Récit du grp du tour du Dévoluy effectué en bivouac avec ma femme en juin 2025. Mais d'abord c'est quoi le Dévoluy ? Il s'agit d'un massif karstique coincé entre le Vercors à l'ouest et les Ecrins à l'est. Une sorte de forteresse qui cache en son cœur un environnement sauvage et grandiose. Notre récit s'étale sur 6 jours mais le tour peut se faire en 5. Voici l'histoire de ce trek incroyable.
J1 : Saint-Disdier – Le Collet
+ 390 m / – 53 m 5,3 kmNous voilà partis en direction de Saint Disdier, point de départ de notre tour. Nous avons choisi ce spot car c'est l'endroit le plus proche pour nous qui venons d'Annecy, mais également car il permet d'évacuer la partie la plus civilisée du Grp du tour du Dévoluy rapidement et de garder les parties alpines pour la fin. Vous pouvez très bien démarrer par St Etienne en Dévoluy (rare village où vous trouverez une boutique pour faire des emplettes d'ailleurs), par la Montagne ou par la Jarjatte. Après une arrivée impressionnante par les gorges de la Souloise, qui pour ma part m'ont donné une impression de parc du Yosémite, nous voilà posés sur un parking.
Nous laissons notre Kangoo pour une ascension au-dessus de St Disdier jusqu'à mère église, une très belle église romane du 11eme siècle. Cela nous donne déjà un aperçu du panorama sur les sommets qui va nous accompagner pendant notre périple. Il fait encore chaud en cette fin d'après-midi et nous marchons 2h sur des pistes forestières et de petites routes avant de décider de poser notre bivouac juste avant le hameau appelé Le collet. Le vent souffle fort mais le coucher de soleil sur la montagne nous fait profiter d'une belle soirée avant d'aller étrenner notre nouvelle tente Big Agnes Copper Spur UL2 flambant neuve.
J2 : Le Collet – Chapelle de la Crotte
+ 865 m / – 904 m 19 kmLe vent s'est calmé, la nuit a été agitée et nous sortons de la tente en évitant le toit ruisselant de rosée. Le soleil est encore caché derrière la montagne mais ses rayons pointent tels une couronne lumineuse autour des sommets. C'est déjà très beau. Malgré cela une sensation bizarre règne sur le massif. Comme un brouillard épais, qui laisse entrevoir les géants de pierre à travers un filtre. Nous nous interrogeons : La pollution ? Un brouillard de chaleur ? La question restera en suspens plusieurs jours avant que des randonneurs nous apprennent qu'il s'agit de la fumée des feux de forêts géants du Canada. L'écologie part vraiment de travers et cela nous impact tous sans frontière.
Nous avançons dans cette journée qui s'annonce comme une des plus longues étapes, d'abord en passant par Saint Etienne en Dévoluy : petit village fourni du strict minimum avec son café/restaurant/épicerie/hôtel. Ici on optimise ! Pensez à vous ravitailler si vous faites le Grp en autonomie.
La suite est d'abord sans grand intérêt car nous empruntons une route de montagne pour sortir du village, puis rapidement nous basculons sur des pistes forestières qui nous feront longer l'énorme montagne du pic de Bure. Il faut dire que le géant est impressionnant avec encore ses nombreux névés mais aussi parce qu'il règne au milieu du Dévoluy tel un roi – c'est d'ailleurs l'emblème du massif – sans pour autant être la plus haute montagne. Ce titre est réservé à la Grande tête de l'Obiou avec ses 2789m. En tout cas rien à dire, il est beau ce pic de Bure et vous pourrez l'admirer longtemps.
Jusqu'à commencer l'ascension par le col de Rabou. Sur cette montée vous trouverez une charmante cascade propice à prendre une belle douche qui fait du bien, surtout avec cette chaleur qui nous accompagnera pendant tout le périple. Une fois le col franchi nous basculons sur le versant sud du massif et là je dois dire que le spectacle vaut vraiment le détour. C'est une des parties les plus spectaculaires car le chemin descend en longeant d'immenses falaises calcaires et passe dans d'énormes pierriers. Ce n'est pas très technique mais si vous êtes sujet au vertige soyez prévenu. Nous continuons notre descente à travers des chemins encombrés de genêts et autres plantes coriaces pour enfin poser notre bivouac à côté de la chapelle de la crotte (oui ça peut faire sourire). Mais au moins le spot est parfait avec un beau torrent à proximité, une belle zone herbeuse et la protection de la forêt. Une belle nuit reposante en perspective.
J3 : Chapelle de la Crotte – Rif Lauzon
+ 537 m / – 587 m 17,4 kmBon en fait non, elle n'a pas été très reposante. La faute me revient car je bouge beaucoup et je fais pas mal de bruit en bivouac. Ma Chérie me le fera remarquer, elle qui a le sommeil léger. Je m' excuse encore auprès d’elle pour le désagrément.
Nous partons tardivement à travers un chemin forestier très agréable où il fait bon. L'étape du jour Zig Zag sur la partie sud entre talwegs et cols, montées et descentes. Nous sommes pris dans nos pensées et marchons silencieusement. Je repère au loin le bruit d'un ruisseau, moi qui fonctionne avec moins d'eau que d'habitude j'aime bien remplir régulièrement mes réservoirs. Le chemin finit par surplomber la source d'eau qui descend dans la forêt, quand soudain ma vision est attrapée par une forme se mouvant tranquillement. Je mets quelques instants à percuter mais soudain, mon cœur s'arrête net et je comprends ce que je vois : un sublime loup gris, qui remonte tranquillement du talweg après s'être désaltéré. J'hésite : prendre mon appareil photo où alors prévenir ma femme qui se trouve quelques mètres derrière moi de ce que je vois ? Mon choix est fait. J'exécute des gestes amples mais calmes pour essayer de lui faire comprendre de ne pas faire de bruit et où regarder. Elle s'arrête et oriente son regard en contrebas, et je comprends aussitôt qu'elle le voit aussi. Elle reste figée là, la mâchoire décrochée et la main sur le cœur. Le loup s'arrête pour l'observer elle aussi. Instant fugace mais qui semble s'éterniser. Puis comme pour nous envoyer le message qu'il nous a vu et nous tolère sur son territoire, il nous jette un dernier regard puis part tranquillement avant d'accélérer et de partir à travers champs. Un instant mémorable dont nous aurons du mal à nous remettre. Nous prenons une bonne pause petit-déjeuner en essayant de comprendre la réalité de ce que nous avons vu. Certains photographes ou biologistes partent des semaines sur leurs traces sans les voir. Et nous, après quelques jours, la vie nous fait ce cadeau.
La suite du chemin sera suivi par les franchissements des cols de Conode et de Matacharre, puis par la descente à la maison forestière des Sauvas. Nous finirons par installer notre bivouac dans un talweg forestier, au bord d'un ruisseau agréable. Nous verrons même un renard le quitter en se retournant vers nous. Décidément ce grp du tour du Dévoluy n'a pas fini de nous réserver des surprises.
J4 : Rif Lauzon – Vallon des Aiguilles
+ 882 m / – 310 m 14,8 kmEnfin une nuit correcte. Elle nous permet d'attaquer le sentier jusqu'au hameau de la Montagne sereinement. Trop vite parlé. Il nous fait traverser un champ de plantes (sans doute des graminées) sur plusieurs centaines de mètres. Cela déclenche chez moi une crise d'allergie et d'éternuements sans fin. Vite ! Sortons de là ! J'en suis quitte pour un antihistaminique. Puis nous reprenons notre chemin en sous bois plutôt agréable. La traversée d'autres zones où les plantes sont légions me fait aborder un autre sujet : attention au tiques ! Nous en trouverons plusieurs sur nous, heureusement pas encore plantées, et cela nous vaudra de longues séances d'observation corporelle après chaque traversée dans les hautes herbes (prévoyez un tire tique et des huiles essentielles pour les repousser).
Après avoir dépassé la maison forestière de Rabioux, le chemin remonte fortement dans les bois puis s'adoucit sur des pistes forestières jusqu'au col de festre. Un col routier ou vous pourrez vous restaurer à la très bonne (et seule) auberge. Vous y trouverez source, toilettes et une zone de bivouac pour faire une étape.
Car la suite s'annonce plus alpine. En effet, nous prenons la direction du col des aiguilles sous un soleil de plomb. Entre les deux cols 600 mètres de D+ que nous ne ferons pas complètement car nous arrivons au vallon des aiguilles. Et là je dois dire que la zone invite au bivouac. Je crois n'avoir jamais vu un replat alpin aussi accueillant et permettant de se poser à peu près n'importe où. Le ruisseau qui serpente au creux du vallon est un sacré plus pour une petite trempette et faire le plein d'eau. Vous pourrez admirer depuis cet endroit les crêtes alentour, souvent parcourues par les chamois, et vous offrir une belle soirée reposante dans un lieu idyllique.
J5 : Vallon des Aiguilles – Sous la Tête de Lauzon
+ 1039 m / – 838 m 12 kmManqué ! J'ai encore fait des siennes pendant la nuit en pensant qu'un renard était venu nous chaparder nos affaires et notre nourriture. Ne rigolez pas, ça m'est déjà arrivé dans le Vercors. Du coup en entendant des frottements dûs au vent dans nos affaires que nous avions étendues sur un fil, je me suis réveillé précipitamment et je suis sorti de la toile dans un fracas nocturne. Autant vous dire que la nuit n'a pas été très reposante.
Nous attaquons l'étape par les quelques centaines de mètres de dénivelé qui nous séparent du col des aiguilles. Là encore le spectacle est de toute beauté avec le soleil qui se lève dans notre dos et les chamois qui jouent dans les pierriers. L'arrivée au col nous offre un nouveau très beau panorama sur le versant donnant sur la réserve naturelle du Vercors. La descente jusqu'à la Jarjatte s'effectue alors dans un pierrier plutôt casse pattes et glissant. 900m de D- qui n'offrent pas réellement de zone de bivouac (mieux vaut rester sur le vallon avant le col) mais qui par contre offrent une vue dingue sur les forteresses de calcaire qui nous entourent : tête de vachère, tête de la plainie, tête de garnessier…autant de sommet magnifiques à observer.
Arrivés à la jarjatte vous pourrez faire une étape. Il y a un restaurant (si vous cherchez la qualité passez votre chemin mais si vous avez faim comme nous ça sera suffisant pour une halte méridienne). Nous choisissons de continuer en espérant arriver pas loin du lac de Lauzon pour la soirée. Cela signifie encore deux cols à franchir et pas loin de 900m de D+. Là accrochez vous car autant le premier col de la croix est raisonnable, avec un chemin en sous bois à l'ombre, autant le deuxième, celui des Aurias, est plus coriace. Et ce n'est pas fini car il vous faudra encore poursuivre sur un chemin raide et en dévers avant d'espérer pouvoir profiter d'un bivouac sympathique. Épuisés, nous posons le nôtre sous la tête de Lauzon, dans un creux herbeux sous lequel se trouve une petite source d'eau qui sort de la roche. L'essentiel pour passer une bonne soirée avec une vue à couper le souffle sur la vallée d'où nous venons et sur le petit cirque du lac de Lauzon en dessous. Un ballet de vautours au-dessus de nos têtes viendra clôturer cette belle soirée.
J6 : Sous la Tête de Lauzon – Saint-Disdier
+ 143 m / – 1241 m 12,2 kmCette dernière nuit sera pour moi la plus reposante. Je me suis levé pendant la nuit et j'ai pu observer une superbe pleine lune se refléter sur les falaises calcaires qui nous entourent.
La matinée démarre par la descente au lac de Lauzon. Presque asséché, l'eau est en fait entourée par des plantes marécageuses. L'accès à celle-ci n'est pas facile et les alentours peu accueillants pour un bivouac. Nous avons bien fait de nous arrêter avant. Nous franchissons une des dernières difficultés de notre périple avec le col de charnier. Pas très long mais une belle ascension dans un pierrier avec encore une fois les chamois que l'on dérange de bon matin.
Une fois le col franchi nous revenons sur la partie centrale du Dévoluy. Nous pouvons encore admirer autour de nous quelques géants avec notamment le Grand Ferrand et ses 2758m ou encore le Rocher Rond et sa forme de bosse de dromadaire.
La descente du col se fait dans un beau vallon rempli de marmottes. On les entend crier à notre arrivée et attendre la dernière seconde pour se cacher dans leurs terriers. Qu'elles sont amusantes à observer.
Nous franchissons plusieurs alpages avant de retrouver le fameux pic de Bure dans notre champ de vision. La fin de notre périple ne fera que descendre à travers alpages, forêts, et quelques villages comme le Grand Villard, le Seresq ou les Truchières. N'espérez pas y trouver autre chose que des sources d'eau ou des poubelles pour jeter vos détritus. Ce qui est déjà pas mal en soi. Après une dernière traversée de sous-bois remplis de hautes herbes, nous finissons par arriver à Saint Disdier et boucler notre Grp.
Je retiendrai de ce tour du Dévoluy la découverte d’un massif méconnu qui offre une aventure sauvage. Ce GRP permet de traverser des paysages variés, tous magnifiques et de faire de belles rencontres faunistiques en particulier une dont je me souviendrai toute ma vie. Quel bonheur d’avoir partagé cette aventure aux côtés de celle que j’Aime.
Informations pratiques
Comment se rendre au point de départ ?
Train jusqu'à la gare de Veynes-Dévoluy depuis Grenoble ou Gap puis taxi pour vous rendre à Saint-Disdier.
Références carte et topo-guide
- Topo-guide Tour dans les Hautes-Alpes édité par la FFRandonnée qui comprend le GRP du Tour du Dévoluy mais aussi les GR® 93, GR® 94
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