En octobre 2024, j’ai eu le privilège de passer cinq jours et quatre nuits dans les Alpes dans le massif du Dévoluy afin de finaliser mon diplôme d’accompagnateur en moyenne montagne.
Même si le stress était bien présent, j’ai découvert un massif calcaire magnifique en ce début d’automne. Entre crêtes minérales, forêts profondes et vallons suspendus, cette itinérance restera un souvenir marquant que j’avais envie de partager.
Le rendez-vous était fixé à la gare du village de Lus-la-Croix-Haute. Certains d’entre nous étaient arrivés en train, un moyen très pratique pour rejoindre le point de départ de la randonnée. Après un dernier briefing avec notre formateur, nous nous lançons dans cette aventure de cinq jours au terme de laquelle nous espérons tous obtenir notre diplôme d’AeM. La totalité du parcours est de 54.4 km pour un dénivelé positif et négatif de -3200 m.
J1: Gare de Lus-la-Croix-Haute – Roc de Rimat
+ 587 m / – 32 m 7,3 kmLe dénivelé est modéré pour cette première journée, mais les sacs sont lourds : près de 18 kg chacun. Notre objectif est de rejoindre le secteur de la cabane et de la source du Roc de Rimat pour notre premier bivouac.
Nous traversons le village de Lus-la-Croix-Haute puis longeons le Buëch. Au détour de la rivière, nous apercevons un héron cendré qui vient d’empaler une truite fario grâce à son long bec.
La montée débute dans une forêt de sapins. Quelques geais lancent leurs cris rauques et perçants pour prévenir les autres espèces de notre présence. Le chemin est large et carrossable, et nous croisons rapidement des chasseurs avec qui nous échangeons quelques mots pendant une pause.
Nous atteignons notre lieu de bivouac en milieu de journée. Les sacs tombent au sol, les bâches et les cordes sortent des sacs : il est temps de préparer notre première nuit sous les étoiles du Dévoluy. La petite cabane servira surtout d’abri pour stocker sacs et chaussures et éviter l’humidité du matin.
J2 : Roc de Rimat – Cabane de la piste du Col des Tours
+ 645 m / – 755 m 7,7 kmDépart tôt le matin après un petit déjeuner bien copieux. Nous progressons dans la zone de combat, entre prairies d’altitude et pins à crochets. Nous avançons en silence, dans l’espoir d’apercevoir un grand tétras… mais la rencontre n’aura pas lieu cette fois-ci.
Peu à peu, la végétation disparaît. La pente se raidit et le vent s’invite lorsque nous approchons des crêtes. La vue devient spectaculaire sur la Tête de Garnesier et le Roc de Garnesier.
Quelques vautours fauves apparaissent alors au dessus de nous, suffisamment proches pour entendre le sifflement de leur ailes. Au loin on croit deviner des chamois qui bondissent dans les éboulis calcaires tandis que d’autres, moins farouches, restent couchés dans le gispet.
Nous suivons ensuite le fil de la crête avant de redescendre en forêt. Le temps change rapidement et la pluie fait son apparition. Protégés tant bien que mal par les arbres, nous rejoignons une modeste cabane pour la nuit. Nous devions bivouaquer dehors, mais au vu de la météo, dormir à l’abri sera finalement une excellente option.
J3 : Cabane de la piste du Col des Tours – Chalet pastoral de Chazal
+ 761 m / – 632 m 12,9 kmNous repartons le lendemain matin heureux d’avoir dormi au sec. Les paysages deviennent de plus en plus spectaculaires.
Pendant la pause déjeuner, nous improvisons un atelier naturaliste. L’objectif est d’apprendre à reconnaître les espèces selon l’altitude et l’exposition des pentes. De l’étage collinéen à l’étage subalpin, nous recensons différentes espèces de faune, de flore et d’insectes, que nous décrivons et observons ensemble.
Nous reprenons ensuite notre chemin en direction de la célèbre dalle aux ammonites. Nous passons un long moment à observer ces fossiles parfaitement visibles dans la roche, fascinés par ces traces d’un passé vieux de millions d’années.
À notre arrivée, nous installons notre bivouac contre le chalet qui est fermé, et nous savons que la nuit va s’annoncer plus fraîche que les précédentes.
J4 : Chalet pastoral Chazal – Cabane du Col de la Croix
+ 1044 m / – 1178 m 14,7 kmNous repartons au matin dans une épaisse brume. La progression se fait hors sentier, ce qui demande vigilance et concentration.
Arrivés sur une arête, notre formatrice prend le temps de nous transmettre quelques conseils essentiels de sécurité pour nos futures sorties avec des clients.
Puis le ciel se dégage peu à peu. Nous atteignons alors le point culminant de notre itinérance : la Tête de Merlan.
Devant nous se dévoile un paysage saisissant : le vallon suspendu de la Montagne du Vallon. Les couleurs automnales sont magnifiques et les nuages qui s’accrochent aux reliefs donnent à l’ensemble une atmosphère presque irréelle.
Nous avançons dans ce vaste plateau perché à près de 2 000 mètres d’altitude. Ici, le temps semble suspendu.
La journée se termine sous la pluie et nous arrivons trempés au bivouac. Heureusement, la cabane est ouverte. Nous nous installons rapidement et préparons la popote pour tout le groupe. Rien de tel qu’un bon plat chaud pour se réchauffer après une journée humide.
J5 : Cabane du col de la Croix – Lus-la-Croix-Haute
+ 180 m / – 604 m 11,5 kmDernier matin. Nous préparons nos sacs à dos, bien plus légers qu’au départ. La fatigue est là, mais déjà la nostalgie pointe à l’idée que cette aventure touche à sa fin.
Nous cheminons dans le fond du vallon avant de rejoindre une forêt de conifères. La stagiaire qui mène le groupe travaille pour l’ONF et elle nous offre une véritable leçon de foresterie : fonctionnement d’une forêt, gestion des peuplements, biodiversité… Nous écoutons attentivement et prenons des notes. Ces connaissances nous seront précieuses pour nos futures sorties avec nos premiers clients.
Nous regagnons finalement Lus-la-Croix-Haute par la route et terminons cette aventure autour d’un repas au restaurant.
La formatrice n’a pas le droit de nous annoncer officiellement les résultats, mais ses paroles se veulent rassurantes… et nous comprenons vite que tout le groupe a validé son diplôme. C’est donc ici, dans le Dévoluy, l’un des massifs les plus sauvages des Alpes, que j’ai obtenu mon sésame pour accompagner et parcourir les montagnes, en France et ailleurs, tout au long de l’année.
Dans le même massif, vous pouvez aussi lire le récit de Nicolas qui a fait le tour du Dévoluy à pied en 6 jours et en tente.
Informations pratiques
Comment s'y rendre ?
Pour se rendre à la Lus Croix Haute, en voiture ou en train.
Topoguides et cartes
Ces 5 jours à pied dans le Dévoluy sont à cheval sur trois cartes IGN :
Zones protégées
Parc Naturel Régional du Haut Vercors sans réglementation particulière. Retrouvez sur le site du PNR les gestes et recommandations simples à destination des randonneurs.
Difficulté de l'itinéraire
Itinéraire accessible, sans difficulté technique par temps sec. Seule la 4ème journée présente du dénivelé et une certaine distance.
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