Une longue marche dans la nuit

Destination : Tadjikistan » Asie | Montagne : Pamir | Activité : Randonnée  | 


Sous les étoiles - Trek solo au Pamir
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Je redoute avant tout de perdre mes capacités physiques : la fatigue, le sommeil, les poumons qui se remplissent d’eau… Je ne veux pas m’arrêter, de peur de n’avoir la force de repartir. J’avance en longeant le lac, même dans le noir total de la nuit, je devine cette masse sombre qui me guide. Mes pieds tapent sur les pierres régulièrement.

Après 2 heures je décide de faire une pause. En fait je ne décide pas, mon corps m’y oblige: je tombe de sommeil et de fatigue. Je m’accorde 5 minutes assis sur une pierre, et règle l’alarme de ma montre, redoutant de m’endormir longtemps. Cela suffit pour recharger les batteries, et continuer 20 minutes. Je recommence ainsi plusieurs fois. Plus le temps passe, moins je marche efficacement. Je commence à tituber, marcher les yeux fermés quelques secondes à chaque fois que je repère une portion bien plate et droite.

Vers 4h ou 5h, j’arrive au bout du lac, puis de la grande plage de l’extrémité est. Pas loin devrait se tenir la yourte vide que j’avais vu. Impossible de voir quoi que ce soit. Je me met au bord de la rivière qui doit me séparer de la yourte, et crie, plusieurs fois. Aucune réponse. J’insiste. Après l’échec de trouver une habitation près de ma tente, j’ai marché toute la nuit avec comme unique espoir cette yourte au bout du lac. Même si la chance était mince que quelqu’un réponde à mes cris dans la nuit, c’est en parti cet espoir qui m’a fait avancer toute la nuit. Je n’avais pas à réfléchir ces dernières heures : marcher, me déplacer de quelques kilomètres dans ces montagnes, pour me rapprocher de mon unique espoir. Maintenant je suis confronter à la réalité : je crie dans la nuit et le vent, mes cris sont destinés à une yourte que je ne vois pas, et qui je pense est de l’autre côté d’une rivière que je ne peux franchir; je suis toujours isolé, sans aucune solution pour m’en sortir; quel progrès par rapport au début de la nuit… Considérer les choses ainsi est effrayant ! Alors que ces pensées occupent mon esprit, je crois entendre des chiens au loin. Je n’en suis pas certain, je suis épuisé, mes espoirs déçus me font douter de mes sens. Je veux juste m’allonger, à l ‘abris du vent, me reposer un peu…

Je trouve les ruines d’un abri de berger, et me couvre au maximum. Je prend soin d’accrocher ma montre-alarme à mon oreille avec un élastique, ayant trop peur de ne pas me réveiller. Je me dis que j’ai fait le maximum cette nuit. Quelque part, je suis fier d’avoir réussi à marcher toute la nuit, cela me donne confiance, je vais m’en sortir. Avant je dois avoir un peu de repos. Roulé en boule je tombe très facilement dans le sommeil…

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