statistiques Matomo

550 km à pied dans le Sahara marocain : Un test avant l’Australie

Traverser le Sahara marocain à pied avec une charrette de 220 kg : 550 km de test grandeur nature avant l’Australie, entre effort, désert et quête de sens.

Focus Rando :550 km à pied dans le Sahara marocain : Un test avant l'Australie
17 jours et +550 km3
RandonnéeLigneBivouac, Camping, chambre_dhotes
MarocSaharaBateau, Bus, Taxi
DésertJanvier, Février, Mars, Octobre, Novembre, Décembre

Il y a des voyages qui commencent bien avant le premier pas. Celui-ci naît d’un rêve un peu fou : traverser à pied les déserts australiens en totale autonomie, avec pour seule alliée une charrette chargée d’eau, de vivres et d’espoir. Mais avant d’affronter l’immensité rouge de l’outback, il fallait une réponse concrète à une question simple : est-ce réellement possible ?

C’est dans le Sahara marocain que tout s’est joué. Sur 550 kilomètres de sable, de pierre et de silence, entre effort brut, rencontres inattendues et doutes tenaces, ce voyage s’est transformé en véritable laboratoire à ciel ouvert — et déjà, en une aventure profondément humaine. Récit.

Le contexte : une charrette, un désert et un rêve

Tout commence par un chiffre : 3 200 km. C'est la distance que je prévois de parcourir à pied à travers les déserts australiens, d'Alice Springs jusqu'à l'océan Indien, de mai à octobre 2026. Une traversée en autonomie complète, parfois en hors-sentier, à travers les territoires aborigènes et les grandes plaines désertiques de l'île-continent.

Mais pour traverser un désert australien à pied, il faut résoudre un problème fondamental : l'eau. Sur certaines sections de mon itinéraire, la distance entre deux points d'eau atteint 550 km. À raison de 6 litres par jour, cela représente 120 litres à transporter — soit 120 kg rien que pour boire. Impossible à dos d'homme. La solution : une charrette.

J'ai donc conçu et fabriqué la Trinity 2000 — un châssis rectangulaire en acier de 2 mm d'épaisseur, monté sur deux roues fatbike 26×4.8, avec deux barres de traction de deux mètres. 42 kg d'acier, dessinés dans mon jardin en pleine canicule, assemblés par soudure TIG dans les Pyrénées. Avec le matériel, la nourriture et l'eau, le poids total en Australie atteindra entre 210 et 220 kg.

capture d’écran 2025 12 15 à 10.41.48

Itinéraire au Maroc : 550 km pendant 43 jours dont 28 jours de marche

Mais avant de mettre les roues sur le sable australien, il fallait répondre à une question simple : est-ce que c'est possible de tirer une charrette d'acier de 220 kg ? C'est pour ça que je suis parti au Maroc en novembre 2025.

550 km dans le Sahara, d'Erfoud à Foum Zguid. Un test grandeur nature pour éprouver le matériel et mes limites physiques. Mais cette aventure c'est aussi une rencontre avec le désert, ses habitants et ceux qui le traversent.

550 km à pied dans le Sahara marocain La Vidéo des mes 550 km à pied dans le Sahara marocain

Première étape : Erfoud — Merzouga, le baptême du sable – 5 jours – 70 km

À 5 heures du matin, dans le silence de l'aube d'Erfoud, j'assemble Trinity sur le bord de la route sous les regards curieux de quelques passants. La charrette est chargée à près de 220 kg : 120 litres d'eau, 25 kg de nourriture, 35 kg de matériel. Le poids de mes idées — que je ne mesurerais vraiment qu'une fois mes roues au contact du sable.

550 km à pied dans le Sahara marocain

Les premières dizaines de kilomètres sur piste compactée sont presque faciles. Trinity roule. Mais au pied des dunes de l'erg Chebbi, le sable mou engloutit les roues, et transforme chaque mètre en une longue bataille. Je dois décharger, faire des allers-retours avec les bidons d'eau, traîner Trinity par tronçons de quelques dizaines de mètres. Brisé physiquement, je prends une décision difficile : abandonner 90 litres d'eau dans le sable pour pouvoir continuer. Le sable s'abreuve de mon poids déosormais disparut. Un échec partiel — mais aussi mon premier vrai enseignement : en Australie, je dois revoir l'itinéraire dans le désert de Simpson. Plutôt que d'attaquer les dunes de face, je progresserai parallèlement à elles, du nord au sud.

J'arrive à Merzouga cinq jours après le départ, épuisé et c'est le début d'un rhume en prime. Quelques jours de repos s'imposent.

550 km à pied dans le Sahara marocain

Deuxième étape : vers Ba Hallou, la cité oublié – 6 jours – 92 km

Après Merzouga, le désert change de visage. Pour l'instant, fini les grandes dunes touristiques — place aux pistes isolées, et aux rencontres improbables. Deux Espagnols en 4×4 qui s'arrêtent pour m'offrir une bière fraîche au milieu de nulle part. Un agent de sécurité local, venu sur sa moto vérifier que tout va bien pour moi — alerté par l'épicier du village précédent. Le pays est tenu, quadrillé d'informateurs discrets qui veillent à leur manière sur le voyageur solitaire.

À Ba Hallou, je découvre les ruines d'une cité oubliée, perchée sur un promontoire rocheux dominant une vaste plaine. Je m'assois à l'ombre d'un mur de terre crue, entre les barres de traction de Trinity qui me servent de fauteuil, et j'observe. Personne à l'horizon. Cette vaste plaine, bordée de hautes barres rocheuses, m'enivre par sa beauté. J'ai l'impression d'effleurer ce que je part chercher en Australie : la quête du sauvage, de l'immensité, dans une nature brute et immaculée.

550 km à pied dans le Sahara marocain

Troisième étape : le cratère Tafana – 7 jours – 181 km

Entre l'oued Ghriss et Tagounite se dresse le cratère Tafana — une immense masse rocheuse entaillée par une piste accidentée, caillouteuse. En me réveillant face à cette muraille minérale, je me pose la question à voix haute : vais-je vraiment réussir à tirer Trinity là-haut ?

La réponse, je la trouve à la force des jambes. L'eau a diminué, la charrette est plus légère. Mais dans la pente finale, mes semelles dérapent sur les petits cailloux roulants sous mes pas, Trinity me tire vers l'arrière, et je dois remettre mon sac à dos pour soulager la force d'attraction arrière. Puis le panorama s'ouvre du haut du cratère. Au niveau du belvedere, j'y rencontre un couple franco-italien, et d'autres Français, tous intrigués par cette drôle de machine. Les mêmes questions reviennent toujours, parfois lassantes. Malgré tout j'y réponds de bon cœur — c'est aussi le rôle du voyageur insolite.

550 km à pied dans le Sahara marocain

Quatrième étape : L'oasis de Madani – 3 jours – 56 km

Aux abords de M'Hamid, une grande peinture murale aux couleurs vives m'annonce l'entrée d'un lieu improbable : une oasis, nichée au cœur de l'âpreté du désert. L'endroit respirait la fraîcheur et la vie. Cela faisait si longtemps que je n'avais pas vu une herbe aussi verte, protégée sous la canopée dense des arbres. Et que dire du chant des oiseaux, bénissant chaque instant de leurs mélodies symphoniques.

Son gardien s'appelle Madani — chèche bleu, cinquantaine d'années, origines berbères nomades. Pendant quinze ans, il a planté chaque arbre dans cette terre sableuse du désert, insufflant la vie en adaptant les semences à la salinité de l'eau du puits, patiemment, inlassablement, année après année. Une belle source d'inspiration pour le monde.

Un soir, autour d'un grand feu, les premières frappes de djembé s'élèvent dans l'obscurité. Les rythmes résonnent, profonds, organiques, accompagnés de chants hypnotiques qui semblent surgir du désert lui-même. Les flammes crépitent, les visages s'illuminent à leur lueur, et les ombres dansent sur les palmiers. Le temps paraît suspendu. À cet instant précis, il n'y a plus de projet, plus de route, plus de distance à parcourir. Nous sommes bien là, dans le Sahara marocain.

C'est aussi Madani qui, le matin du départ, me met en garde avec une bienveillance sincère. Il connaît le désert mieux que quiconque.

550 km à pied dans le Sahara marocain

L'ultime étape : La mer de sable – 7 jours – 170 km

Le 25 novembre, je quitte l'oasis. Devant moi : 170 kilomètres de hors-sentier aux abords de ce que les locaux appellent « la mer de sable » — l'erg Chegaga. La section la plus engagée du voyage, et de loin la plus proche des conditions en Australie. À partir de là, les choses prennent une tournure sérieuse.

Je commence dans l'oued Drâa, un fond de rivière asséché, largement ensablé. Plus loins j'arrive dans des petites dunes.  Pris dans un élan que je situe quelque part entre l'euphorie et l'hystérie, je me prends pour un capitaine sur son navire, imaginant chaque cime de dune comme une vague se brisant avec fracas sur la proue de mon navire. Je navigue ainsi entre les méandres, dans un état étrange mêlant délire illusoire et fatigue bien réelle.

Les jours suivants, je traverse de vastes plaines stériles parsemées de patchs de dunes, que je contourne à l'aide des images satellites. Pas de 4×4 à l'horizon, pas de moteur, pas un bruit mécanique pour perturber la quiétude du lieu. L'endroit semble presque figé dans le passé, immuable à lui-même. Juste l'infini du désert qui se perd dans son silence absolu.

Une nuit, lové au creux d'un erg solitaire érigé au milieu de la plaine comme une cathédrale silencieuse, un étrange cauchemar m'extirpe brutalement du sommeil. J'ouvre les yeux. Je suis terrifié. Très vite, je sens une présence rôder autour de moi — l'ombre me glace le sang…

Au matin, je monte au sommet de la dune. L'erg Chegaga s'étend à perte de vue. De l'autre côté, plein ouest, la vaste plaine du lac Iriki — asséchée, ridée, crevassée par l'extrême sécheresse qui plombe les environs. Au fond du lac asséché, j'y découvre pour la première fois de ma vie un mirage : l'horizon ondule, bleuté, illusoire. Je comprends, en observant ces chimères, combien il devait être déconcertant pour un voyageur assoiffé de tomber dans un tel piège, où l'espoir se perd dans les lignes brisées d'un horizon illusoire.

J'arrive à Foum Zguid 550 km après le départ. Le test est réussi.

550 km à pied dans le Sahara marocain

Ce que le Sahara m'a appris

Ce test m'a permis d'avoir une première expérience de la marche avec une charrette de 220 kg. J'avais déjà traversé le Maroc en 2014 avec une charrette, mais Trinity est bien plus lourde. Cela m'a permis de parfaire ma préparation en vue de la traversée des déserts australiens — elle est désormais plus affûtée. Et autant j'ai douté dans le sable, autant ce voyage m'a conforté dans la faisabilité du projet. La dernière pierre de fondation est maintenant posée. Il ne me reste plus qu'à poursuivre la préparation et débuter ce grand rêve que j'entretiens. Départ mi-mai depuis Alice Springs.

550 km à pied dans le Sahara marocain

Mémoires du Désert — Romain Vandycke

550 km dans le Sahara, prémices d'un voyage initiatique.

Je partage mes aventures sur YouTube à travers des films accessibles à tous. Mais j'ai également écrit un livre qui apporte plus de profondeur que l'image ne peut apporter — car certaines rencontres doivent rester dans leur intimité, et certaines histoires n'ont pas leur place sur internet. Ce livre n'est pas juste un récit d'aventure. C'est un récit sur le doute, la vulnérabilité, l'émerveillement et la quête de sens. Vous pouvez faire l'acquisition de l'ouvrage sur mon site ou sur Amazon.

Retrouvez-moi sur romainvandycke.com et sur YouTube sous le même nom

Informations pratiques

Difficulté de l'itinéraire

Le sable – difficulté n°1 C'est le véritable ennemi de la charrette. Dès l'erg Chebbi, le sable mou engloutit les roues et rend toute progression quasi impossible avec 220 kg. je dois décharger, faire des allers-retours, tracter Trinity par tronçons. La finesse du sable saharien est particulièrement traître — les pieds s'enfoncent, reculent à chaque enjambée dans les dunes.

Le poids – difficulté n°2 220 kg sur sol portant, c'est presque jouissif. Mais dès que le terrain change — pente, cailloux roulants, sable — le poids devient un adversaire à part entière. Dans le cratère Tafana, Trinity tire vers l'arrière et fait déraper mes semelles. La descente sans freins est aussi dangereuse que la montée. Le poids conditionne chaque décision d'itinéraire.

La chaleur – difficulté secondaire 30 degrés au zénith dès Merzouga. Elle s'ajoute à l'effort. Elle accélère la déshydratation, fait bouillonner le “thermostat intérieur” dans les passages difficiles.

INSCRIVEZ-VOUS A LA NEWSLETTER
Pour être tenu informé de la publication des nouveaux articles sur I-Trekkings, inscrivez-vous à la Newsletter (2 fois/mois).
  • Le Meilleur moyen de soutenir I-Trekkings
  • Garanti sans spam
  • Non cession de votre adresse email à des tiers
  • Désinscription en 1 clic
romain vandycke
Proche de la nature et des grands espaces, j’ai choisi très tôt de suivre une voie simple et instinctive. À 19 ans, j’ai quitté les études pour me consacrer entièrement au voyage et à l’aventure.Depuis, je traverse les territoires à pied, souvent seul, en autonomie — à la rencontre des paysages sauvages et du silence qu’ils offrent. J’aime prendre le temps du chemin, observer ce que la nature révèle quand on accepte de s’en impregner. Après 11 000 km parcourus à travers le monde, cette quête ne m’a jamais quitté : vivre sobrement, avec conscience, au plus proche [...]

Laisser un commentaire


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Share via
Copy link
×