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Tour de la Vanoise en Splitboard

Tour de la Vanoise en splitboard : 7 jours en refuges gardés avec une Grande Casse sauvage et vierge. Récit et trace GPS de ce raid hivernal inoubliable.

Focus Rando :Tour de la Vanoise en Splitboard
7 jours+7590 m/-7300 m86,7 km4
Auvergne-Rhône-AlpesAlpes, VanoisePas de transport en commun
MontagneFévrier, Mars, Avril

Télécharger la Trace GPX du Tour de la Vanoise en Splitboard

C'est avec mes amis Danaelle, Fabien et Laurent que je pars pour quelques jours en montagne, plus précisément pour un raid en splitboard dans le massif de la Vanoise. Au passage, je remercie encore Fab d'avoir tout organisé aux petits oignons.

Après environ deux heures de route depuis Annecy et après avoir récupéré Laurent à Bourg-Saint-Maurice, nous voilà garés au parking du Manchet à Val d'Isère. Nous nous équipons et sommes fin prêts à partir : voici le récit de cette aventure en splitboard autour de la Vanoise !

J1. Val d'Isère – Col des fours – Refuge du Fond des fours

+ 1090 m / – 440 m 10,2 km

Il fait beau et chaud lorsque nous quittons le parking, mais au fur et à mesure que la journée avance, le temps se gâte. La montée au refuge est très facile, tant au niveau de l'itinéraire que de la technique. Mais, étant donné que c'est notre premier jour de raid, nos sacs à dos sont lourds de vivres de course et de pique-niques. Nous arrivons au refuge du Fond des Fours en un peu plus de deux heures et pouvons y déjeuner.

Tour de la Vanoise en Splitboard

Il commence à neiger, aussi nous prenons des informations auprès des gardiens du refuge pour faire une course facile dans les environs. Nous en avions déjà repérées, mais il est toujours bon d'avoir l'avis des gardiens. Avant de partir, nous allégeons nos sacs à dos, car c'est dans ce refuge que nous reviendrons passer la nuit.

Refuge du Fond des Fours

Nous repartons donc, allégés, pour 450 mètres de dénivelé supplémentaires pour atteindre le col des Fours. Nous atteignons le col sous la neige, mais ce dernier est parfaitement visible grâce à un énorme cairn. Une traditionnelle photo de groupe puis nous ne tardons pas à nous préparer pour la descente. Nous faisons quelques beaux virages pour revenir au refuge par gravité.

J2. Refuge du Fond des fours – Pointe de Méan Martin – Refuge de la Femma

+ 1100 m / – 1290 m 15,6 km

Nous avions convenu de faire un roulement journalier sur l'encadrement de la course, afin que ça ne soit pas toujours le même qui analyse tout et prenne toutes les décisions. Aujourd'hui, c'est ma journée.

Nous avions convenu la veille de monter à la Pointe de Méan Martin par le Signal de Méan Martin, mais arrivée au col des Roches qui est notre point de décision, l'itinéraire ne me parait pas assez enneigé, ce qui laisse affleurer beaucoup de rochers et de glace. Il y a beaucoup de vent et la météo n'est pas très engageante non plus. Nous poursuivons donc légèrement sur la crête et chaussons nos splitboards en mode descente, afin de rejoindre l'itinéraire de la voie normale de la Pointe de Méan Martin.

Cette première descente est plutôt bonne, malheureusement trop courte, et nous rechaussons nos peaux de phoque. Afin de gravir cette pointe par sa voie normale, nous devons en faire pratiquement le tour. C'est assez long mais sans danger. Durant cette approche, le temps se couvre bien et il devient difficile de distinguer les reliefs. L'ambiance est au blanc !

Enfin arrivés au pied de la pointe, nous laissons nos splitboards et sacs à dos. Nous nous armons de nos crampons, piolet, et de notre doudoune adaptée aux conditions climatiques extrêmes pour gravir la dernière partie, raide et en mixte neige/rochers. Au sommet, le vent souffle fort, mais la plume naturelle nous protège bien des assauts du froid.

Tour de la Vanoise en Splitboard

De belles courbes et un jeu de traversées nous mènent au refuge de la Femma. Nous y croisons par hasard des invités d'un même mariage de l'été dernier ! Nous n'avions pas vraiment eu le temps de sympathiser, mais entre les bières et les jeux du soir, nous le pourrons !

J3. Col du Géfret

+ 910 m / – 910 m 10,4 km

Aujourd'hui est en quelque sorte une journée de repos : nous avons des sacs à dos très légers car ce soir nous dormons dans le même refuge, et la météo n'est pas au beau et elle doit se dégrader encore au fil de la journée, nous partons donc sur une course facile et sans risque.

Pendant la montée, nous avons la chance d'apercevoir quelques légères trouées de soleil, qui donnent une ambiance de lumières tamisées mais contrastées, un peu ambiance de fin du monde. Après presque 900 mètres de dénivelé positif gravis à la cool en trois heures de temps, nous mettons nos splitboards sur le dos pour la dernière partie, et nous voici au col du Géfret !

Nous sommes dans le blanc et la visibilité ne nous permet pas de bien distinguer les reliefs. Aussi nous attendons patiemment une trouée de soleil, mais cette dernière n'arrivera malheureusement pas. Notre descente se fera donc à tâtons, surtout pour Laurent qui ouvre la voie et donne aux suivants un point de repère afin d'avoir une perspective sur le terrain. Nous faisons tout de même de beaux virages avant de revenir au refuge pour une soirée jeux.

J4. Refuge de la Femma – Col du Charbonnier – Refuge de la Leisse

+ 1220 m / – 1090 m 11,6 km

Aujourd'hui, le départ est un peu morose. Nous devons laisser Fab qui doit rentrer à Annecy pour de tristes évènements. Nous poursuivrons ce tour de la Vanoise en splitboard en pensant fortement à lui, trouvant du réjouissement dans la neige qui s'est cumulée de jour en jour, et dans le fait qu'elle nous offre de superbes rides. Je crois que c'est pour cette raison que nous aimons tous autant cette pratique : elle nous fait tout oublier tant la concentration demandée est grande.

Aujourd'hui, avec le passage au col du Charbonnier à 3230 mètres d'altitude, nous ne croisons personne ni à la montée ni à la descente. Nous avons la montagne pour nous tous seuls. Une ambiance de brouillard avec du vent au sommet pour nous rappeler qu’on est tout petit et fragile là-haut, et une descente – que je trouve particulièrement esthétique – qui démarre en zigzaguant dans les rochers. Entre temps le soleil est sorti et la neige étant excellente, avec Dana on en redemande. Nous remontons un petit bout pour redescendre dans cette poudre qui nous fait tant vibrer !

Petite info refuge au passage : le refuge de la Leisse est un des seuls refuges de la Vanoise qui n'a pas été rénové et, outre le fait qu'il soit bien dans son jus, le prix n'est pas ajusté en adéquation avec la qualité proposée. C'est le seul refuge où nous n'avons pas très bien mangé et en quantité insuffisante.

J5. Refuge de la Leisse – Refuge du Col de la Vanoise

+ 550 m / – 430 m 10 km

Aujourd'hui est une journée de transition, en fond de vallée pour changer de refuge, sans ride, principalement de la marche avec nos spatules aux pieds, peu de montées si ce n'est une zone risquée à passer avec encore du brouillard presque tout le long. Nous tenterons d'abord de passer par un raccourci entre deux larges vires, mais vu le degré de pente et le plaquage par le vent, nous renoncerons et ferons le grand tour.

Une journée sans intérêt pour le snowboard, mais Ô combien esthétique et contemplatrice, austère, et méditative. Après de nombreuses heures la tête dans le guidon, à ne presque rien y voir, battus par les vents, nous voilà enfin au refuge du col de la Vanoise. Ce refuge est superbe et je profite du transat au coin du feu pour lire « Autour du Sommet des Dieux », un très bel ouvrage des éditions Guérin permettant de comprendre le cheminement entre l'oeuvre originelle et le 7ème art, en passant par la bande dessinée.

Nous étions partis pour un raid de 7 jours avec la Grande Casse prévue à J6. Nous avons eu des précipitations de neige tous les jours sauf le J2, du brouillard accroché sur les hauteurs à chaque sommet, alors l’éclaircie miraculeuse pour notre sommet phare n’était pas gagnée. Miraculeusement le BERA annoncé pour le lendemain baisse à 2, donc avec un risque d'avalanche bien plus acceptable qu’à 3. Et la météo annonce une journée qui va se dégager, nous verrons bien !

J6. Grande Casse (3855 m)

+ 1420 m / – 1420 m 10 km

J6, 8:15, 2430m. Nous partons du refuge pour la Grande Casse, à trois dedans seulement ! Les autres randonneurs du refuge préférants se rabattre sur la Pointe de la Réchasse. Compte tenu de la météo des derniers jours, personne ne s’est aventuré à la tracer, et il y a une bonne couche de neige fraîche. Qui est-ce qui va se régaler ? Nous sommes vraiment seuls dedans pendant deux bonnes heures où on brasse pour faire la trace. Je sens le poids de la neige s’affaisser sous mes pieds, et le bruit de cette neige fraîche qui me transporte. C’est juste magique. Comment peut-on être seul dans cette grande classique, point culminant tant prisé de la Vanoise ? C'est ma quatrième Grande Casse et habituellement par grand beau, c'est une centaine de personnes qu'on peut trouver dans la face.

Vers 10:15 vers 3300 mètres, juste avant la partie raide où les crampons doivent être chaussés, nous sommes rejoints par deux skieurs avec qui nous discutons un peu et ferons la fin de l’ascension. Ils commencent d’abord par nous suivre, puis passent devant pour nous relayer. Spatules sur le sac et piolet en main, nous franchissons 300 mètres de dénivelé positif dans la neige fraîche.

La pente s'adoucit enfin et nous devons faire une traversée sur une zone soufflée par le vent. Je regarde les copains en contrebas et me dis que ce n’est pas le moment de tomber. La pente raide me ferait glisser jusqu’aux rochers un peu en-dessous, puis ma course finirait dans le glacier encore plus bas. Bien plus bas. Non vraiment ce serait une mauvaise idée de glisser. Je prends donc la peine de bien planter mon piolet et les dents acérées de mes crampons dans la pente, pour m’accrocher au manteau neigeux comme si ma vie en dépendait.

Nous repassons devant le binôme de skieur sur le replat à 3600 mètres. Ils sont d’une génération au-dessus et souffrent de l’altitude, et puis surtout ils viennent de tout en bas. Ils commencent à s’arrêter régulièrement pour reprendre leur souffle. On rechausse les spatules un peu au-dessus des 3600 mètres jusqu’au col à 3685 mètres, pour entamer la dernière partie avec nos couteaux sous nos spatules. Mais pas bien longtemps, nous devons vite rechausser les crampons. Arrivés quasiment au sommet il est 13:40. Les deux skieurs décident de descendre sans aller au sommet qui est difficile à atteindre, on n'abandonne pas le sommet 10 mètres au-dessous c'est impossible ! C'est Dana qui trace cette courte partie raide et très enneigée. En crampons, elle a de la neige jusqu’aux hanches mais ça passe. Elle brasse pas mal et atteint le quasi-sommet. Impossible d'aller plus loin car il y a une corniche et on ne sait pas vraiment où se termine la terre ferme là-dessous. La vue à 360 degrés est superbe, et encore davantage sublimée du fait que nous sommes seuls au monde !

Tour de la Vanoise en Splitboard

Nous devons malgré tout redescendre, et c'est une descente magique qui nous attend. Nous sommes seuls sur la montagne, il n’y a que les deux traces des deux skieurs croisés et notre tracé de montée, tout le reste est vierge, juste improbable : c'est le Grand Casse de l’année !

J7. Refuge du Col de la Vanoise – Tignes

+ 1300 m / – 1720 m 18,9 km

Dernier jour, jour de retour à la civilisation. La Grande Casse est dans un nuage qui ne la quittera pas de la journée. On sort du refuge dans un vent fort et glacial pour entamer notre départ. Vraiment la fenêtre météo était hier, ça s’appelle être au bon endroit au bon moment.

Notre rando du jour est en deux parties. La première est une montée au col de la Grande Casse à 3091 mètres, puis une descente contournant le glacier de l'Épéna pour redescendre à 2000 mètres. Rapidement arrivés en haut du col, nous sommes dans le nuage de la Grande Casse qui nous envoie une neige légère. Il fait grand beau sur le massif d’en face où nous nous dirigeons. Ici la visibilité est moyenne mais suffisante pour voir le glacier à éviter. Nous entamons alors un début de descente compliqué : nous devons rester sur la ligne de niveau afin d'éviter la zone crevassée du glacier, mais il y a une bonne couche de neige fraîche et nous sommes en snowboard. Je n'ai aucune envie de déchausser pour mettre les peaux pour quelques centaines de mètres de quasi plat, alors on avancera en faisant des mouvements de hanches pour essayer de rester à niveau, en se relayant pour faire la trace. Avec la lecture du terrain, ce manège aura duré une heure, mais en switchant deux fois en mode montée/descente, on n'aurait pas gagné grand chose.

Passé cette zone de crevasses, nous sommes hors de danger. Nous assistons à une chute de séracs qui causera une magnifique avalanche de glace. On aurait dit un jeyser sorti des antres du glacier, accompagné d’un vacarme faisant vrombir la montagne. Nous ne croisons personne sur cette descente, encore seuls dans toute la face, sans aucune trace. L'ambiance est mystique. La fin de la descente a lieu sur des pentes plein Nord et bien enneigées, sans danger, nous nous délectons donc de ce moment incroyable !

La deuxième partie commence en plein cagnard. Ambiance totalement différente ! On passe en ski touring : on rentre tout le matos et les vêtements chauds dans le sac pour sortir les lunettes de soleil, la crème solaire et commencer à remonter. Sauf qu’on ignore la bavante qu’on va se taper ! Très vite on retrouve le vent glacial de ce matin qu’on prend de pleine face ! 2h15 de marche dans des faux plats montants avec des bouts de descentes. Je pars devant, au loin, écouteurs dans les oreilles jusqu’à notre arrivée au col. Avec le bruit du vent, inutile d'essayer de taper la discute.

Nous sommes sur les hauteurs de Tignes et il n’y a plus qu’à se laisser descendre. Jamais été aussi content de voir un télésiège et de la civilisation : fin de la bavante, que c’était long ! Rider sur piste nous parait tellement facile qu'en une fraction de seconde nous sommes en bas. Fin du raid.

Je pars en stop et bus pour aller chercher la voiture. Que de souvenirs qui s’entremêlent déjà : de belles rencontres en refuge, de la bonne neige, une Grande Casse mythique sur une fenêtre météo improbable. Des montées et descentes seuls dans les faces, des ambiances dans le brouillard, la neige, le vent. Nous allons tous rentrer chez nous un sourire béa aux lèvres !

Guillaume Condat
Photo-reporter outdoor, c'est dans les Alpes autour d'Annecy que je passe mon hiver en splitboard ; l'été mon côté globe-trotter m'amène à pratiquer la plongée sous-marine à travers le monde. Aux inter-saisons, trekking, VTT, bikepacking, paddle, alpinisme et via ferrata viennent compléter ma passion pour les grands espaces !

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