Quitter la mer Adriatique pour s’enfoncer dans les montagnes des Balkans, pédaler de parcs nationaux en vallées reculées, composer avec la chaleur, les longues ascensions et l’imprévu : telle est la promesse de la Transdinarica. Cet itinéraire au long cours, encore confidentiel, nous l’avons suivi du Monténégro jusqu’à l’Italie, en prolongeant l’aventure par certaines sections italiennes de la véloroute de la Pedemontana.
À l’origine de ce projet, il n’y a pas seulement l’envie de voyager ni celle de relier des paysages spectaculaires à vélo. Il y a surtout un besoin de pause. Une vraie. L’année de nos 40 ans, l’envie de ralentir s’est imposée : prendre du recul sur des vies bien remplies, s’extraire du rythme imposé, et s’offrir ce temps long que le quotidien laisse rarement. La Transdinarica est alors devenue une évidence : un itinéraire exigeant, sauvage, encore peu fréquenté, parfaitement taillé pour cette parenthèse hors du temps.
Pendant un peu plus de quatre semaines et sur plus de 2 000 km, nous avons relié l’Adriatique aux contreforts alpins, traversant successivement le Monténégro, la Bosnie‑Herzégovine, la Croatie, la Slovénie, avant de conclure cette traversée en Italie, notamment par la Pedemontana.
Ce récit est celui de notre TransDinarica: des parcs nationaux aux vallées isolées, des longues ascensions sous le soleil aux bivouacs au bord de l’eau, des rencontres imprévues à la lente transformation intérieure qu’impose l’itinérance. Un voyage où le corps s’adapte, où l’esprit décroche peu à peu, et où chaque journée redéfinit le sens du déplacement. Depuis la baie de Kotor jusqu’aux hauts plateaux du Durmitor, ces premières étapes donnent le ton : un départ parfois abrupt, des paysages classés à l’UNESCO, une transition progressive entre le rythme du quotidien et celui du voyage au long cours. Place au récit.
Monténégro, la Perle des Balkans
On quitte la baie de Kotor
Dimanche 13 juillet 2025, à Tivat, au Monténégro, sur les rives de la mer Adriatique. Encore imprégnés du rythme du quotidien, nous entamons les premiers kilomètres de notre grande aventure à vélo : la Transdinarica, une traversée des Balkans ambitieuse et prometteuse.
Très vite, la route se cabre. Une longue ascension met les jambes à l’épreuve, mais l’effort est largement récompensé par des panoramas saisissants sur la baie de Kotor, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Un décor grandiose, entre mer scintillante et montagnes abruptes, qui marque déjà les esprits.
Comme souvent au début d’un long périple, il faut apprendre à ralentir, à laisser le corps et l’esprit s’accorder à un nouveau tempo : celui de l’itinérance. La transition ne se fait pas en un instant ; on ne passe pas brutalement d’une vie hyperactive à celle de voyageurs au long cours. Heureusement, le soleil et les paysages jouent les meilleurs guides pour nous aider à décrocher.
Les panoramas s’enchaînent jusqu’au parc national du Lovćen, haut lieu spirituel du Monténégro. C’est ici que repose Petar II Petrović-Njegoš, poète et prince-évêque du XIXᵉ siècle, figure majeure de l’identité monténégrine.
En ce week-end estival, les sentiers et belvédères s’animent : familles et promeneurs profitent de la montagne, preuve que ces reliefs sont bien vivants.
À la tombée du jour, nous installons la tente au bord de la rivière Crnojevica, dans un décor paisible et verdoyant. Une première soirée hors du temps, rythmée par le murmure de l’eau et les rêves de la traversée à venir. Et, avec une touche d’humour, notre jeune voisine de camp nous offre nos premiers mots de slave… à travers la version monténégrine de « Libérée, délivrée ! »
Cap vers Cetinje
Le lendemain, cap vers Cetinje, ancienne capitale royale. Ses bâtiments colorés et ses ambassades d’un autre temps contrastent avec la modernité sans charme de Podgorica, la capitale actuelle, que nous traversons rapidement.
L’après-midi, la chaleur devient écrasante et la route vers Veruša paraît interminable.
En prime, en fin d’après-midi, un incendie de forêt nous barre le passage ! Les pompiers, sereins, nous font signe d’avancer : l’incendie est a priori (…) sous contrôle…
Nous filons, le souffle court après cette très longue journée, avant de retrouver le calme d’un petit camping. Au dîner, découverte de la gastronomie monténégrine : pommes de terre, oignons crus, fromage frais, et surtout de la viande, souvent grillée. Rustique, simple, mais efficace après une telle journée.
Le parc national du Durmitor
Dès cette deuxième journée, notre regard se tourne vers le parc national du Durmitor, l’un des grands joyaux du Monténégro. Créé en 1952 et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1980, ce massif spectaculaire déploie une nature brute et préservée.
Ici, une trentaine de lacs glaciaires scintillent au cœur des montagnes, les forêts profondes s’étendent à perte de vue, et le canyon de la Tara impressionne par sa démesure : près de 1 300 mètres de profondeur, faisant de lui le plus profond d’Europe.
Le Durmitor est à la fois un sanctuaire naturel et une terre de traditions pastorales, où les bergeries ponctuent encore les alpages et témoignent d’un mode de vie ancestral, intimement lié à la montagne.
Nous arrivons à Žabljak, petite capitale du parc, en pleine effervescence. Partout, les chantiers fleurissent : chalets, gîtes, campings sortent de terre à un rythme soutenu. Au détour d’une rue, un Monténégrin nous confie que cette agitation s’inscrit dans un programme gouvernemental (2024–2028) destiné à développer les infrastructures touristiques.
Il nuance aussitôt son propos, esquissant un sourire : « Hors saison, les rues sont désertes… même les chevaux s’y promènent librement. » Une remarque qui révèle une réalité bien plus contrastée que ne le laissent croire les façades toutes neuves.
Franchissement du col de Sedlo
Le lendemain, nous franchissons le spectaculaire col de Sedlo. À plus de 1 900 mètres d’altitude, le regard embrasse un panorama à 360° sur les sommets acérés du Durmitor. La météo est idéale, révélant chaque relief et attisant l’envie d’exploration : lacs, crêtes, vallons, tout semble inviter à l’aventure. Ici, une évidence s’impose : il faudra revenir, pour randonner, gravir d’autres cols ou s’immerger davantage dans ce massif captivant.
Déjà, l’itinéraire s’infléchit vers la descente. Nous quittons les hautes terres, franchissons les derniers kilomètres monténégrins et rejoignons la frontière de la Bosnie-Herzégovine. Une ultime nuit nous attend au bord de la limpide rivière Tara, encore saisis par la puissance et la beauté des paysages qui viennent de nous accompagner.
Bosnie-Herzégovine, la Fédération croato-bosniaque
La pluie s'invite
Nous entrons en Bosnie par un poste-frontière des plus minimalistes : deux conteneurs délavés, plantés au milieu des montagnes — l’un pour sortir, l’autre pour entrer.
Le décor pose aussitôt l’ambiance. Nouveau pays, nouvelle monnaie… et, pour marquer le coup, notre première journée de pluie depuis le début du voyage.
La route s’enfonce dans une succession de tunnels sombres, sur un bitume détrempé. Dans l’un d’eux, sans éclairage et criblé de nids-de-poule, nous frôlons l’accident, le cœur battant dans l’obscurité.
Entre les paysages austères, les villages clairsemés et cette atmosphère un peu lourde, un sentiment étrange s’installe : celui d’avoir basculé dans un autre temps, comme une Bosnie figée quelque part depuis l’ère yougoslave.
Ambiance russe
Notre étape du soir ne fait que confirmer cette impression. À Kalinovik, petit bourg isolé posé sur les hauts plateaux, nous passons la nuit à l’hôtel Moskva. Au bar, un portrait de Vladimir Poutine trône au mur et donne le ton dès l’arrivée…
Ici, on fume encore à l’intérieur, aussi bien au restaurant que dans les chambres. Une immersion olfactive dans un passé qui, pour nous, n’est pas si lointain, mais qui semble ici toujours pleinement assumé, presque quotidien.
Côté assiette, la simplicité est de mise : viande grillée, frites, tomates et oignons. À signaler tout de même — et ce depuis le début du voyage — la saveur remarquable des tomates. Une cuisine franche, sans artifices, en parfaite harmonie avec l’austérité sincère des lieux.
Rude portion de gravel
Le lendemain, une rude section de gravel se dresse sur notre route. Pierres fuyantes, pente soutenue : l’espace d’un instant, nos VTT restés en France nous manquent presque.
Puis, soudain, la récompense. La rivière Neretva se dévoile, majestueuse. Une eau d’une clarté saisissante, fraîche et paisible, d’un vert profond. Nous faisons halte sur ses berges pour le pique-nique, savourant pleinement ce moment de calme absolu.
La journée se conclut au bord du lac Boračko, dans un décor serein où la nature semble avoir repris tous ses droits.
En route pour Mostar
Le jour suivant, la TransDinarica ne concède aucun répit. Une nouvelle montée exigeante s’impose, avant qu’un vaste plateau ne s’ouvre soudain, offrant une vue ample sur la campagne bosnienne : prairies isolées, horizons ouverts et ce silence dense, presque assourdissant.
Au détour d’un virage, une petite station de ski, Rujište, surgit sans prévenir — présence discrète mais éloquente, témoin des hivers rigoureux et de la vie rude en altitude.
Mostar se rapproche. Après le col de Vidikovac, une longue descente nous entraîne vers la vallée, écrasés par un soleil implacable. Deux cyclistes apparaissent en sens inverse : un salut rapide, teinté d’une compassion silencieuse. Il fait déjà lourd pour descendre… alors pour monter.
La ville nous accueille dans une atmosphère chargée d’histoire. Les cicatrices de la guerre marquent encore certaines façades, rappel discret mais constant de ce que Mostar a traversé. Sur le Stari Most, le célèbre pont ottoman, de jeunes Bosniaques patientent, immobiles, avant de se jeter dans la rivière depuis plus de vingt mètres. Longue préparation, tension palpable, puis le saut : un geste à la fois traditionnel, sportif et presque rituel.
Après ces premiers jours intenses, éprouvants autant pour le corps que pour l’esprit, nous décidons de quitter provisoirement l’itinéraire officiel pour rejoindre la Croatie via Imotski. Une parenthèse salutaire, pour souffler, laisser reposer les jambes — et les impressions — avant de reprendre le fil de notre traversée.
Croatie, le pays aux mille îles
Nous entrons en Croatie sous une chaleur écrasante… En plein mois de juillet, on s’y attendait, certes, mais pas à ce point-là. Cette fournaise ne nous quittera quasiment jamais durant les sept jours de traversée du pays. Dès la première journée, le message est clair : longue, intense, surchauffée.
Le long de la riviere Cetina
Après Trilj, nous laissons enfin derrière nous l’agitation de la route principale pour rejoindre une piste qui longe la rivière Cetina. Ses eaux cristallines, d’une fraîcheur presque brutale, offrent un contraste saisissant avec l’air brûlant qui nous enveloppe.
À 15 h, incapable de résister plus longtemps, je me jette dans le lac formé par la Cetina… tout habillé, dans l’espoir de conserver un peu de fraîcheur pour le quart d’heure suivant. Pari presque tenu.
Nous bouclons cette première grosse étape dans un camping idyllique près de Krajak, une halte salvatrice après plus de 110 km sous un soleil impitoyable. La Cetina s’impose alors comme notre rituel du soir : une immersion glacée dans un décor superbe, avant de regagner notre petit campement « en libre-service ».
Le parc national de Paklenica
Les paysages alternent entre zones arides, plateaux quasi désertiques et reliefs calcaires, caractéristiques de l’arrière-pays dalmate. Sous cette chaleur écrasante, ils finissent par sembler presque monotones, même si la beauté brute de la région ne fait aucun doute.
Au fil des kilomètres se succèdent Knin, ancienne capitale du royaume médiéval croate, puis le barrage de Razovac, rappels du lien étroit qui unit la Croatie à ses rivières karstiques.
L’entrée dans le parc national de Paklenica marque heureusement un tournant. À mesure que nous gagnons de l’altitude, l’air se fait légèrement plus frais et, surtout, les paysages changent radicalement : forêts denses, canyons spectaculaires, sentiers pierreux. Un vrai soulagement après les étendues brûlées de l’arrière-pays côtier. Le contraste est saisissant entre les terres arides de la région de Zadar et les plaines agricoles du comitat de Lika-Senj : en quelques kilomètres à peine, on a l’impression de changer de pays.
Gospić, ville natale de Nikola Tesla, ne nous laissera que peu de souvenirs, si ce n’est la statue du célèbre inventeur.
À l’inverse, Krasno, l’un des villages les plus élevés du pays (714 m), nous séduit par son atmosphère paisible de moyenne montagne, au cœur du parc national du Velebit. On y retrouve enfin ce calme, cette fraîcheur et cette authenticité qui nous manquaient.
La Croatie confirme ainsi sa réputation de terre de contrastes, même à vélo. En une seule journée, nous passons des montagnes à la mer Adriatique, avant de rejoindre Klenovica, petit village côtier baigné d’une douceur estivale contagieuse. L’occasion idéale pour lever le pied : baignade, plage, farniente… Une après-midi de repos salvatrice, conclue par un repas typique des Balkans.
La fatigue s'installe
Mais la fatigue s’installe. La chaleur constante, les longues distances et des paysages parfois répétitifs finissent par nous user. Nous en venons presque à attendre avec impatience la frontière slovène, dans l’espoir d’y retrouver verdure et fraîcheur.
Un orage s’annonce, sombre et compact, barrant l’horizon. Nous choisissons alors de dormir « en dur » à Rupa, ancien village frontalier sans charme particulier… mais doté d’un nombre étonnant de chambres d’hôtel, héritage d’un temps où le poste-frontière comptait parmi les plus importants du pays.
Une dernière nuit en Croatie, avant de basculer vers une Slovénie que nous espérons plus clémente.
Slovénie, la Suisse des Balkans
Notre entrée en Slovénie se fait sous une pluie battante, mais après près de 1 000 km, un petit miracle nous attend : la première piste cyclable du voyage. Un luxe presque oublié depuis le Monténégro.
Rejoindre Ljubljana
Dès les premiers tours de roue, la campagne slovène nous séduit. Elle évoque presque la Suisse : villages impeccables, prairies soigneusement tondues, maisons fleuries… Tout semble rangé, ordonné, entretenu. Difficile pourtant d’en profiter pleinement : nous longeons une grande route saturée par les flots incessants de vacanciers allemands en route vers l’Adriatique.
Pour moi, cette arrivée a une saveur particulière. La Slovénie avait marqué l’un des temps forts de ma Transalpine, il y a près de quinze ans. En remontant vers la capitale, des noms comme Postojna, célèbre pour ses grottes karstiques, font ressurgir des souvenirs, parfois un peu flous. Je finis même par ressortir ma vieille carte de 2011 pour remettre de l’ordre dans ma mémoire.
Notre objectif du jour est clair : rejoindre Ljubljana, la capitale slovène.
La météo annonce deux jours exécrables. Une occasion parfaite pour s’offrir une pause bien méritée : journée off au camping de Ljubljana, visite de la ville, et passage par un spa — notre première vraie coupure depuis le Monténégro.
Je découvre alors une ville méconnaissable par rapport à 2011. À l’époque, elle m’avait semblé vieillissante, presque figée. Aujourd’hui, Ljubljana est dynamique, vibrante, séduisante, une ville où l’on a envie de rester, de flâner, de s’imprégner de l’ambiance.
Peut-être un peu trop fréquentée, peut-être une légère uniformisation des commerces, mais quelle belle surprise.
Et surtout : un véritable paradis pour les cyclistes, avec des pistes cyclables partout.
Cap sur Bohinjsko Jezero
Nous reprenons la route sous un ciel toujours menaçant, direction le lac de Bohinj, au cœur du parc national du Triglav. On retrouve cette atmosphère bucolique typiquement slovène : vallons boisés, petites fermes disséminées, odeur d’herbe fraîchement coupée… même si, avouons-le, la pluie ternit quelque peu la carte postale.
Après Železniki, nous gagnons de l’altitude et découvrons ce que j’appelle le « gravel de luxe à la slovène » : une piste fraîchement tassée, d’une perfection presque irréelle, au point de croiser le rouleau compresseur encore à l’œuvre en sens inverse. Un véritable billard, qui nous mène tout en douceur jusqu’à la vallée de Bohinj.
Comme souvent en voyage, la météo se fait scénariste. Le soleil réapparaît pile au bon moment, juste pour notre arrivée, et nous offre une soirée sublime au bord du lac : un miroir vert émeraude, serti de montagnes, baigné d’une lumière retrouvée.
A travers le parc national du Triglav
Les deux jours suivants nous entraînent au cœur des merveilles du parc national du Triglav, véritable épine dorsale montagneuse de la Slovénie.
Le Triglav, sommet emblématique du pays.
Le lac de Bled, son île iconique et son clocher posé comme en lévitation sur des eaux turquoise.
Kranjska Gora, station alpine blottie au pied de sommets abrupts.
L’ascension du col du Vršič, dont les lacets pavés s’impriment durablement dans les jambes autant que dans la mémoire.
Et surtout, la descente vers la vallée de la Soča. Un bleu unique, presque fluorescent, irréel — une couleur qui ne semble exister nulle part ailleurs. Ici passe l'Alpe Adria Trail, un sentier de randonnée itinérant réputé qui traverse plusieurs pays européens dont la Slovénie.
Bovec, capitale slovène des sports d’eau vive, vient couronner notre passage dans le pays. Une ville vibrante, entourée de montagnes, traversée par cette rivière mythique, où l’énergie du lieu est palpable à chaque instant.
Changement de cap : route vers l'Italie
Initialement, nous devions poursuivre jusqu’à Innsbruck. Mais les prévisions annoncent une semaine entière de froid, de pluie, et même de la neige sur certains cols autrichiens. Autant dire que l’enthousiasme retombe rapidement.
Nous choisissons donc de bifurquer vers l’Italie, dans l’espoir de conditions un peu plus clémentes.
La sortie de Slovénie se fait par une petite route isolée, en franchissant le Passo Tanamea, col discret niché entre forêts et prairies. En fin d’après-midi, la pluie redouble. Sans hésiter, nous optons pour une nuit au chaud au Refugio Pian dei Ciclamini — un choix plus que salvateur.
Cette boucle slovène se referme sur une impression forte et durable : un pays accueillant, varié, parfaitement taillé pour le voyage à vélo, et d’une verdure presque exubérante.
Italie, fin de notre Transdinarica à vélo par la Pedemontana
À partir du moment où nous avons choisi de bifurquer vers l’Italie, il nous fallait un fil conducteur, une manière de découvrir l’Est du pays autrement qu’au gré du hasard. En creusant un peu, nous tombons sur la véloroute Pedemontana, aussi appelée BI12 : un vaste itinéraire cyclable reliant Trieste à Savone, en longeant les contreforts alpins et leurs paysages changeants.
Jusqu'à Ciago
La Pedemontana est une véritable colonne vertébrale transitalienne, et surtout un rêve pour les cyclistes : une large partie du tracé emprunte des voies dédiées, impeccablement balisées.
Très vite, nous sommes frappés par la densité exceptionnelle de pistes cyclables dans le Nord-Est de l’Italie. Le confort est remarquable, même si cette profusion d’itinéraires peut parfois désorienter aux carrefours. L’ambiance, nettement plus urbanisée que durant nos semaines balkaniques, oscille entre villages sans grand relief et petites villes qui rappellent combien le cœur des cités italiennes reste chargé d’histoire, même loin des zones touristiques.
Peu après Propezia, une surprise inattendue nous attend. À hauteur de la réserve naturelle du Lago di Cornino, nous observons un nombre impressionnant de vautours fauves, espèce réintroduite avec succès dans la région. Nous les regardons longuement planer, jusqu’à ce qu’un nouvel orage — encore un — les chasse du ciel.
Les prévisions ne s’étaient pas trompées : le temps devient instable et humide. Après plusieurs averses, nous trouvons finalement un spot pour la nuit près de Ciago, où nous faisons la rencontre d’un cycliste néerlandais. Parti de Hollande, descendu jusqu’au sud de l’Italie, puis remonté par les Balkans : près de 5 000 km en quelques semaines, soit 200 km par jour en moyenne. On reste bouche bée.
L'Italie profonde
Au fil des kilomètres, nous plongeons toujours davantage dans l’Italie “profonde” : Conegliano, Battaglia, Montebelluna… Il nous arrive parfois de quitter les pistes cyclables pour gagner du temps — il faut bien admettre qu’elles ne sont pas toujours les plus directes — mais nous y revenons rapidement : à l’approche des villes, la circulation automobile devient vite dense.
La vallée de la Fiume Brenta
À Bassano del Grappa, le décor change enfin : la montagne est de retour. Ces quelques jours de terrain plat nous ont permis de récupérer, certes, mais côté paysages… l’enthousiasme était un peu retombé.
Nous remontons la vallée de la Fiume Brenta, alternant pistes cyclables et petites routes très prisées des cyclistes locaux.
Peu à peu, le cadre devient spectaculaire : falaises abruptes, rivières limpides, ambiance alpine. Sans hésiter, c’est l’une des plus belles sections de notre traversée italienne.
Ce jour-là, nous poussons les compteurs au-delà des 100 km pour atteindre le lac de Caldonazzo.
Le lac de Garde
Pour la première fois depuis le début du voyage, l’affluence touristique nous contraint à enchaîner plusieurs campings avant de dénicher un emplacement. La consolation arrive vite : une gelateria exceptionnelle, sans doute parmi les meilleures glaces italiennes du séjour — à en juger par la file d’attente… et par le fait que nous avons fait la queue deux fois !
Puis vient le véritable coup de cœur : le lac de Garde. Un décor somptueux, où se mêlent villages italiens typiques et ambiance lacustre, douce, lumineuse, presque irréelle.
Pour prolonger le plaisir, nous embarquons sur un ferry jusqu’à Garda : quatre heures de traversée, le regard happé par la beauté des montagnes plongeant dans l’eau.
La fin de notre voyage à vélo approche
Depuis quelques jours, nous savons que la fin du voyage approche. En plein cœur de l’été, trouver un moyen de rentrer à Chambéry devient une priorité. Après avoir envisagé un retour en train via Milan, nous optons finalement pour un FlixBus Milan–Chambéry : simple, économique, et surtout bien plus pratique pour transporter les vélos.
50 € par personne, vélo compris : difficile de faire mieux.
Après Garda, l’atmosphère redevient très urbaine, presque oppressante. Une halte au lac d’Iseo nous offre un répit bienvenu, avant de nous lancer vers Bergame, dont les zones industrielles, à l’Est comme à l’Ouest, semblent ne jamais finir.
Vient ensuite la déception du lac de Côme… du moins depuis la ville. Les rives y sont en friche, peu mises en valeur, loin du charme du lac de Garde. Nous nous consolons avec une authentique « Italian Experience » : café-croissant en terrasse, juste avant la dernière étape vers Milan.
Nous redoutions ce tronçon, imaginant une traversée urbaine pénible. Finalement, hormis la sortie de Côme, une coulée verte nous conduit jusqu’au cœur de Milan, de façon surprenamment agréable. Nous achevons notre périple en flânant dans la capitale lombarde : focaccia, glaces, places animées… une ultime parenthèse italienne pour clore notre odyssée.
Il est difficile de réaliser que tout est déjà terminé. Le verre partagé sur la plage de Tivat nous paraît si lointain… Tant d’images, d’ambiances et de reliefs se bousculent dans nos têtes qu’ils finissent par se confondre.
Le départ du voyage a été, comme souvent, un peu brutal : changer de rythme, se projeter loin, quitter le quotidien. On se dit que nous n’avons peut-être pas savouré le Monténégro à sa juste valeur, que nous sommes peut-être allés trop vite… mais c’est aussi cela, un long voyage : avancer comme on peut, avec ses forces et ses faiblesses, guidés par cette irrésistible envie de découvrir ce qui se cache au prochain virage.
Informations pratiques
Comment s’y rendre et repartir en transports en commun ?
Pour l’aller (départ Tivat / Monténégro)
Avion
Vol au départ de Genève jusqu’à l’aéroport de Tivat (TIV) : environ 2 heures de trajet, puis mise en selle immédiatepour rejoindre à vélo le centre-ville et le point de départ de l’itinéraire.
L’aéroport est très proche de la ville, mais il n’existe pas de liaison régulière et fiable en transports en commun, en particulier lorsqu’on voyage avec des vélos chargés.
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Train + bateau
Depuis Chambéry, il est possible de rallier Tivat en combinant train et ferry. L’itinéraire passe par Milan, puis Venise ou Ancône (environ 7 heures de train), avant une traversée maritime de nuit vers Split (10 à 12 heures).
Il faut ensuite prévoir 8 à 10 heures de bus le long de la côte adriatique pour rejoindre le Monténégro. Durée totale : environ 26 à 30 heures, le plus souvent réparties sur deux jours.
Pour le retour (fin de voyage côté Italie)
Bus longue distance Milan → Chambéry (type FlixBus) : une solution simple et économique, avec transport des vélos possible selon les cars (option à réserver au moment de l’achat du billet).
Alternative : le train via Milan, envisageable mais plus complexe, en fonction des lignes empruntées et des conditions d’acceptation des vélos.
Quel est le meilleur moment pour faire la Transdinarica ?
La meilleure période pour parcourir la Transdinarica s’étend de mai à septembre. Dans la pratique, les créneaux les plus confortables sont :
- de fin mai à fin juin : journées longues, températures encore agréables
- début septembre : fréquentation touristique en baisse et chaleur plus modérée
En plein été (juillet–août), certaines sections — notamment en Croatie — peuvent s’avérer très éprouvantes : chaleur intense, peu d’ombre et grandes distances entre les points d’eau.
Difficulté de l’itinéraire
Sur la portion parcourue, l’itinéraire totalise environ 2 200 km pour 27 000 m de dénivelé positif.
La difficulté tient avant tout :
- à l’enchaînement des étapes,
- aux longues ascensions, parfois raides,
- à la chaleur estivale,
- à la nécessité d’une bonne autonomie (navigation, eau, ravitaillement).
Un parcours exigeant, mais accessible à tout cycliste habitué au voyage au long cours et à l’effort répété.
Hébergements
Tout au long du parcours, plusieurs options d’hébergement s’offrent aux voyageurs :
- Campings, nombreux mais très inégaux selon les pays et la saison,
- Guesthouses, appartements et petits hôtels, largement présents dans les villages et les villes,
- Bivouac, envisageable selon la législation locale et le contexte.
Le bivouac est généralement toléré s’il reste discret dans certaines zones rurales ou de montagne, notamment au Monténégro et en Bosnie‑Herzégovine. En revanche, il est interdit ou strictement encadré en Croatie, en particulier à proximité du littoral et des zones touristiques.
Dans tous les cas, cette pratique implique bon sens, discrétion et respect des lieux, ainsi que, lorsque cela est possible, l’accord des habitants ou des propriétaires.
Cartes du parcours
La Transdinarica est un itinéraire non balisé sur le terrain : la navigation repose exclusivement sur des outils numériques, via des cartes interactives et des traces GPS.
Le site officiel de l’itinéraire : www.transdinarica.com permet d’accéder :
- aux cartes détaillées par pays,
- aux traces GPX,
- aux points d’intérêt (hébergements, points d’eau, services),
- ainsi qu’aux différentes variantes, adaptées au type de vélo et au temps disponible.
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