La Grande traversée de la Haute Chaîne du Jura

Destination : Bourgogne-Franche-Comté » Auvergne-Rhône-Alpes | Montagne : Jura | Activité : Randonnée  | 
Nombre de jours : 2 jours | Dificulté : 4 | Dénivelé : +2918 m/-3023 m | Type d'itinéraire : Boucle | 
Ecosystème : Forêt et Montagne | Hébergement : Gite d'étape
Meilleures Périodes : Mai, Juin, Juillet, Août, Septembre, et Octobre
Traversée de la Haute Chaîne du Jura en deux jours au départ de Thoiry et en passant par le Reculet et le Crêt de Chalam. Nuit à mi-parcours au gîte de Berbois. Récit.
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Le Haut Jura est le terrain de jeu d’Henri. Il parcourt ce massif, appareil photo en main, depuis plus de deux décennies. Et parmi les innombrables itinéraires possibles il revient, pour I-trekkings, sur celui qui est sans doute le plus exceptionnel. Exceptionnel tant par les paysages qu’il offre que par les difficultés qu’il présente. Et l’itinéraire est si beau que rien n’empêche de le parcourir plusieurs fois, … avec des variantes ou à des saisons différentes.

De Thoiry au gîte de Berbois par le Reculet et le Crêt de Chalam

  • 23 km +1818m –1473m

05h30, Lieu-dit le Tiocan, 850m d’altitude. Le jour point à peine et esquisse les silhouettes des hêtres alentours. J’allume la frontale pour trouver le chemin encore noyé dans la nuit du sous-bois. C’est l’heure musicale ! Grives, pinsons et merles donnent un concert offert aux seuls lève-tôt. Je profite de cette ambiance et de la fraîcheur pour avancer d’un bon pas dans la pente raide.

07h30 Petite pause au chalet de Narderant. Le paysage s’ouvre sur un vaste cirque rocheux. Dans mon dos le bassin lémanique s’extirpe tant bien que mal des brumes matinales tandis que le deuxième sommet du Jura, le Reculet s’offre devant moi. C’est le moment de sortir les jumelles car les chamois sont ici nombreux. Réfugiés dans les pierriers l’été, ils sont, à la fonte des névés parfois à quelques mètres du sentier qui s’engage vers le petit verrou rocheux dit «sous les roches ».

La grimpée est raide et le sentier parfois glissant ne doit pas être pris à la légère en cas de névé persistant. Mais aujourd’hui, ça passe. Les cuisses se tendent dans les derniers mètres et me voici sur le second sommet du Jura.

8h45 1718m. La lumière baigne le sommet mais les températures restent très fraîches. Le massif est froid, il règne ici des températures bien plus glaciales qu’à hauteur équivalente dans les Alpes et les tapis de dryades à huit pétales, une fleur arctique qui pousse ici, en témoignent. J’enfile une doudoune le temps d’une pause. Quelques fruits secs, les yeux perdus dans un panorama 360° à couper le souffle : Des Alpes bernoises à sa majesté le Mont-Blanc, du Léman jusqu’à la Chartreuse devant moi tandis que dans mon dos se présente l’océan forestier jurassien dont émergent quelques sommets … Je devine, sous moi, le parcours du Rhône, impétueux torrent qui dessina le paysage, fit naître marais et prodigieux canyons, creusa les montagnes avant que l’homme ne l’assassine, ne le corsète de digues de bétons, ne l’étouffe de barrages. Témoin de la grandeur passée du Rhône, le défilé de l’Ecluse se dessine au loin. Le fleuve y traça sa route, séparant Jura et Alpes d’une profonde entaille et, ce faisant, il offrit aux oiseaux l’un des passages les plus importants d’Europe dans leur migration annuelle Nord-Sud.

L’itinéraire se poursuit par la combe des Planes. Le sentier quitte la forêt sommitale de pins à crochets pour zigzaguer dans le pré-bois. Ce paysage typiquement jurassien est un mélange de prairie et de forêt, aux contours imprécis et abrite une faune exceptionnelle. Le très fragile grand tétras en est l’invisible symbole. Mais la descente se fait bientôt plus raide et pénètre maintenant dans la pessière. Les ombres des épicéas géants procurent ici une fraîcheur bienvenue à la belle saison.

10h00. Refuge CAF du Ratou. 1200m. Je ne suis pas en avance ! La faute à ces fleurs au parfum capiteux. Je n’ai pu m’empêcher d’y plonger mon nez et de fil en aiguille, de rêvasser sur le petit peuple de l’herbe. Mais c’est un mal pour un bien ; dans une demi-heure je serai au village de Lélex. J’ai l’estomac dans les talons et j’y trouverai de quoi casser la croûte sur place, sans me charger pour la suite.

12h00. Lélex. 898m. En route ! L’estomac plein d’un excellent casse-croûte au Comté, j’emprunte à présent la piste forestière qui se dirige vers l’ancienne école des Closettes, sur le GRP du Tour de Valserine. Cette école, au milieu de nulle part, accueillit jusqu’à 40 élèves à la fin du XIXs et jusqu’au début du XXs. Certains enfants marchaient plus de deux heures par jour pour s’y rendre, y compris l’hiver à raquettes ; o tempora o mores !

14h00. La borne au Lion. 1289m. Je laisse cette borne de pierre qui marqua au XVIIs la frontière entre le Royaume de France et la Franche-Comté pour prendre cap au Sud. Objectif Crêt de Chalam. L’itinéraire ne semble pas très cohérent de premier abord car mon gîte n’est qu’à 500m, au Nord-ouest d’ici. Mais la vue depuis le Crêt est unique et y grimper demain imposerait, après, de redescendre par la très raide, glissante et peu intéressante descente « des Mannets ».

15h15. Crêt de Chalam, 1545m. Je suis ko ! Le raidillon final a sonné le glas de mes dernières ressources. J’ai les cuisses tétanisées, le souffle court. Mais quelle vue !! Toute la Haute-Chaîne du Jura et la vallée de la Valserine s’offrent à mes yeux. Je m’allonge dans la pente …

 

18h00. Gîte d’étape le Berbois, 1278m. La petite sieste au sommet a vu filer les heures et j’arrive enfin au gîte. Ce soir j’ai choisi de dormir en dortoir mais le gîte offre également chambres, yourtes et tipis. Avec la demi-pension – et les généreuses portions servies – je ne devrait pas tarder à m’endormir.

Du gîte de Berbois à Thoiry par le Gralet et la Marie du Jura

  • 23km +1100m, – 1550 m

07h30, Gîte de Berbois, 1278m. Aïe ! Bon sang que j’ai les jambes raides. Je n’ai plus vingt ans, … peut-être aurais-je dû scinder l’étape d’hier en deux et faire halte à Lélex. C’est, en tous cas, une option qui s’offre à vous. Mais c’est fait, les courbatures finiront bien par passer. Je reprends le chemin de la borne au lion puis m’engage sur le sentier du creux Manant. Les hêtres y ont déposé un incroyable tapis de feuilles sèches. Tapis qui adoucit la pente raide qui me conduit vers le moulin Thomas au bord du torrent de la Valserine. De là, le sentier longe ce cours d’eau considéré comme l’un des plus – pour ne pas dire le plus – sauvage de France. Sur les berges, on y découvre d’étonnantes plantes aux feuilles gigantesques. Avec près de 75cm de diamètre, les grands pétasites créent un paysage inhabituel sous nos latitudes au sein duquel grenouilles rousses et salamandres trouvent refuge.

9h00, Chézery Forens, 582m. Me voici dans le village qui abrite l’une des 4 seules fromageries fabricant le bleu de Gex. Une bonne occasion d’aller s’approvisionner pour faire un savoureux casse-croûte de ce bleu doux et savoureux. Mais je ne traîne pas car il reste du chemin et surtout une sacrée bambée pour rejoindre les 1600m de la « Marie du Jura », point le plus haut de la journée. Je décide de prendre le chemin de l’Epery pour rejoindre le passage « du Gralet », premier col vers le sommet. Le sentier, raide dans la forêt d’épicéas, me fera gagner un peu de temps et profiter plus vite de la vue depuis les crêtes.

11h30, chalet du Gralet, 1450m. Au pied de ce refuge non gardienné – qui permettra à ceux qui le souhaitent de transformer cet itinéraire « dément » en une randonnée de 3 ou 4 jours déjà bien sympathique – je savoure mon pique-nique ! Adossé au mur ouest du chalet, à l’abri de la bise qui souffle, glaciale, je contemple le chemin parcouru : le crêt de Chalam, la vallée de la Valserine, … Mais c’est cap au Nord qu’il faut repartir. L’itinéraire emprunte à présent le GR dit des « Balcons du Léman » en corniche au-dessus de la très spectaculaire « roche franche » et offre une belle atmosphère alpine. Le temps d’observer un aigle royal, furtif seigneur des lieux, et voici déjà la « Marie du Jura ». Un sentier mal dessiné quitte la crête vers le Nord-Est pour atteindre à travers de raides pâtures le chalet de Narderant.

14h30, chalet de Narderant, 1337m. Ça y est, la boucle est bouclée. Reste tout de même un peu plus de 500m de descente pour retrouver le point de départ. Les muscles sont raides et douloureux, j’avance comme un automate dans le sous-bois parfois humide. Mais alors que s’achève cette randonnée, je ne peux que me promettre d’y revenir, profiter encore et encore de la beauté des paysages, de la richesse de la nature changeant au fil des saisons. Mais peut-être ferais-je désormais le choix, bien plus raisonnable, de faire cet itinéraire en un jour de plus.

Informations pratiques

Le sac est prêt, chargé du minimum ; c’est-à-dire d’un “sac à viande”, de lunettes de soleil, d’un buff ou d’un bonnet, d’une softshell, d’eau, de quelques fruits secs et d’une petite pharmacie et d’une mini trousse de toilette. Un équipement minimaliste auquel s’ajoute le matériel photo et la cartographie. Pour ceux souhaitant passer la nuit au refuge du Gralet, il faudra ajouter un duvet et le nécessaire pour la soirée.

Accès

  • En voiture, l’itinéraire démarre du parking du Tiocan, commune de Thoiry. L’accès est indiqué depuis le centre village.
  • En transport en commun, le centre village est desservi par les transports publics genevois. au départ de Genève aéroport ou par la ligne 33 au départ de Bellegarde s/ Valserine Gare SNCF. Il faudra alors compter deux bonnes heures de plus à pied pour rejoindre le Tiocan et son gîte associatif où il est possible de dormir.

Sécurité-santé

Itinéraire en moyenne montagne mais avec de forts dénivelés. A n’entreprendre qu’entraîné et parfaitement conscient des aléas liés à la montagne (changement rapide de météo, névés, …). Bien noter qu’il n’y a pas d’approvisionnement possible en eau sur les crêtes.

Avec qui partir, préparer son voyage

Randonnée effectuée en autonomie. Pour ceux le souhaitant, il est possible de consulter les offices de tourisme de Gex, Bellegarde sur Valserine et Lélex pour connaître les possibilités d’encadrement par accompagnateurs en montagne. L’itinéraire est balisé et présenté sur la carte IGN top25 3328OT ou sur geoportail.

Environnement

Itinéraire en grande partie dans la réserve naturelle de la Haute Chaîne du Jura. Bien prendre connaissance de sa réglementation préalablement.

Sous la pression d’une population du bassin lémanique en plein accroissement et de pratiques agro-cynégético-forestières pour le moins discutables, la réserve de la Haute-Chaîne abrite une faune et une flore rares, menacées et en fort déclin. Aigle royal, grand tétras et lynx en sont quelques uns des hôtes les plus mythiques … et discrets. Soyez comme eux (discrets), ne laissez pas plus de traces qu’ils ne le font et alors s’offriront sans doute à vous quelques uns des plus beaux spectacles que la nature puisse offrir.



Partir en randonnée dans le Jura

  • Grande Traversée du Jura495€
  • Les Monts du Jura, Retrouvance570€
  • Traversée du Jura Franco-Suisse625€
  • La Grande Traversée du JuraDe Lajoux à Bellegarde370€
  • Le Jura à vélo à assistance électriqueen gîte bio-climatique375€
  • Grande Traversée du JuraDe Pontarlier à Lajoux450€
  • Au coeur du Jura à vélo230€
  • Grande traversée du Jura : Les Rousses-Bellegarde550€
  • La grande traversée du Jura685€
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  • Week-end trappeur dans le Jura159€
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    A propos de l'auteur

    Mammifère omnivore, pogonotrope et dromomane....