Carnet d'ascension du Mont Kenya, plus haute montagne du Kenya (5199 mètres) et second sommet d'Afrique derrière le Kilimandjaro. Le Mont Kenya (du Kikuyu Kirinyaga signifiant selon certains « montagne de l'autruche » et « Montagne brillante » selon d'autres) possède trois principaux sommets : les pics Batian (5199 m) et Nelion (5188 m), et la pointe Lenana (4985 m). C'est à cette dernière que nous nous attaquons. Les deux premiers sommets étant réservés aux alpinistes confirmés. Situé à peine à 300 km du Kilimandjaro, le Mont Kenya reste dans l'ombre de son voisin. Il n'a pourtant rien à envier au toit de l'Afrique bien plus fréquenté. C'est avec Atalante que j'ai réalisé cette ascension du Mont Kenya.
Le Mont Kenya
Le mont Kenya, situé pratiquement sur l'équateur, au centre du Kenya, avec une altitude de 5 199 m, est le deuxième sommet du continent africain. C'est un grand cône volcanique de 120 km de diamètre de base, qui fut en activité de 3,1 millions d'années jusqu'à 2,6 millions d'années avant notre ère et qui s'élevait alors probablement à 6 500 m. Le Mont Kenya devait alors ressemblait au Kilimandjaro mais son cratère s'est progressivement érodé pour laisser place aux pics Batian (5199 m) et Nelion (5188 m) et à la ponte Lenana (4985 m).
La montagne recèle encore les vestiges de onze glaciers, tous en régression rapide, et comporte quatre pics secondaires surplombant des vallées glaciaires échancrées en forme de U. Avec ses sommets accidentés couronnés de glaciers et ses pentes intermédiaires boisées, le mont Kenya représente l'un des paysages les plus diversifiés d'Afrique de l'Est. Le Mont Kenya jouit d'une flore endémique, à la fois alpine et tropicale. Près de 900 espèces ont été recensées. On distingue six étages de végétation, allant de la steppe jusqu'aux glaciers. Jusqu'à 2000 m, le paysage est dominé par les cultures. On débouche ensuite sur la forêt vierge, qui s'étend jusqu'à 3600 m environ. Les animaux qui peuplent le parc sont légion : des hyènes (déjection observée jusqu'à 4000 mètres), des perroquets, des babouins, des buffles, des antilopes, des éléphants, des léopards… Pour protéger cet écosystème, le Mont Kenya est un parc national inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1997.
Arusha – Nairobi
18 juillet, 20h06. Atterrissage au Kilimandjaro airport et transfert à l'Oasis Lodge, mon hôtel à Arusha. Je ne vois rien à travers les vitres du 4×4. Il fait nuit noire.
Je me rends au bar restaurant pour y manger : ambiance cool et anglosaxone sur fond de Muse. Idéal pour un burger et une Kilimandjaro (bière locale).
22h52, plus d'électricité. Les plombs ont sauté. Un brin d'Afrique… Rien d'autres à faire que se coucher… ça tombe bien, je suis fatigué.
20 juillet. Transfert en bus pour Nairobi. 6h30 de trajet, un passage de frontière rapide et installation à la Methodist Guesthouse de Nairobi. Je reste une journée pleine à Nairobi pour visiter la ville. Le moins que je puisse dire, c'est que je n'aime pas beaucoup cette capitale. Je n'aime pas les villes, rien d'étonnant.
Demain, je rencontre le reste du groupe Atalante avec qui je vais gravir le Mont Kenya puis le Kilimandjaro en Tanzanie.
J1 : Nairobi – Chogoria – Mont Kenya Lodge
+ 560 m 2h00Nairobi. 8h00. Je rencontre mes camarades d'ascension débarqués directement de l'aéroport de Nairobi. Ce sont 4 amis ayant fait des études d'ingénieur ensemble plus un frère. Départ en minibus pour le village de Chogoria à l'est du Mont Kenya. Aux portes du parc national, les villages vivent de l'agriculture (café, haricots, bananes…). Comme toutes les régions montagneuses d'Afrique, le Mont Kenya donne naissance à deux fleuves – le Tana et l'Ewaso Ngir – et apporte l'eau nécessaire aux cultures et à l'irrigation. Le contraste est saisissant avec les savanes traversées en cours de chemin.
Nous prenons un pique-nique à Chogoria puis nouveau départ à l'arrière d'un pick-up, les uns serrés contre les autres. En route, le chauffeur nous dépose au cœur de la forêt. La fin se fait à pied en suivant la piste qu'empruntent les deux 4×4 avec à leur bord l'équipe locale. La piste traverse une épaisse forêt tropicale humide, puis une petite forêt de bambous. Quelques traces attestent de la présence d'éléphants et de buffles. Le ciel est toujours aussi gris. Plus haut, les arbres disparaissent au profit d'une herbe rase. Difficile d'y voir clair car nous sommes au cœur des nuages. Les premiers baraquements du camp se devinent. Ici une tête de buffles, là des arbres aux formes fantasmagoriques. Un paysage à la Tim Burton !
Installation au Mont Kenya Lodge (2950 m) dans de petits bungalows avec le confort nécessaire (lit, douche tiède, toilette, cheminée). Nous sommes six à voyager. Pour nous accompagner, l'équipe locale se compose d'un guide francophone (James), d'un guide anglophone (Joseph), d'un cuisinier, de deux aides cuisinier et de 21 porteurs. Une expédition impressionnante qui n'est pas sans rappeler celles du 19e siècle, fusils et revendications religieuses ou politiques en moins.
Le soir, Joseph, notre guide anglophone, nous interdit formellement de sortir car les buffles rodent dans le coin. Sur ces mots, chacun part se coucher, des rêves de montagne plein la tête.
J2 : Mont Kenya Lodge – Nithi Camp
+ 400 m / -50 m 2h30Mont Kenya Lodge, 7h15. Je sors du bungalow. Le temps est clément. Découverte des alentours qui étaient hier dans le brouillard. Des traces de buffles récentes jonchent l'herbe. Mais, je ne les ai pas entendus cette nuit. Face au campement, le massif du Mont Kenya dont on ne voit pas encore les cimes.
Petit-déjeuner. Avant de partir, les porteurs se répartissent les charges : vaisselle, tentes, nourriture. 10 pommes de terre chacun, ni plus ni moins !
9h30. Départ de la journée de marche. Le sentier serpente à travers une végétation rase parsemée par endroits de bosquets d'arbres. La montée progressive et tranquille rejoint Nithi Camp à 3300 m. Temps maussade désormais. Les tentes sont déjà installées (merci aux porteurs). Nous découvrons que nous allons passer nos nuits sous tente sur un lit de camp. Royal !
À deux pas, une rivière coule paisiblement. Des étourneaux à aile rouge y font régulièrement des allers-retours en traversant le camp. Je l'ai suis et rencontre mes premiers séneçons géants (une des 11 espèces de séneçons). Ce sont d'étranges arbres au tronc rugueux et aux feuilles de choux verts. Leurs troncs font office de réservoir d'eau.
Petite balade l'après-midi pour rejoindre de jolies chutes d'eau dont une d'environ 40 mètres. Dommage que le ciel soit si couvert. Pluie sur le retour…
18h30. Repas puis dodo. Finalement, la nuit sur lit de camp ne s'avèrera pas si agréable, bien au contraire. Difficile de se retourner ou même de bouger.
J3 : Nithi Camp – Minto's Camp
+ 1000 m / -70 m 5h007h30. Le ver de soleil sur la plaine qui entoure le Mont Kenya.
8h30. Départ. Aujourd'hui, on commence vraiment la randonnée. Le sentier monte en pente douce à travers la zone des bruyères géantes. Certaines peuvent atteindre quatre mètres. La brume ne tarde pas à nous rattraper puis se dissipe.
Joseph s'arrête et nous montre un petit python du bout d'un bâton de marche.
La végétation s'espace peu à peu. Les porteurs nous dépassent vers 3800 mètres. Le rythme n'est pas rapide mais chacun expose ses craintes quant au mal des montagnes. Le temps change beaucoup. On ajoute, puis on enlève des épaisseurs de vêtement de façon successive.
Le passage des 4000 mètres coïncide avec l'apparition des premiers maux de tête. Effet psychologique ? C'est aussi à cette altitude que d'étranges arbres apparaissent. Il s’agit de la flore de l’étage afro-alpin, écosystème unique au monde. C'est le royaume des Lobélies et des Séneçons géants, lointains cousins équatoriaux de nos pissenlits et marguerites. Le lobélie géant est une sorte de saucisse poilue dressée vers le ciel qui amuse. Photo souvenir !Pique-nique à l'abri d'un rocher, puis derniers pas au coeur du volcan éteint avant d'atteindre Minto's Camp à 4200 mètres d'altitude. Situé au coeur d'une dépression, dont seuls quelques séneçons géants émergent au pied des tentes, le campement est à deux pas du lac Michaelson.
Le mal d'altitude continue à produire ses effets. Je pars me coucher. Je m'endors difficilement et me réveille pour le repas. Benoît n'est pas bien, et moi pas mieux. On se met à l'écart on régurgite ce qui restait dans l'estomac.
Le repas est vite avalé à la lumière des bougies. Wait and see for tomorrow…
J4 : Minto's Camp – Ascension du Mont Kenya – Old Moses Camp
+ 1000 m / -1900 m 10h303h15. La nuit a été courte mais bonne. Le ciel est pur, la voûte étoilée superbe. Un bon signe.
3h45. Départ de l'ascension du Mont Kenya à la frontale. Direction la pointe Lenana (4985 mètres), un des trois sommets du massif du Mont Kenya, le seul à être accessible aux trekkeurs. Les deux autres : la pointe Batian (5199 mètres) et la pointe Nelion (5188 mètres) sont réservées aux alpinistes.
Découvert en 1849 par le missionnaire, explorateur et linguiste allemand Johann Ludwig Krapf, le Mont Kenya a été gravi pour la première fois par Halford Mackinder cinquante ans plus tard en 1899. Aujourd'hui, se rendre à la pointe Lenana n'est plus un parcours aussi engagé qu'à l'époque. Les connaissances de la montagne et les équipements sont bien meilleurs. Il faut dire aussi que les conditions météos ont bien changées. Tous les glaciers africains sont menacés de disparition. Au Mont Kenya, on recensait 18 glaciers à l'époque d' Halford Mackinder. 7 ont disparu depuis. Et la calotte glaciaire continue de fondre à vue d'oeil. 40% de la calotte glaciaire a fondu depuis 1963.
L'ascension débute tranquillement, traverse à plusieurs reprises quelques points humides et cours d'eau. On fait une pause. Je lève la tête vers le sommet dont on ne voit pas la cime. Je l'imagine et lui donne rendez-vous à tout à l'heure.
Joseph reprend l'allure. La pente s'accentue peu à peu. Les efforts deviennent plus intenses avec l'altitude. La végétation se raréfie puis disparaît. Le souffle vient à manquer, les maux de tête réapparaissent mais le groupe reste d'attaque. Nous passons des lacs d'altitude. Vincent s'arrête et vomit son petit déjeuner. Il ressent aussi quelques vertiges. Sur l'échelle de gravité d'Astruc, qui permet d'évaluer la gravité du mal des montagnes, cela équivaut à 3 points (un pour chaque symptôme dans le cas présent). C'est encore un mal des montagnes léger mais il ne faudrait pas que d'autres symptômes s'ajoutent. Il faudrait alors redescendre. Joseph prend alors le sac de Vincent pour l'aider à continuer.
La pente s'accentue encore. 30° à vue d'oeil mais suis-je encore si lucide ? Le sol est glissant. Je m'appuie correctement sur les bâtons pour passer ce ressaut. Le cœur bat la chamade. Avancer coûte que coûte. Nous arrivons aux premiers rochers juste sous la pointe Lenana. Le soleil s'est levé il y a cinq minutes à peine. Il nous éclaire de ses rayons orangés. Je me tourne et regarde mes camarades. Si certains semblent en forme, d'autres ont le visage marqué par l'effort. James n'a pas l'air bien non plus. Aujourd'hui, un porteur lui a prêté des chaussures de montagne. Il était monté jusqu'à hier en chaussure de ville. Suis-je en forme ? Fatigué, c'est sûr avec un petit mal de tête mais ça semble aller. Au loin, une mer de nuages envahit la plaine. Nous en profitons pour recharger nos batteries. Boire et manger pour tenir le coup.
Nous laissons les sacs derrière un rocher et escaladons les derniers rochers pour atteindre les 4985 mètres de la point Lenana. Photo souvenir. L Kilimandjaro est visible à 300 kilomètres de là. En contrebas, le glacierLewis est encore dans l'ombre. Joseph me confirme que les glaciers fondent comme neige au soleil. Le ciel est clair, l'air froid et sec, les esprits vagabondent. Il est temps de redescendre vers le refuge Shipton.
Une fois passée le passage rocheux escaladé à la montée, le sentier descend par une partie raide et glissante puis par un long pierrier. Je choisis (involontairement) ce moment pour extirper ce qui me reste de solide dans l'estomac. Je n'étais pourtant pas au plus mal à ce moment-là. Effet psycholoqique ou pas, je finis la descente jusqu'au refuge dans un état fébrile. Les jambes vacillent, mes forces s'effritent… Située au cœur d'une très jolie forêt de séneçons, la vallée est un des plus beaux panoramas du trekking. Petit-déjeuner au refuge pour les valides, sieste pour les éclopés comme moi. 1h30 plus tard, les malades le sont toujours. Joseph prend la décision de descendre au refuge d'Old Moses à 3300 mètres pour ne pas prendre le risque d'être confronté à un œdème. Je suis d'accord, mieux vaut descendre même si cela ajoute 4h30 de marche à la journée sur un terrain boueux, sous un ciel couvert, parfois sous la pluie, sans rien dans le ventre. Un vrai calvaire en somme…
Après 10h30 de marche et 12h00 après le réveil, le refuge Old Moses est en vue. Une vraie bénédiction…
J5 : Old Moses Camp – Sirimon Gate
-670 m 2h00Au petit-déjeuner, le groupe a le sourire. Tout le monde est ok. Les effets de l'altitude sont derrière nous. La nuit a été bonne et les lits ont été appréciés. Adieu aux lits de camp !
Descente par la voie Sirimon. La piste rejoint la forêt ombrophile habitée par les éléphants, les buffles, les colobes et de nombreux oiseaux.James nous impose le silence. Un éléphant a quelques minutes plutôt chargé un groupe de randonneurs américains contraits de prendre la fuite devant le mastodonte.
A la porte du parc national, nous prenons un camion pour rejoindre un hôtel en périphérie. Joseph nous quitte (merci à toi). Douche. Repas puis transfert pour Nairobi.
Informations pratiques
Avec qui faire le Mont Kenya ?
Cette ascension du Mont Kenya a été réalisée avec l'agence Atalante.
Niveau
L'ascension du Mont Kenya par la pointe Lenana (4985 m) ne présente pas de difficultés particulières pour les randonneurs entraînés. Sans difficulté technique, il n'y a pas besoin de matériel de haute-montagne comme le piolet. C'est un trekking qui nécessite néanmoins une bonne endurance.
Les pointes Batian (5199 m) et Nelion (5188 m) sont réservés aux alpinistes.
Conseils pour réussir son ascension
- Trois ou quatre mois avant le départ, effectuez une remise en forme en pratiquant un sport d'endurance (natation, vélo, course à pied…) ;
- Montez lentement pour accroître votre temps d'acclimatation et maximiser vos chances d'atteindre la cime. Ceci est primordial sur le Mont Kenya comme sur le Kilimandjaro car les dénivelés journaliers dépassent les 500 mètres recommandés au-delà de 3500 m d'altitude ;
- Buvez de l'eau en abondance : plus de 3 litres par jour, pas d'alcool ;
- Cessez de fumer ;
- Manger régulièrement et en quantité suffisante (mais pas trop non plus). Préférez les aliments énergisants (riz, céréales, pain…) aux graisses.
Période favorable
La meilleure saison pour gravir le Mont Kenya va de janvier à mi-mars et entre août et septembre (saison sèche).
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