Ces 5 jours furent les derniers de mon voyage de 7 semaines en Espagne au printemps 2026. Partie de Perpignan début avril, je termine à Prats de Sournia (parce que j’y ai des amis). Ces 5 dernières étapes m’ont permis de suivre des petites routes montagneuses en Catalogne côté espagnol, puis une fois en France, de descendre les gorges du Tech avant d’aller terminer dans le Fenouillèdes. Un autre tronçon de 4 jours de ce voyage est aussi en ligne : à vélo de Mora d’Ebre à Teruel.
Je n’ai fait que des bivouacs mais il est fort possible de trouver des hébergements dans quasi tous les villages traversés, ainsi que de s’y ravitailler. J’ai vu aussi qu’il y avait des campings. Ce qui est décrit ci-dessous a été effectué du 21 au 25 mai, en pleine canicule ! La globalité de cet itinéraire se déroule sur du macadam.
Bon à savoir sur l’itinéraire
L’Espagne est très agréable pour voyager à vélo dans le sens où les conducteurs de voitures, de camions, se montrent extrêmement patients et “civilisés”, s’écartent, attendent et en toutes situations, ne serrent JAMAIS. j’ai effectué au total 3500 km, dans le nord, l’Est et le Sud, je n’ai absolument jamais vu un signe d’impatience ou un mauvais comportement. Les axes secondaires ont très souvent des accotements larges avec le même revêtement que la route. J’ai très souvent oublié que j’étais sur la route, étant totalement sereine par rapport aux dangers qu’elle peut habituellement représenter. Je retournerai pédaler en Espagne, rien que pour ça !
J1 : Alfarras – Tremp
+ 950 m / – 751 m 77 kmJ’ai passé la limite de l’Aragon en toute fin d’étape la veille et me voici donc en Catalogne. Mon bivouac était juste avant Alfarras, aussi je fais partir ce carnet de cette bourgade où il est possible de trouver nourriture et logement. Le canal d’Aragon y Catalunya méandre dans le secteur, passant tantôt sur, tantôt sous la route. Long de 124 km, il est possible de le longer à vélo. Pour mon départ d’étape, je reste sur la route principale qui est très loin d’être infréquentable à vélo. Comme d’habitude, les conducteurs espagnols sont vraiment exemplaires, s’écartent, sont patients, bref… civilisés ! Arrivée à Castello de Farfanya, j’ai pris à gauche en direction de Os de Balaguer, puis Tartareu et Vilamajor. Cette petite route est très bucolique, les paysages traversés sont jolis, et paisibles. On prend tranquillement de l’altitude. A noter quand même sur ce petit tronçon le château qui domine Castello de Farfanya, la fontaine à la sortie du village, le château et musée d’Os de Balaguer et l’ermitage St Joseph au moment de rattraper la grande route à la sortie de Vilamajor. A Os de Balaguer, la boulangerie vend également de quoi se ravitailler de manière très sommaire et la fontaine est juste à côté. On rejoint ensuite la route qui monte directement de Balaguer, très large et qui permet d’atteindre le col d’Ager avec un pourcentage respectable. Sous la canicule, ce fut probablement l’endroit le moins agréable de ces 5 jours.
Au col, on trouve un hôtel restaurant, une voie romaine que je ne suis pas allée voir, et un point de vue sur la descente de l’autre côté vers Ager, qui régale le mental. La descente est belle, longue, sur du velours. Dans le village d’Ager il y a quelques commerces, de l’eau, des campings, des châteaux. La descente continue, moins raide, pour toucher son point bas au niveau du croisement avec la route principale qui monte, elle aussi de Balaguer, entre autre. On est le long d’une retenue de barrage, l’eau a une belle couleur verte. Il y a la possibilité de se baigner à proximité du pont de la Baronia.
Je m’arrête pour ma part à l’aire du “font des Bagasses” où je trouve fontaines d’eau fraîche, tables et bancs. Une couleuvre a la merveilleuse idée de me passer entre les jambes alors que je pique-nique et me fait un peu monter le palpitant avant que je ne l’identifie… Les gorges sont magnifiques, les falaises bien hautes et verticales dans ce qui est nommé le “défilé de Terradets”. L’ancienne route part ensuite à droite mais je reste sur la route principale avec ces quelques tunnels pour longer le lac des Terradets, retenue de barrage. Au loin, je vois les sommets des pyrénées, bien enneigés encore. Longer le lac est très plaisant, je suis rapidement à Tremp. A l’entrée je trouve une fontaine, remplis tous mes contenants puis passe me ravitailler en nourriture. C’est une petite ville, dont le clocher de l’église est totalement transparent… Je pose ma tente à la sortie de la ville. A noter qu’il y a beaucoup de sites à voir, randos et balades vtt à faire autour de Tremp.
J2 : Tremp – Cambrils
+ 1800 m / – 1120 m 80 kmComme la veille, je démarre en douceur sur le plat montant de la route principale et ce, jusqu’à Isona. Dans le centre du village on trouve une fontaine en face de la pharmacie. Il fait déjà très chaud et tous les cols restent à gravir. A partir de l’instant où j’ai quitté Isona, je n’ai quasi plus vu aucun véhicule sur cette route velours qui traverse de très beaux paysages de montagne.
Je m’élève, passe le col de Faidella à 1235 m. Entre ce col et le village de Boixols, la route se fraie un chemin entre des éperons rocheux effilés au dessus de gorges. Au fond de ces gorges, si on veut bien se donner la peine d’y descendre, se trouvent quelques vasques d’eau claires et des ponts antiques. Mais attention, il va falloir remonter (je ne suis pas descendue). Boixols est un village minuscule, au milieu des paturages et entouré de sommets plus hauts. Les cloches des vaches me rappellent le Jura.
Le col de Boixols se trouve encore plus haut (1326 m) et j’y fais un arrêt pour profiter de la vue sur la passerelle genre “un pas dans le vide”. La descente qui suit est pur bohneur jusqu’à la bourgade bien achalandée de Coll de Nargo, si je ne considère toutefois pas le fait qu’elle me fait retourner dans la fournaise. En partant vers le nord depuis là, on rejoint la Seu d’Urgell puis Andorre mais je suis très bien en Espagne donc je poursuis vers l’est. A la sortie de la ville, je longe la rivière Segre qui forme un lac (alt 520 m), jusqu’au pont d’Espia où je prends à gauche direction St Llorenç de Morunys.
Il est début d’après-midi, la chaleur m’étourdit et je n’ai pourtant qu’une solution : prendre de l’altitude pour aller dormir le plus haut possible et m’assurer une fraîcheur relative. La petite route très calme monte en longeant plus ou moins le Riu de Perles. Le petit village du même nom possède une jolie église en pierre. Je suis vraiment entourée de reliefs assez abrupts qui doivent être jolis aussi à sillonner en randonnée. Des tunnels à traverser, dans lesquels le vent s’engouffre, m’apportent une fraîcheur relative, me redonnent un peu de vie ! Je m’élève toujours, pas très vite, et arrive à Alinya. A l’entrée du village, à hauteur de genoux, se situe un point d’eau fraîche qui est plus que bienvenu. Le monsieur qui est en train de se rafraîchir m’explique et me montre la suite de mon itinéraire, loin là haut dans la montagne, entre les deux bosses !! Je ne me laisse cependant pas décourager (ce n’était pas son but) et atteins le collet del Bas à 1175 m, puis le coll de Boix à 1257 m. Un habitant me donne de l’eau et je ne tarde pas à trouver un coin à l’ombre. Fin de journée. Pour info, à Cambrils, il y a un camping et pas grand chose d’autre.
J3 : Cambrils – La Pobla de Lillet
+ 1340 m / – 1633 m 84 kmC’est encore une belle étape de montagne qui m’attend sous une chaleur caniculaire. Quelques petits vallonnements, le tout montant quand même, me mène d’abord au Coll de Jou à 1461 m.
C’est week-end, je croise des dizaines de cyclistes partis dans la fraîcheur matinale. Au col, il y a une fontaine où je peux remplir mes bidons mais aussi rincer mon maillot et le renfiler directement afin qu’il sèche tout en me rafraîchissant. La descente vers St Llorenç de Morunys est régulière, belle, très agréable. La température monte au fur et à mesure que je descends au fond du trou. C’est la Pentecôte, il y a beaucoup de motards et de touristes dans cette petite ville agréable à flanc de montagne. J’y fais une pause avant de reprendre la route en descendant vers le Panta de la Llosa del Cavall (lac de barrage à 800 m) que je traverse puis longe tout en recommençant à monter.
Un peu plus de véhicules sur ce tronçon mais ceci est relatif, ça reste très agréable. Le coll de Jouet (1276 m) second du jour, se situe en fait un peu plus bas au niveau du tunnel de Capolat qui permet de basculer vers Berga (720 m). Il n’est pas nécessaire de descendre dans la ville à moins de vouloir y faire étape ou la visiter. Je suis restée sur la route panoramique au nord, qui permet de dominer la 4 voies qui va à Baga puis la Cerdagne française et d’éviter ainsi de gros tunnels tout en restant à peu près à plat, plutôt descendant. Avant Cercs, j’ai rejoint ce grand axe non sans appréhension, mais l’accotement est large et les automobilistes exemplaires. Le paysage reste très beau, je longe el Pantà de la Baells puis les gorges d’el Llobregat où le vent me pousse fort, enfin…
A proximité de Guardiola, je suis à la porte du parc naturel de Cadi Moixero que j’avais parcouru lors ma traversée des Pyrénées en 2021-2022. Mais cette fois je vais toujours à l’est. Cependant, la journée est faite, demain sera un autre jour et ayant fait mes pleins d’eau à la station service, je trouve à me poser entre Guardiola et la Pobla de Lillet dans un endroit fort agréable et à la fois aéré sous l’ombre des pins.
J4 : Pobla de Lillet – Amélie les Bains
+ 1400 m / – 1960 m 115 kmDeux cols encore pour cette longue journée qui verra mon retour en France. Dès le départ, la route s’élève jusqu’au coll de Merolla (1100 m) que j’atteins assez rapidement avant les grosses chaleurs par la route très agréable principalement dans la forêt. S’ensuit une très longue descente jusqu’à Ripoll.
Je fais halte à Campdevànol sur la route afin de me ravitailler. Nous sommes dimanche et je ne trouverai rien d’autre, le lendemain étant également aléatoire (Lundi de Pentecôte). Me voici une nouvelle fois au fond d’un trou à 680 m d’altitude. Le col d’Arès qui marque la frontière se situe à 37 km et 1510 m d’altitude. La distance est longue certes mais c’est un bon dénivelé qui m’attend. Le début est quasi plat mais j’ai un bon vent de face. Je fais une pause dans le charmant village de St Joan des Abadesses qui a quelques vestiges intéressants, un beau pont notamment sur le Riu Ter. Jusqu’à Camprodon, je parviens alors à “accrocher la roue” d’un cycliste lèger mais tranquille qui me protège donc du vent de face. Mais ensuite la pente se fait de plus en plus raide et je dois le laisser filer. Comme par miracle, le vent a ensuite tourné pour m’aider ! Ne me reste plus qu’à remonter une partie de la rivière El Ritort et de me hisser jusqu’au col d’Ares. La vue est superbe, il fait plus frais à cette altitude. Le bâtiment qui est au col est en fait l’ancienne douane, à priori désaffecté. Pas d’eau, quelques tables et bancs de pique-nique. Me voici revenue en France. Je m’élance dans la descente où il faut freiner et très vite, dans les premiers virages, le panorama se découvre sur le massif du Canigou encore très enneigé.
Le ciel est bleu, l’atmosphère est limpide, ça flatte la rétine ! C’était la dernière très grosse montée de mon voyage et je ne suis pas mécontente de descendre en voyant les cyclistes qui montent dans la pente raide côté français. Petite pause à Prats de Mollo la Preste où je fais déjà mes pleins d’eau car je sais que j’aurai du mal à trouver un endroit où me poser pour la nuit dans les gorges du Tech. Je n’ai plus qu’à me laisser glisser dans ces défilés rocheux. Le niveau de la rivière est haut et tout le long, je suis bercée par le bruit de l’eau qui m’accompagne. Mais je ne trouve rien pour m’arrêter à l’aise alors je continue à descendre même si j’en ai plein les jambes. Je passe Arles sur Tech puis déboule à Amélie les Bains. Je dois maintenant prendre une petite route à gauche pour rejoindre, demain, le Fenouillèdes. Je repasse le petit plateau et après 4 km de montée, trouve enfin de quoi poser ma tente discrêtement, sur les hauteurs d’Amélie les Bains après une étape de 115 km.
J5 : Amélie les Bains – Prats de Sournia
+ 1255 m / – 940 m 71 kmMa dernière étape avant la quille ne sera pas de tout repos, mais je n’aspire qu’à une chose : prendre une vraie douche, me poser et voir mes amis. Je pars plus tôt que d’habitude pour passer le col d’en Xatard (752 m) à la fraîche. Je suis entourée de massifs complètement recouverts de forêts, ai la route juste pour moi, c’est du pur bonheur de cyclo. Le pourcentage n’est pas trop élevé et les villages minuscules de Taulis et Saint Marsal permettent de remplir les bidons. Le massif du Canigou est maintenant derrière moi, toujours aussi imposant dans le paysage.
Je suis dans le Haut Vallespir, qui, s’il n’est pas très connu, offre pourtant énormément de sentiers de randonnée à parcourir, un peu hors du temps. Je rejoins le col de Fourtou (en descendant) où je tourne à gauche et rejoins la rivière le Boulès au village de Boule d’amont qui a une jolie église. Je n’ai plus qu’à descendre tout le cours du Boulès noyé dans la verdure et la fraîcheur par une route étroite sensationnelle. A Bouleternère, je prends à gauche et rejoins la grande route. Vent dans le dos, accôtement large, je ne mets pas longtemps à gravir le petit col de Ternère avant de longer le lac de Vinça sur la Têt (240 m) et prendre ensuite à droite vers Tarerach.
Je suis dans ce massif qu’on appelle le Fenouillèdes, assez peu connu, sauvage, montagneux sans être très haut. J’ai l’avantage quant à moi d’en connaître toutes les routes et les villages pour l’avoir sillonné à vélo de manière exhaustive il y a quelques années. Les gorges qui remontent vers Tarerach sont toujours aussi belles, je me régale d’autant plus que j’approche du but. Je profite. pause pique nique à l’aire de jeux du village avant de poursuivre vers le col des Auzines (603 m). Descente de 5 km exactement pour croiser la rivière Desix au niveau d’un vieux pont romain, puis remontée encore, 6 km, dans un premier temps jusqu’à Sournia. Je connais cette route par coeur, chaque virage. J’ai la chance aujourd’hui d’avoir le vent en poupe.
A Sournia, je tourne à droite, dernière ligne droite, je monte jusqu’à la croix de fer avant de me prélasser, de déguster les 2 derniers kilomètres très légèrement descendants. Le village est en vue, avec sa fameuse tour à signaux d’où la vue s’étend du Canigou à la Grande Bleue et plus encore. C’est là, tout en haut du village, à la tour, que se terminent ces 5 jours de part et d’autre des Pyrénées, à une demie-journée des gorges de Gallamus et des châteaux cathares, les Corbières… pour ceux qui veulent poursuivre !
Informations pratiques
Topoguides et cartes
Je me ses d’une carte papier générale et de Iphigénie où j’enregistre traces et tuiles de manière à pouvoir ensuite les avoir offline.
Difficulté de l'itinéraire
Assez difficile avec un vélo chargé, dû aux dénivelés positifs importants.
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