Ces quatre journées à vélo sont un petit extrait des 7 semaines que j’ai passées à pédaler en Espagne au printemps 2026. Si le massif du Alto Tajo est bien connu des cyclistes et agences proposant des séjours à vélo entre Teruel et Cuenca, la partie que je vous propose est très jolie aussi, très tranquille, peut-être plus authentique car moins touristique à part quelques villages réputés. L’itinéraire emprunte des petites routes souvent désertes mais en bon état.
Conseils importants pour l’itinéraire
Attention aux ravitaillements, il y a relativement peu d’épiceries, encore moins de supermarchés et les horaires sont parfois fantaisistes et restreints. Il conviendra donc d’anticiper les étapes. Par contre, même si je ne les ai pas fréquentés, on trouve moyen de se loger quasiment dans chaque village. Là aussi, et si votre souhait est de dormir dans des hébergements, il faudra impérativement prévoir et réserver à l’avance pour éviter toute mauvaise surprise. Il est à savoir que le bivouac est officiellement interdit en Espagne.
J’ai parcouru ce tronçon du 15 au 18 avril. Nous avons mis 4 jours mais les étapes peuvent être découpées de manière différente pour faire des dénivelés positifs moins importants, prendre plus le temps de flâner dans les villages, ou au contraire aller plus vite. Un autre tronçon de ce long voyage est décrit sur I-Trekkings, de Castello de Farfanya à Prats de Sournia, en 5 jours.
Après les récits de rando dans le Djebel Sarhro, le canyon de Melloul ou le M’Goun au Maroc, après aussi les tronçons de ma traversée des Pyrénées à pied de Vielha à Salau, de Parzan à Bénasque, de Sallent à Parzan, du col de la Pierre St Martin au col du Somport, ou encore du Valromey plus près de chez moi à vélo, nous voici partis sur la “piel de toro”.
J1 : Mora d’Ebre – Prat de Comte
+ 840 m / – 514 m 36,2 kmJe rejoins à Mora d’Ebre une personne en milieu de matinée. Pour ma part, j’ai déjà de la dénivelée et quelques dizaines de kilomètres dans les jambes. Nous démarrons au pont qui enjambe le Rio Ebro qui est le second plus long fleuve espagnol qui prend sa source loin à l’ouest, un peu au sud de Santander dans les monts cantabriques. Son delta, 928 km plus loin un peu au sud de Tarragone fait l’objet d’un parc naturel. Nos premiers kilomètres se déroulent au milieu des vignes, des oliviers et des cultures céréalières mais les montagnes ne sont pas loin. D’ailleurs les 12 premiers kilomètres sont légérement montants, avant de redescendre très légérement vers le village El Pinell de Brai où nous traversons la rivière “Barranco Pinell”.
Mais très vite ce sont les gorges du Barranc de Gandesa que nous remontons jusqu’à l’aire de pique nique de la Fonteta. Attention à ne pas louper la bifurcation, c’est une toute petite route qui part sur la gauche. Nous quittons donc cet axe un peu passant avec plaisir. La météo est magnifique. Nous profitons de l’eau et des infrasctructures (bancs et tables) pour une bonne pause avant de reprendre la route. Et quelle route ! Toute étroite, interdite aux campings-cars, nous n’y croisons que deux autos. Certains passages sont raides mais les paysages valent vraiment la peine. Pause photo au panorama géologique surprenant. Je crains que nous n’ayons maintenant à descendre tout au fond du trou ! Effectivement la route raide et en lacets serrés nous fait plonger jusqu’au sanctuaire de “La mare de Deù de la Fontcalda”, tout au fond de gorges magnifiques où une eau claire invite à la baignade (sources chaudes).
Nous découvrons alors que passe ici la voie verte “Baix Ebre”, qui doit tout simplement être magnifique, avec beaucoup de tunnels. Mais nous remontons pour nous diriger vers Prat de Comte, joli village, qui est également la porte d’entrée du massif des Ports, parc national. Il fait beau, nous trouvons un coin pour installer les tentes.
J2 : Prat de Comte – Coll de Canteret
+ 1566 m / – 978 m 81,5 kmAprès une nuit très calme et un départ sous le ciel bleu, le début de la journée est globalement montant, avec quelques petites descentes intercalées. Nous remontons la large vallée entourée de montagnes qui culminent à environ 1000 m mais offrent des formes particulières plutôt esthétiques. C’est ensuite un paysage plus dénudé. Nous laissons Arnes à notre gauche et atteignons Valderrobes, magnifique village qui vaut un arrêt.
Château, porte, beaucoup de vieilles pierres. Valderrobes appartient à l’association des plus beaux villages d’Espagne. C’est aussi pour nous l’occasion d’un ravitaillement en nourriture. Plus loin au pont sur la rivière après Fuentespalda, la pause pique-nique au bord de l’eau est la bienvenue avant la suite de la journée. Beaucoup de montée nous attend et si le paysage est toujours très beau et la route toujours aussi déserte, le pourcentage met un peu les jambes à la peine.
Aucun point d’eau le long de cette route, nous n’avons donc pas d’autre choix que de continuer. Le second col, celui de Torre Miro est enfin atteint, nous nous laissons descendre vers Morella où là aussi, il y a du patrimoine à voir. Aqueduc, château, fortifications, rues en pente, portes, église, couvent… Nous en avons plein les cannes et ne trouvons pas le courage d’aller arpenter les quartiers hauts. Nous nous contentons des portes et fortifications, et poursuivons pour trouver un coin de bivouac pas trop tard. Ce sera chose faite juste après le coll de Canteret où nous arrivons un peu exténuées… Un chemin qui nous éloigne de la route et des arbres feront notre bonheur.
J3 : Coll de Canteret – col de Linares de Mora
+ 1510 m / – 780 m 69 kmC’est encore une journée avec un bon dénivelé positif qui nous attend. Le premier village traversée s’appelle Cinctorres mais à part l’église, il n’y a pas grand chose à y voir. Nous montons dans des terrains un peu plus secs où la vue est souvent dégagée.
La route n’est qu’à nous et notre premier point haut est le col de Portell de Morella, au dessus du village du même nom. Quelques maisons, un musée du dinosaure de Portell et quelques murailles peuvent faire l’objet d’une pause avant de repartir. Nous sommes sur une espèce de plateau autour de 1200 m d’altitude, l’air y est frais et pur, la vue est belle et dégagée, il y a moins d’arbres. Après la Iglesuela del Cid et surtout la Pobla de Bellestar, nous devons monter au puerto de Mosqueruela. Au village du même nom, nous faisons nos pleins d’eau en vue du bivouac mais devons encore monter jusqu’au Puerto de Linares de Mora avant de trouver un endroit qui me convienne pour passer la nuit (je suis exigeante). Avec encore une grosse journée de montagne dans les jambes, nous dormons comme des grosses marmottes. Nous avons croisé plusieurs fois lors de cette journée un balisage pédestre ou vélo “Camino del Cid“. Il s’agit d’une longue itinérance mêlant tourisme et culture, basé sur l’oeuvre littéraire “le poême du Cid”.
J4 : Col de Linares de Mora – Teruel
+ 950 m / – 1705 m 87 kmQuatrième et dernière journée de ce tronçon, nous partons le matin avec la forte volonté d’arriver pas trop tard à Teruel où nous prévoyons nous arrêter dans un hôtel. A vrai dire, pour ma part, je suis partie de Perpignan et n’ai fait jusque là que des bivouacs. La perspective d’une vraie douche et d’une lessive est alléchante et motivante. Un démarrage en descente est le bienvenu pour faire tourner les jambes sans forcer, avec une belle vue sur Linares de Mora et son ermitage de Santa Ana.
Nous prenons ensuite vers Nogueruelas et pour atteindre le col du même nom à 1550 m environ, je tire des bords au travers de la route pour adoucir la pente. Ma coéquipière monte tout droit, j’aime bien me préserver… Nous avons ensuite une belle descente jusqu’à Rubielos de Mora. Nous restons tout de même globalement au dessus des 1000 m d’altitude. Nous passons Mora de Rubielos, puis à partir de Puebla de Valverde, longeons l’autoroute par une voie de service sur quelques kilomères pour atteindre le dernier point haut, le puerto de Escandon.
Une voie verte roulante nous emmène un bout et nous avons enfin Teruel en vue. Arrivées finalement assez tôt, je prends le temps déjà de visiter l’escalier monumental del Ovalo, la cathédale et la tour El Salvador, la place del Torico, le viaduc de los arcos, la tour San Martin. Teruel est une ville culturellement très riche et je suis contente d’y faire une pause pour me mélanger un peu aux gens, qui furent finalement assez rares sur ce tronçon de voyage.
L’Espagne est très agréable pour voyager à vélo dans le sens où les conducteurs de voitures, de camions, se montrent extrêmement patients et “civilisés”, s’écartent, attendent et en toutes situations, ne serrent JAMAIS. j’ai effectué au total 3500 km, dans le nord, l’Est et le Sud, je n’ai absolument jamais vu un signe d’impatience ou un mauvais comportement. Les axes secondaires ont très souvent des accotements larges avec le même revêtement que la route. J’ai très souvent oublié que j’étais sur la route, étant totalement sereine par rapport aux dangers qu’elle peut habituellement représenter. Je retournerai pédaler en Espagne, rien que pour ça !
Informations pratiques
Comment s'y rendre ?
Il est possible de rejoindre Mora d’Ebre en train et bus (qui prennent les vélos). Teruel est également accessible en transports en commun.
Topoguides et cartes
J’ai utilisé un mix de carte papier générale d’Espagne, avec Google maps et mon appli Iphigénie sur fond Opentopomap. Afin de rester en mode avion tout en ayant mes cartes à dispo en permanence, j’avais téléchargé la trace et les tuiles au préalable.
Difficulté de l'itinéraire
Dénivelés importants.
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