Huit jours à vélo à travers la Bavière, au départ de Salzbourg : 720 km plus loin, nous voici à Bregenz. Voici le récit de cette aventure à deux roues entre Allemagne, Suisse et Autriche.
La génèse du projet
Notre périple annuel a commencé à prendre forme en début d’année 2026. Tout doucement, l’idée d’une itinérance à vélo a fait son chemin dans nos têtes et, après avoir pas mal traîné sur les cartes, la Bavière s’est peu à peu détachée du lot.
Dans un premier temps, nous imaginons une version mêlant vélo et quelques parenthèses en randonnée vers les sommets. Mais après un mois d’avril presque estival, le début du mois de mai prend une bien mauvaise direction… Une période froide et humide s’annonce, au point que l’on commence à envisager des alternatives plus au sud, comme les Apennins en Italie.
Finalement, nous gardons le cap sur la Bavière, en croisant les doigts pour que le temps se maintienne, tout en adaptant notre projet initial. L’enneigement exceptionnel de 2026 — au regard des dernières années… — coupe court à l’idée d’ajouter quelques sommets à notre périple. La veille du départ, nous optons donc pour une traversée intégrale à vélo de la Bavière, entre Salzbourg et Bregenz, sur les bords du lac de Constance.
Côté organisation, je récupère Rudi, qui arrive de Dijon, à la gare de Valserhône. Nous prenons ensuite la route jusqu’à Bregenz. Une nuit, deux trains, et nous débarquons dans la ville de Mozart : Salzbourg.
J1 : Salzburg- Berchtesgaden
+ 230 m / – 66 m 24 kmLa première journée est consacrée au réveil du corps, sous un beau soleil, qui nous mène tranquillement de Salzbourg à quelques kilomètres du Königssee. On est rapidement conquis par l’itinéraire cyclable qui longe la rivière Salzach : une piste dédiée, suivie de petites routes secondaires qui nous tiennent à l’écart des grands axes.
Si toute notre traversée se déroule de cette manière, ça risque d’être royal… !
Petite journée donc, que nous terminons par une courte randonnée au-dessus du camping. Elle nous mène, un peu par hasard, vers un bunker situé au pied du « Nid d’Aigle », tristement célèbre pour avoir été l’un des lieux de villégiature privilégiés d’Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale. De quoi ouvrir le débat sur la nécessité — ou non — de préserver certains sites.
J2 : Berchtesgaden – Prien am Chiemsee
+ 888 m / – 944 m 98 kmNous démarrons notre deuxième journée par un site d’exception : le Königssee, sorte de fjord norvégien posé au milieu des Alpes. Nous n’en verrons que l’embarcadère, mais c’est déjà suffisamment impressionnant pour nous donner envie de revenir.
Nous prenons ensuite la direction de Bad Reichenhall.
Notre traversée de la Bavière étant un poil improvisée, elle se construit au fil des discussions qui animent nos premières journées de vélo. On sait qu’à un moment, on devrait croiser le château qui a inspiré Disney : Neuschwanstein. Bon, on va garder « le château Disney », ce sera plus simple à prononcer.
On en profite aussi pour ajouter au voyage deux autres châteaux construits par Louis II de Bavière : Linderhof et Herrenchiemsee, qui se trouvent « à peu près » sur notre parcours.
On s’enfonce tout doucement dans les Alpes et nous sommes déjà conquis par le printemps bavarois, qui bourgeonne, fleurit et sort lentement de l’hiver. Nous ne sommes pas seuls sur les pistes cyclables entre Bad Reichenhall et Inzell, mais il faut dire que le réseau est tellement dense et bien aménagé qu’il serait dommage de s’en priver.
On s’arrête de temps en temps à la terrasse d’un café, simplement pour faire une pause et laisser filer le temps. Nous découvrons aussi ce qui deviendra notre rituel quotidien : les charcuteries allemandes, les fameuses Metzgerei. L’équivalent du temple de la saucisse et de la viande ! Rien de tel qu’un panorama de la Wurst pour illustrer ça.
Petite astuce bien pratique : les charcuteries proposent presque toujours des petits pains ronds pour composer des sandwichs. Une fois la saucisse choisie, il ne reste plus qu’à ajouter un cornichon, et c’est parti pour le sandwich du jour.
On ne va pas se mentir : notre traversée de la Bavière, agrémentée des châteaux de Louis II, nécessite « quelques » kilomètres bonus sur le papier… et quelques dizaines de kilomètres bonus dans la réalité 😊. Entre le camping qui n’accepte pas les tentes, les détours imprévus et l’aller-retour nécessaire pour rejoindre Linderhof, tout cela nous permettra de « maintenir » sans trop de difficulté nos 100 kilomètres quotidiens…
J3 : Prien am Chiemsee – Schlliersee
+ 941 m / – 673 m 84 kmFinalement, la semaine qui, d’un point de vue météo, devait être froide et humide, fait bien plus que se maintenir ! On profite de chaque journée, parce que les nuits sont très, très fraîches et nécessitent de sortir le « pyjama » grand froid : doudoune, bonnet, pantalon, chaussettes…
Le temps plutôt clément nous incite même à rentrer un peu plus dans les vallées alpines, que l’on avait mises de côté dans un premier temps.
Nous prenons la direction de Fischbachau et tombons sur une magnifique piste typée gravel, bien loin des turpitudes de la route. Et chose non négligeable : notre première crevaison… ! De quoi utiliser la totalité de nos solutions de réparation : rustine, bombe anticrevaison et, enfin, chambre à air. Le all inclusive du dépanneur !
Mais tout est bien qui finit bien, avec une magnifique soirée au bord du lac de Schliersee.
J4 : Schlliersee – Wackersberg
+ 948 m / – 1010 m 95 kmGalvanisés par l’ambiance alpine, nous repensons les quelques jours à venir pour conserver ce cadre magnifique des Alpes bavaroises, sublimé par les ambiances lacustres du secteur.
Au programme : Tegernsee et Sylvensteinsee, toujours sur pistes, parfois un peu physiques, mais dans une ambiance tellement plus naturelle que les accotements des routes départementales.
Mention spéciale pour l’itinéraire d’accès à la ville de Bad Tölz. Sur le papier, il semblait longer une route assez peu intéressante, mais il finit finalement par jouer avec la rivière Isar, pour notre plus grand plaisir.
J5 : Wackersberg – Grainau
+ 843 m / – 833 m 102 kmDès la préparation du périple, nous avions envisagé d’intégrer l’ascension de la Zugspitze, en passant par Garmisch-Partenkirchen. Mais l’idée s’était rapidement évanouie au vu de l’enneigement exceptionnel de 2026. Passer par cette station emblématique des Alpes allemandes est cependant resté dans notre projet.
J6 : Grainau – Ehrwald
+ 1958 m / – 1634 m 103 kmComme nous ne sommes jamais à l’abri d’une idée « intelligente », on se dit qu’à défaut d’aller au sommet, on va en faire le tour… Le Zugspitze Tour est né !
Au programme, dans le sens horaire : Garmisch, Mittenwald, puis passage en Autriche par Unterkirchen, redescente du côté de Telfs et remontée par Dormitz.
S’ensuit une magnifique, mais violente, remontée par une piste qui mène au col de Fernpass. Au vu de l’ambiance alpine, presque médiévale, du passage, on imagine assez facilement qu’il s’agit de l’ancien chemin d’accès.
Certes, c’est extrêmement raide, mais compte tenu de l’intense circulation des camions sur la route principale, on préfère quand même en ch*** ici !
Il est déjà tard quand nous ravitaillons légèrement à Ehrwald… Et le mot « légèrement » prend ici toute son importance. On apprendra une heure plus tard qu’il aurait mieux valu charger un peu plus le caddie, si l’on ne voulait pas dîner avec notre petit déjeuner…
Un aller-retour pour un camping qui n’existe plus, suivi d’une petite remontée vers un camping sans charme et hors de prix, viendront conclure la journée. Malgré cette fin en queue de poisson, on est contents d’être arrivés au bout de notre presque tour de la Zugspitze !
J7 : Ehrwald – Oberstdorf
+ 1435 m / – 1690 m 114 kmLa fin du voyage s’annonce moins alpine. On sort progressivement des Alpes, direction l’Allgäu et ses magnifiques paysages de préalpes verdoyantes.
C’est aussi un clin d’œil au passé et à notre Transalpine de 2011. On passe par Lermoos pour revoir le fameux « Happy Camping », qui nous avait tant fait marrer à l’époque.
On crochète ensuite par Neuschwanstein, avant de dormir à Oberstdorf, autre étape d’il y a quinze ans, après encore une belle journée sur le vélo.
J8 : Oberstdorf – Bregenz
+ 605 m / – 989 m 97 kmLa semaine a été dense. On rejoint donc Bregenz par l’itinéraire le plus long, mais le moins physique, histoire de sortir progressivement du voyage et de retrouver les berges du lac de Constance pour une dernière soirée ensoleillée.
Finalement, c’est assez bluffés par la qualité des pistes cyclables, goudronnées ou non, et par la diversité des paysages traversés que nous terminons cette traversée de la Bavière. Partis sans trop savoir à quoi nous attendre, ni vraiment vers quoi pédaler, nous repartons avec le sentiment d’avoir découvert une itinérance qui restera marquée dans nos esprits.
Entre Alpes, lacs, prairies verdoyantes et villages bavarois, le terrain s’est révélé bien plus riche que prévu. Nous sommes même étonnés que, vu de France, la Bavière ne soit pas davantage mise en avant comme destination vélo, tant la qualité et la densité de son réseau cyclable sont impressionnantes.
Une belle surprise donc, née d’un projet un peu remanié au dernier moment, mais qui nous rappelle qu’un voyage n’a pas toujours besoin d’être parfaitement dessiné à l’avance pour laisser une vraie trace.
Informations pratiques
Comment s'y rendre ?
Pour rejoindre Salzbourg, il est facile de prendre un train depuis Bregenz, au sud du lac de Constance, avec une correspondance à Munich. Il faut simplement penser à réserver une place pour le vélo ; une fois cette étape faite, tout est plus fluide qu’en France.
Topoguides et cartes
Bikeline – Bodensee-Königssee-Radweg : C’est le guide le plus cohérent avec notre traversée : il couvre l’axe Lindau/Bodensee → Allgäu → Füssen → Chiemgau → Berchtesgaden/Königssee, soit une grosse partie de ce que nous avons fait. C’est plus de 460 km de traversée des préalpes bavaroises.
En complément les cartes suivantes au 1/70 000 peuvent être intéressantes :
- KOMPASS 3345 – Oberschwaben / Unterallgäu / Bregenz – 1:70 000
- KOMPASS 3344 – Ostallgäu / Pfaffenwinkel / Außerfern – 1:70 000
- KOMPASS 3350 – Füssen / Garmisch-Partenkirchen – 1:70 000
- KOMPASS 3337 – Münchens Süden / Alpenvorland – 1:70 000
- KOMPASS 3335 – Chiemsee / Chiemgauer Alpen – 1:70 000
- KOMPASS 3336 – Berchtesgadener Land / Salzburg – 1:70 000
- Option seulement si besoin : KOMPASS 6 ou 36 en 1:50 000 pour Karwendel / Innsbruck
Difficulté de l'itinéraire
Hormis le tour du Zugspitze, l’ensemble de l’itinéraire est de difficulté moyenne. Les étapes peuvent être raccourcies ou allongées selon les envies. En revanche, un gravel ou un VTT — un semi-rigide suffit — est indispensable pour certaines portions sur pistes.
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