Nous avons décidé de partir entre copines pour faire le tour du Mont Thabor à ski de randonnée sur 6 jours, en février. C’était un petit challenge de créer l’itinéraire de toutes pièces et de partir entre filles, et nous avons réussi ! Récit…
Pour une version estivale du tour du Mont Thabor, vous pouvez lire le récit de GregOutdoor.

J1 : Valmeinier – Refuge de Terre Rouge
+ 500 m 7 km 3h00 Refuge de Terre RougeOn se retrouve avec Julie et Marion à Saint Michel de Maurienne, afin de faire ensemble le dernier trajet en covoiturage. Les présentations sont faites avec Julie à ce moment-là, on part faire 6 jours de raid en ski, et on ne se connait pas. Marion est ma petite sœur, et j’ai confiance en elle et en ces copines.
D'abord s’équiper sur le parking. On part vers 14 heures, on n’est pas pressé, car la première journée est courte. La météo de ce premier jour n’est pas avec nous, c’est couvert et heureusement, il s’est arrêté de pleuvoir.
Notre mission du jour est de rejoindre le refuge de Terre Rouge, où nous attend Chloé, l’aide gardienne et copine de Julie. Pour le départ, ce sont les chiens de traineau qui nous montrent la voie. On s’enfonce dans le vallon de la rivière Neuvache, on va la suivre quasiment jusqu’au refuge. Les chalets traditionnels en lauzes sont très beaux, on se sent tout de suite en vacances.

On commence à monter tranquillement, croisant quelques skieurs et quelques raquettistes courageux. La première journée est une bonne mise en forme, tant pour la caisse physique que pour la cartographie. Dans ce monde en noir et blanc, ce n’est pas facile de s’orienter. Heureusement que les filles ont tout prévu, avec les cartes hors ligne, les GPS allumés, les batteries chargés.
On passe rapidement dans un canyon magnifique bordé de cascades de glace, on se sent tout seul. Le rythme est chouette, on avance bien, mais sans pression. Et on fait souvent des pauses pour être sûr de la direction à prendre.
On finit par arriver au refuge de Terre Rouge après 3 heures de progression et environ 450m de dénivelé positif, dans le brouillard et sous la neige. Au jeu du premier qui repère le refuge, c’est Julie qui gagne 😉
Le refuge de Terre Rouge est super accueillant, il est grand et très neuf. Nous avons la chance d’avoir un dortoir pour nous trois, ce qui est extrêmement confortable. Marion, qui bouge beaucoup, dormira en diagonale sur 4 matelas malgré elle ! Et il y a même des douches froides pour les plus courageuses.
Pour ce premier jour, nous avons deux ampoules pour Marion et Julie, et le pied gonflé pour moi, qui me fait boiter ! Ça promet pour la suite ! Heureusement, le baume du tigre et les compeed font des miracles, on sera toutes sur pied le lendemain.
La météo est annoncée mauvaise pour le surlendemain, où nous avons prévu de faire le Mont Thabor . Sur les conseils du gardien, nous modifions notre itinéraire pour faire ce sommet mythique demain, et voir pour la suite plus tard.
J2 : Refuge de Terre Rouge – Refuge du Thabor
+ 1000 m / – 800 m 11 km 7h00 Refuge du ThaborRéveil à 6h45, la montagne appartient à ceux qui se lèvent tôt. Notre programme aujourd’hui c’est 1000 mètres de d+ pour atteindre le sommet du Thabor, puis descendre tranquillement au refuge du Thabor. La météo est belle aujourd’hui, on voit le décor autour du refuge. Les montagnes sont grandes, immaculées, et le ciel est tout rose, c’est magnifique. Ici c’est immense et il n’y a pas de traces de skieurs de partout.
Après le petit déjeuner et un au revoir à Chloé, nous mettons les peaux de phoque pour partir à l’assaut du col de la Chapelle. Nous commençons par un grand plat, pour aller au fond de la vallée. Nous sommes partis tous ensemble du refuge, environ 25 personnes. Mais ici, il y a un croisement et chacun prend une direction différente.
Nous montons en direction de Plan Borrel. Les premières difficultés arrivent avec une pente un peu raide en neige dure. Les couteaux auraient été les bienvenues, mais on a un peu la flemme de les mettre. Quelques conversions et nous voilà sorti d’affaire.
Nous montons en direction du col de la chapelle. Ici, on retrouve un autre groupe venu de nulle part, qui nous double. Nous prenons notre temps, on n’est pas pressé. La cartographie est tout un talent. Même avec un GPS, ma frangine se rend compte que ce n’est pas si facile que ça de se repérer, et de passer de la carte à la réalité. Du coup, on a failli plusieurs fois se retrouver à aller dans une autre direction. Heureusement, j’ai pu mettre mes talents d’accompagnatrice en montagne pour les remettre sur la voie. Dans tous les cas, c’était un win /win . Les filles ont plus la forme que moi, donc elle m’attendait en faisant des points cartes 😉. Et moi, je reprenais mon souffle (c’est haut le Thabor !). Ici les paysages sont grandioses. Nous avons derrière nous une vue sur une vallée très large, avec pas de traces de skieurs, absolument personne. Au fond, on voit les pistes de ski de Valmeinier et le refuge de Terre Rouge. Au-dessus de nous, le Roc de Valmeinier nous domine avec ces aiguilles saillantes. C’est très photogénique, avec ce ciel un peu couvert et le soleil voilé. C’est une ambiance sympathique.
Du col de la Chapelle au Thabor, il y a une traversée assez mauvaise, en neige dure, qui inspirait moyennement confiance. Pour ne pas tomber, nous avons mis nos couteaux et le casque et on y est allé sereinement.

Le sommet du Thabor, c’est magique ! 4h30 de montée pour un panorama à 360 degrés. Il n'y a personne (on est deux groupes de 3 au sommet), et il ne fait pas froid. On mange notre casse-croute et on traine, c’est magique. La chapelle est en rénovation, depuis très longtemps d’après Julie.
Il est temps de redescendre. Nos compatriotes du sommet sont montés par le col des Méandres et la neige là-bas est assez bonne. Nous allons donc les écouter et passer par là. Parce que pour y arriver, la neige est bien pourrie, bien dure, ça fait les jambes. Je suis choquée de voir une dame en raquette toute seule presque au sommet du Thabor, à 3000 m ! Venant de la vallée de Chamonix où le ski de randonnée est roi, je n’ai vraiment pas l’habitude des raquettistes. Encore moins tout seul, encore moins à 3100 m d’altitude et encore moins dans un petit brouillard naissant !
Le col des méandres est sympa, un peu de poudreuse, et le retour du soleil. Encore une fois, on est tout seul, et il reste quelques traces à faire. Au lac du Peyron, nous remettons les peaux de phoque pour rejoindre le refuge du Thabor. C’est une traversée légèrement montante et assez rapide qui nous attend.
15h30, le refuge est en vue, et on retrouve un peu de monde. Nous arrivons en même temps qu’un autre groupe de sept / huit personnes. Et surtout ça fourmille au lac, il y a 120 militaires qui s’activent !
On a encore de la chance, nous avons un petit dortoir de 11 places, mais nous ne sommes que 5 dedans. C’est le luxe de pouvoir dormir sans ronflement et sans être entassé les uns sur les autres.
Vite, on s’installe à une table dans la salle commune, les militaires débarquent pour boire un coup et manger leur gamelle. C’est un sacré bazar, la salle est pleine, la testostérone à son comble. Sur 120 militaires, il n'y a qu'une seule fille ! Le capitaine nous fait rire avec sa phrase : « on déphoque, on emphoque ». Ça doit être de l’argot militaire…
Improbable, on voit Julie (une autre), notre nounou d’enfance, entrer dans le refuge ! On est pourtant à 200 km de chez nous. Elle fait aussi un tour du Thabor, pas le même que nous, et pas dans le même timing. Enfin ce soir, elle est avec nous, et on passe une très bonne soirée à jouer aux cartes et à se rappeler des souvenirs d’avant.
J3 : Refuge du Thabor – Refuge Terzio Alpini
+ 100 m / – 800 m 8 km 2h30 Refuge Terzio AlpiniLa météo aujourd’hui est mauvaise, on le savait. Finalement au réveil ce n’est pas si pire. On traine dans le refuge, on prend le petit déjeuner le plus tard possible. Julie et son groupe sont partis assez tôt pour tenter le Mont Thabor. Nous, nous avons opté pour un petit couloir en aller-retour, sans aucune prétention.
Il fait assez froid, il y a du vent et malgré le soleil à travers les nuages, nous sentons nos doigts s’engourdir.
On commence par se laisser glisser pour rejoindre le col de la Vallée Etroite. Ici, on met les peaux de phoque pour monter en direction du col de Fontaine Froide, puis du col de la Gran Bagna, notre objectif du jour.
On monte dans un brouillard épais, et dans le vent. On ne sait pas trop si on monte ou si on descend, et vu qu’on ne voit rien, on fait des points carte toutes les 5 minutes, en ayant froid aux mains. Le plaisir étant très limité, et vu qu’on a rien à prouver à personne, on est toute d’accord pour descendre au refuge.
Hop, on enlève fissa les peaux de phoque et on se laisse glisser dans le vallon de Tarvernette en direction de la vallée étroite. On suit la rivière, qui fait un faux plat descendant. Il faut parfois pousser un peu sur les bâtons, et même monter une petite pente à pied. Nous croisons un vol d’oiseaux migratoires, ils sont au moins 300, à remonter le vallon. C’est chouette de les voir faire, ils se posent sur un bout d’herbe, puis repartent comme un seul oiseau.

La fin dans la forêt ressemble un peu à de la rando sanglier, il faut trouver son chemin, éviter les quelques cailloux et ne pas se prendre de branches.
Nous arrivons au refuge de Terzo Alpini vers midi. L’accueil ici est excellent. La vallée étroite a la particularité d’être en France, mais d’être gérée par les italiens. Donc c’est en italien que l’on nous souhaite la bienvenue et qu’on nous sert une bière, mais sur la porte, c’est écrit licence 4 et règlementation française. Drôle de contraste.
On fait le choix de laisser nos pique-niques du jour dans nos sacs et de manger un chili con carne au chaud au refuge. On chillera tout l’après-midi, entre douche chaude, sieste, peinture, lecture… Nous avons encore la chance d’avoir un dortoir de 4 personnes pour nous trois. Vers 17 heures, on va au refuge d’à côté, Tre Magi, pour boire l’apéro et jouer aux cartes avec Julie, notre ancienne nounou. La météo a eu raison d’eux, ils ne sont pas allés au sommet du Thabor, mais auront quand même fait une belle journée de ski. Demain, ils ont le même début de programme que nous : le col du Vallon. Puis, ils bifurqueront vers Névache, alors que nous allons en direction du Ricou. D’ailleurs, il y a une arête ou une crête pour y aller, le Pas du Lac Blanc. Julie, qui a un peu le vertige, n’est pas rassurée. Heureusement Tim connait le coin et la rassure en lui disant que ce n’est pas vertigineux, on va pouvoir passer.
Le repas est gargantuesque, ça commence avec un apéro au martini blanc et du pop corn, puis des pâtes en entrée, puis de la viande et légumes, puis de la salade, puis un dessert. On va se coucher le ventre bien plein.
J4 : Refuge Terzio Alpini – Refuge Ricou
+ 1500 m / – 1000 m 18 km 8h00 Refuge RicouOn se réveille tôt, la journée est longue. Notre objectif est de partir à 8 heures du refuge pour être dans le même timing que le groupe à Julie et faire la montée ensemble.
Il y a du vent ce matin, et il fait grand beau et froid. Pour commencer la journée, on remonte le vallon descendu hier, jusqu’à la bifurcation en direction de la maison des Chamois. C’est un itinéraire en forêt, tranquille, où il y a plein de traces d’animaux (écureuil, lièvre, renard…). Mais pas de traces de ski, nous sommes les premières.
Arrivées sous la Tête du Chien, on commence à se poser les questions. Il y a un vent de fou, il fait froid et nous avons devant nous une pente un peu plus raide à remonter. Aujourd’hui le BERA (Bulletin d’estimation du risque d’avalanche) disait risque 2 au-dessus de 2300 mètres, avec un risque de petites plaques à vent. Donc risque relativement modéré, on analyse, on se concerte et on y va.
On prend de la distance de sécurité et on se regarde. Derrière nous, on a vu un groupe de 3 personnes, ou peut-être plus. On se dit que c’est le groupe de Julie qui va nous rattraper.
Les conditions sont dantesques, les traces de montée s’effacent entre le passage de ma petite sœur qui ouvre la voie, et moi qui la ferme. Nos camel back ont gelé, et on a un peu la flemme et trop froid pour sortir nos gourdes de nos sacs à dos. On avance, en faisant des points cartes régulièrement, car on entre dans le brouillard.
À un moment, on hésite. On doit traverser une face un peu plus raide, et on se demande si on y va ou pas. On se demande aussi si le groupe de Julie n’a pas fait demi-tour, car on ne les voit plus. On hésite, on fait le pour et le contre.
Le pour :
- BERA : risque limité
- Pas de signe de coulée d’avalanche, de whouff ou tout autre signe annonciateur d’avalanche
- Peu de neige au-dessus de nous car ça a été soufflé ailleurs
- On est en forme et un petit groupe
Le contre :
- Mauvais temps donc pas d’hélico
- Pas de réseau de téléphone, pas de radio, donc pas de moyen rapide de prévenir les secours
- Des accumulations par endroit, et avec le brouillard, on ne voit pas ce qu’il y a au-dessus de nous
On penche plutôt pour le pour, et quand on se retourne, on voit le groupe de Julie derrière nous. Sauf qu’ils sont 3, donc ce n’est pas le groupe de Julie (et leur guide Tim). Ça aura suffi à faire la balance pour y aller quand même.
Le groupe nous double et fait la trace, c’est un chouette relais. Nous arrivons sans encombre au col du Vallon. Ici les conditions sont folles ! On ne tient presque pas debout, les rafales nous poussent. Si tu lâches ton bâton ou ton ski, tu ne les retrouves jamais ! De plus, il y a une plaque à vent qui est partie juste de l’autre côté du col. Elle est assez étroite mais pas mal épaisse. Ça jette un froid.
La prise de décision pour aller au Pas du Lac Blanc est très facile, nous sommes toute d’accord pour ne pas aller faire une crête dans le brouillard, avec les skis sur le dos, et avec un vent qui nous couche. Notre plan devient donc de descendre jusqu’à Névache, puis de faire du stop pour avancer en fond de vallée dans la direction du refuge de Ricou.
La neige est très bonne à skier, le vent à créer des accumulations de poudreuse très agréable. Nous longeons la rivière, en bordure de ces grosses falaises très belles (rochers de la Miglia et de la Paria). Nous sommes seules au monde, et nous profitons du soleil, maintenant que nous sommes passés sous les nuages. Il y a encore beaucoup de vent, mais nous n’avons plus froid.
Le début de cette vallée est marqué par une petite chapelle (Chapelle Saint Michel) posée au milieu de nulle part, c’est magnifique. Après une traversée, nous rejoignons le chemin d’été. Ici la neige s’arrête, à environ 1800 m d’altitude. Nous marchons les skis sur le sac à dos pendant environ 15 minutes, le temps de rejoindre Névache.
On s’attendait vraiment à faire du stop, mais lorsque le chemin surplombe la vallée, on ne voit aucune voiture. Les routes sont transformées en piste de ski de fond ! Il faudra donc remettre les peaux de phoques et continuer notre aventure à ski.
On prend notre pique-nique en bas de la descente, sur cette fameuse piste damée. On croise des enfants tirés dans des luges, des raquettistes avec des chiens, des gens à pied ou à ski de randonnée. Le contraste est saisissant entre notre ambiance il y a une heure, au col du Vallon, dans la tempête et le froid, et ici, où tout le monde est en T-shirt, tranquille. Il y a vraiment deux mondes.
On croise un accompagnateur en montagne du coin qui nous dit que le refuge du Ricou est à 1h30, et même une heure parce qu’on est jeune. Un point carte nous informe qu’il y a environ 6 km et 600 de d+. Vu qu’on n’est pas Kilian Jornet, je suis sûre qu’on va mettre plus qu’une heure !
Bonne surprise, on voit descendre Julie et son groupe par le même chemin que nous ! Eux aussi ont fait le col du Vallon dans les mêmes conditions. Ça nous rassure sur notre choix d’itinéraire. On repart tous ensemble en direction du fond de la vallée, on papote, on profite de la chaleur et de la tranquillité d’esprit. C’est tellement improbable de se retrouver ici, entre chamoniard. Notre chemin se sépare pour de bon après une demi-heure de marche ensemble. Julie est son groupe vont dormir au refuge de Buffère, sur la gauche en remontant la vallée, puis ils vont suivre à peu près le même itinéraire que nous mais avec un jour de plus. Et nous continuons vers le refuge Ricou, plus au fond de la vallée.

Cette vallée qui est magnifique, bien fréquenté par toute sorte de promeneurs. On passe plein de petits hameaux avec des chalets en pierre magnifique. Ici, on est dans la fameuse vallée de la Clarée que Guillaume a découvert en Splitborad, Je rêvais de la découvrir. C’est chose faite, et je reviendrais.
La montée est interminable. C’est tout d’abord un faux plat pendant une heure trente, puis une petite heure de montée jusqu’au refuge. Je n’ai jamais été aussi contente d’arriver au refuge et d’enlever mes chaussures ! Le point carte nous apprend qu’on a fait 18 km et 1500 de D+. C’est pour ça que les jambes tirent ! La vue ici est folle, et l’accueil est très sympa. Il y a des affiches sympas qui disent qu’on est les bienvenues, et le chien nous fait la fête. Le refuge Ricou est neuf, et il y a même une douche chaude. Et encore une fois, nous sommes dans un petit dortoir de 3 personnes, le luxe.
Le soir, nous demandons des conseils sur les « condi » au gardien de refuge. Il nous répond : des « cons » y’en a plein, et des « di » je ne sais pas ce que c’est. Avant de nous donner de bons tuyaux quand même. La saison doit être longue pour eux.
J5 : Refuge Ricou – Refuge des Drayère
+ 800 m / – 700 m 8 km 5h00 Refuge des DrayèresAujourd’hui, la journée est courte. On part tranquillement du refuge Ricou en direction du col de la Tempête. On suit d’abord, puis on double un groupe qui part du même refuge que nous. On est de nouveau seul au monde dans ces montagnes, on fait les premières traces, même s’il n’a pas neigé depuis longtemps. Peut-être que le vent d'hier a recouvert toutes les traces, ou peut-être qu’il n’y a décidément personne dans ces montagnes.
On remarque une ou deux coulées naturelles, sur la même exposition que celle qu’on va prendre. Nos warning passent à l’orange. Le BERA est toujours de 2, avec des déclenchements naturels de grosses plaques de fond, et déclenchements provoqués de petites plaques à vent. On fait attention.
Ici, c'est magnifique, sauvage, vierge. Il y a des traces à faire partout, et tout a l’air de se skier. Et encore une fois, personne ! C’est fou ce contraste entre le nombre important de refuges ouverts, et pleins, et le peu de gens en montagne. On croise une trace bizarre de loin, très rectiligne et très grosse. Trop pour un animal, et ce ne sont pas des traces de ski. Une fois le nez dessus, c’est la stupeur pour moi, ce sont des traces de raquettes, d’une personne toute seule. Et, les traces montent droit vers un col à 2900 mètres ! Je trouve ça tellement fou, d’être seul en montagne, et en raquette… Mes a priori en prennent un coup.
On fait un peu de carto pour trouver le bon col de la Tempête. Pas de trace pour nous guider sur cet itinéraire pourtant marqué sur les cartes IGN. La dernière montée est assez raide, au-dessus des 35 degrés (donc risque d’avalanche). On prend de l’espace, on regarde autour de nous. On entend un ou deux « whouff » qui nous alertent. Prise de décision, on est 150 mètres sous le sommet, il est 11H30. Que faisons-nous ?
Le pour continuer :
- Il fait grand beau, on est en forme, on est un petit groupe
- Il reste 150 mètres, soit 30 minutes de montée
- Le BERA est assez faible
- On peut faire un tracé pour rester dans des pentes aux alentours des 35 degrés, et sans pente plus raide au-dessus de notre tête
- Du réseau de téléphone (rare dans ces montagnes)
Le contre continuer :
- Des whouffs
- Présence d’avalanche de petites tailles avec les mêmes orientations que notre montée
Ce qui joue aussi dans notre prise de décision :
- La grosse journée d'hier où descendre dans la vallée nous a fait faire un énorme détour, et on a quand même les jambes un peu lourdes rien de que penser à faire la même chose.
Bref, on prend de la distance et on y va. Marion trace la voie, elle fait beaucoup de conversions pour rester dans la partie la moins raide, et elle fait également marche arrière à chaque petit whouff entendu. Le groupe qui monte en face doit se demander pourquoi on fait autant de conversion ! Et moi je suis contente, c’est une bonne façon de faire des pauses, je commence à fatiguer un peu.
Je crois qu’on s’est mis dans la tête que c’était une petite journée, alors que pas tant que ça, si bien qu’on était toutes contentes d’arriver au col. On a cassé la croute sous le col, sur des cailloux, à l’abri du vent et avec une vue de folie. C’est un coin pique-nique 4 étoiles ! On a pu suivre l’avancée du groupe parti en même temps que nous du refuge, qui sont à l’opposé de la vallée, faire de la lecture de paysage pour trouver le nom de tous les sommets aux alentours, imaginer notre prochain raid à ski…
De l’autre côté du col, on voit un groupe de 10 personnes et une personne seule en raquette (décidemment !). Ça nous fait un choc, nous qui étions toutes seules depuis le matin, on ne s’y attendait pas.
La descente est poudreuse, très jolie, on se balade en suivant le vallon. On repère la montée du lendemain, ainsi que le col. On se laisse tranquillement glisser jusqu’au refuge des Drayères, où on est accueilli par Voltaire qui aboie et par l’énorme Pako.
Le refuge est perdu en fond de vallée, comme posé là. Visuellement, c’est celui que je préfère, il fait vraiment refuge du bout du monde, entouré de grosses montagnes. Et l’intérieur ne va pas avec l’extérieur, c’est très cantine scolaire avec du carrelage au sol et des lavabos comme à l’école. On passe l’après-midi à lire et à peindre dans les transats, puis dans les canapés. On se sent ici comme à la maison. Encore une fois, nous avons un dortoir de 6 personnes pour nous trois, un vrai luxe ! Et il y a également des douches.
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J6 : Refuge des Drayère / Valmeinier
+ 700 m / – 1200 m 14 km 7h00C’est le dernier jour, tout est nostalgie. On quitte le refuge des Drayères tranquillement en se disant que c’est la dernière fois qu’on met les peaux de phoques. Le chien Voltaire nous accompagne sur le début de la montée, jusqu’à ce qu’on le chasse parce qu’on est trop loin du refuge, et qu’il doit rentrer chez lui.
Vu qu’on remonte le vallon qu’on a descendu hier, et que la montée est tracée, on ne fait pas beaucoup de points carte, et on avance rapidement. On fait de la lecture de trace d’animaux, ce qui est facile parce qu’on en voit que deux différentes, du lièvre et du renard.
Il y a un peu plus de monde dans ce vallon, un groupe du CAF de 7 personnes qui va au même col que nous, mais par un autre chemin, et deux filles qui vont au Thabor. La fréquentation n’a toujours rien à voir avec la vallée de Chamonix !
Le col de Névache à 2800 mètres d’altitude s'atteint facilement. La vue sur le vallon de l’autre coté, et le refuge de Terre Rouge signe la fin de la découverte, nous revenons en terrain connu. Il fait beau et chaud, et nous profitons de la pause pour faire un point sur ce raid. Marion est contente d’avoir réussi à créer un itinéraire réalisable de toute pièce, sans l’aide de personne. Julie est contente d’avoir réalisé ce raid sans mecs, juste entre filles. Et moi, je suis contente d’avoir eu assez la forme, malgré un entrainement nul à cause de blessure, et de ne pas avoir retardé le groupe. On prend rendez vous l’année prochaine pour un nouveau raid à ski quelque part, peut être la Vanoise, peut être du coté du refuge de Buffère ou du Chardonnay, ou peut être ailleurs ?
La descente sur le refuge de Terre Rouge est trop bien : neige poudreuse, des traces à faire de partout, des traces de montée à suivre pour être sûr de ne pas se retrouver sur des barres rocheuses, grand soleil, chaleur… Le bonheur à l’état pur !
Nous prenons notre dernier pique-nique sur la terrasse du refuge, avec un bon café pour finir le repas. On traine ici pendant une heure et demie, comme si on n’avait pas envie de revenir à la vraie vie. Ici, c’est vraiment les vacances !
Il faut quand même rentrer à la maison, on descend le vallon du premier jour, sous le soleil cette fois-ci. On le découvre autrement, plein de promeneurs, avec une neige agréable à skier. Il faut parfois pousser sur les bâtons, histoire de faire encore un peu plus de sport.
Et juste avant de revenir à la voiture, on croise Chloé, l’aide gardienne de Terre Rouge, le refuge du premier soir. Elle rentre de son congé et remonte travailler, pour accueillir avec le sourire les prochaines personnes qui vont faire le Tour du Thabor ! La boucle est définitivement bouclée.
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