturelle de Skakavitsa par une belle forêt d’épicéas. Face à nous les cascades en glace de Skakavitsa, le plus célèbre site d’escalade sur glace de Bulgarie.
Nous poursuivons jusqu’au refuge Skakavitsa (1876 m), le premier du massif de Rila, que nous atteignons par un itinéraire bis offrant de belles possibilités de saut à raquettes.
On laisse dérouler tranquillement jusqu’à la route où un taxi nous récupère et nous dépose à Sapareva Banya reconnue pour ses sources chaudes en plein air.
La fête de Koukeri
Il serait dommage de venir arpenter les montagnes de Bulgarie sans découvrir le patrimoine culturel du pays. Ça passe par la nourriture, l’extraordinaire richesse des monastères et des icônes orthodoxes, les villages pittoresques des montagnes.
Après la randonnée en raquettes, j’ai pu assister à la fête de Koukeri qui a lieu de janvier à mars dans de nombreuses cités de Bulgarie. Cette coutume bulgare d’origine païenne réunit des hommes et des femmes portant des masques hideux et des costumes traditionnels ceinturés de cloches pour éloigner les mauvais esprits à l’arrivée du printemps et avoir de bonnes récoltes.
Informations pratiques
Comment s’y rendre ?
Air Bulgaria propose des vols quotidiens directs pour Sofia depuis l’aéroport de Paris CDG. Pour trouver votre billet d’avion au meilleur prix, utilisez notre comparateur de vols.
Pour rejoindre, le départ de la randonnée à raquettes, prendre le bus depuis Sofia pour Samokov, puis un taxi.
Quand partir ?
Les deux mois les plus propices à la raquette à neige sont les mois de février et de mars.
Difficulté
Si cette randonnée en raquettes de deux jours ne présente aucune difficulté technique, elle s’adresse à de bons marcheurs en raison des temps de marche et des dénivelés importants.
Avec qui partir ?
Cette randonnée en raquettes a été réalisée avec Odysseia-in, un tour-opérateur bulgare basé à Sofia. Spécialisé dans l’organisation de voyages d’aventure à pied, en raquettes et à ski, il est aussi impliqué dans le développement de projets écotouristiques visant à protéger l’environnement et à valoriser les cultures et les traditions locales.
Odysseia-in organise des voyages à la carte et sur mesure pour des groupes constitués dès 2 personnes. Il est aussi réceptif d’agences de trek françaises comme Allibert, UCPA et Terres d’Aventure.
Bibliographie
- Lonely Planet Bulgarie
- Carte routière Michelin Bulgarie
- Rila Tourist Map 1 :50 000 (anglais-bulgare)
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