7 jours de trail du Vercors au Ventoux, plus précisément de Clelles à Coustellet sur une bonne partie du GR®91 de la traversée des Hauts Plateaux du Vercors, avec une inflexion dans les Baronnies . Récit et trace gps.
J1 : Clelles – Châtillon-en-Diois
+ 1338 m / – 1604 m 31,2 km Camping Les ChaussièresDimanche 25 mai – Retrouvailles avec le Vercors. Comme chaque année, dès les premiers mois de l’année, on se prend à rêver d’escapades. Cette fois encore, le rituel a repris : cartographie mentale, envies de printemps, pistes à explorer. On avait d’abord jeté notre dévolu sur un GR qui longe le Tarn. Mais, les complications de transport nous ont vite rappelés à la réalité : une journée pour y aller, une autre pour revenir. Trop pour notre semaine de congé. Alors, presque naturellement, nos pas se sont recentrés sur un terrain plus connu. Ou plutôt : à revisiter. Le Vercors, une fois de plus, comme une boucle qui se referme — ou se relance.
Notre point de départ, Clelles-Mens, n’est autre que le terminus de notre traversée du Vercors réalisée il y a presque dix ans. Jolie manière d’inscrire une nouvelle ligne dans le carnet, depuis une ancienne ponctuation.
Grenoble, dimanche midi. Retrouvailles rapides, puis direction Clelles. Le ciel est radieux, la météo annonce une semaine sans nuage — décidément, la chance est de notre côté.
Départ de Clelles vers 13h. L’après-midi est déjà bien entamée, mais une grosse journée nous attend : 31,2 km et un peu plus de 1 300 m de dénivelé. Les jambes ont l’habitude, et le cœur est joyeux.
Le chemin démarre doucement, en longeant la rivière de la Darmes. Puis, doucement, la pente se fait sentir. Nous passons au pied du Mont Aiguille, toujours aussi imposant, et rejoignons bientôt la cabane de Chaumayou. Rudi se souvient y avoir pique-niqué des années plus tôt — souvenir flou pour moi, mais qu’importe. Ce genre de réminiscence donne de l’épaisseur au chemin.
Le plateau s’ouvre, majestueux. Nous croisons quelques chamois, peu farouches, qui ajoutent à la beauté tranquille de la progression. Les paysages du Vercors nous accueillent de nouveau, comme si nous n’étions jamais vraiment partis.
Nous poursuivons le GR91 jusqu’à la cabane de Châtillon. Au loin, une silhouette. Mais pas le temps de musarder : le soleil décline, et nous devons encore redescendre jusqu’à Châtillon-en-Diois, où une réservation nous attend au camping.
La descente est longue, belle aussi. Les reliefs s’adoucissent dans la lumière du soir. À 20h, la journée s’achève comme il se doit : autour d’un bon repas, les jambes lourdes, mais l’esprit léger.
J2 : Châtillon-en-Diois – Col de Cabre
+ 2120 m / – 1510 m 31,4 km Refuge du col de CabreLundi 26 mai – Premiers pas vers la déconnexion. La nuit a été paisible. Pourtant, le réveil n’est pas si simple. Le corps a bien dormi, mais l’esprit, lui, peine encore à se détacher du rythme ordonné de nos semaines. C’est toujours un peu comme ça au début : il faut quelques heures, parfois un jour entier, pour qu’une autre cadence s’installe.
Petit café au comptoir d’un bar de Châtillon, dans cette ambiance de début de semaine où tout le monde semble partir au travail — sauf nous.
Nous, on s’apprête à gravir notre premier col du jour : celui de Marre. Le nom nous amuse, comme une métaphore bienveillante de ce qu’on laisse derrière.
Le chemin serpente tranquillement. Les Galands, la Grézière… Les noms s’égrènent comme des invitations. Là-haut, au sommet de la Grézière, un beau point de vue nous récompense, baigné de lumière douce. On sent que cette journée sera tranquille, dans le bon sens du terme. Pas de quête de performance, juste l’envie d’être là.
Le printemps est à son comble. Fleurs en pagaille, chants d’oiseaux, eau encore bien présente dans les ruisseaux. Cette partie de la Drôme, qu’on devine bien plus sèche en été, nous offre aujourd’hui son visage le plus généreux.
On entre ensuite dans la forêt domaniale de Glandasse. Silencieuse et fraîche, elle nous mène jusqu’à Miscon pour une courte pause, presque hors du temps. Puis, c’est reparti : un col, encore, direction le Pas du Pigeon. On avance à bon rythme, enroulés dans ce décor doux et vallonné, jusqu’à L’Èche-en-Diois, un petit hameau suspendu dans la lumière.
De là, on continue jusqu’au col de Cabre, notre point de chute pour la nuit. Le sentier longe la rivière, traverse un plateau superbe, descend doucement vers Baurrière, avant de reprendre un peu de hauteur dans un silence presque minéral.
Arrivés en fin d’après-midi, nous découvrons le gite du col de Cabre plutôt rustique. Mais le charme opère. Le repas est copieux, l’accueil sincère, et on se régale. Seule ombre au tableau : un chien surexcité, aussi enthousiaste que maladroit, qui vient frotter sa tête partout. On rit, un peu fatigués, mais heureux. Fin de cette deuxième journée de notre trail du Vercors aux Ventoux
J3 : Col de Cabre – Rosans
+ 1698 m / – 2169 m 37,5 km Château de RosansMardi 27 mai – Une journée de plein vent. Troisième jour, et cette fois, on y est vraiment. L’aventure prend ses droits. L’esprit s’est libéré, les jambes tournent sans qu’on y pense, et même les premiers automatismes — lever, sac, marche — ont trouvé leur rythme.
Une grosse journée nous attend. Objectif : rallier Rosans. Une belle trotte, et surtout, peu de points de ravitaillement sur le chemin. On mise tout sur l’auberge de Valdrôme. À 9h30, c’est le soulagement : elle est ouverte, accueillante, et nous fournit de quoi tenir la journée. Le pain est frais, et la discussion chaleureuse. L’auberge a des allures de petit miracle.
Nous repartons, cap vers la montagne de Peyre Grosse. Là, le calme s’efface un peu. Les patous font leur apparition. Ils restent heureusement enfermés, mais leur présence diffuse ravive quelques souvenirs pas très tendres de notre traversée à pied des Alpes de Modane à Menton. On avance malgré tout, l’œil un peu plus attentif, la vigilance en bandoulière.
Heureusement, après la bascule vers Montmorin, les esprits se détendent. Ici, pas de loups (à priori…), car pas de chiens de protection… Le silence revient. Nous atteignons Montmorin vers 12h30, parfait timing pour la pause de midi. Les corps se posent à l’ombre, les sandwichs de Valdrôme retrouvent leur raison d’être.
L’après-midi, en revanche, se montre moins tendre. Première vraie chaleur. Le genre qui colle au front, qui rend l’air plus épais, le souffle plus court. On avance en transpirant, les cols deviennent plus raides, et la motivation se cherche parfois en coin de chemin.
Mais au col des Pins, tout bascule. La vue s’ouvre, large et limpide.
Au loin, on distingue déjà la colline qui veille sur Rosans. L’objectif est en vue, et cela suffit à relancer la machine.
La descente vers le village se fait sur une piste régulière. Les genoux grincent un peu, mais la lumière de fin d’après-midi donne à l’ensemble une douceur inattendue.
Puis Rosans se dévoile… et avec lui, une petite tuile : tout est fermé. Restaurants, commerces, silence de mardi.
Heureusement, un local bienveillant nous indique un magasin de producteurs en bordure du village. Une trouvaille précieuse : nous voilà de nouveau équipés pour le soir… et pour demain.
Pour couronner la journée, nous passons la nuit dans un château déniché sur Airbnb. Mille ans d’histoire dans les murs. Des voûtes, du bois ancien, des pierres qui ont vu passer bien d’autres marcheurs. Ce soir, on dort comme des châtelains — fourbus, heureux, presque incrédules.
J4 : Rosans – Buis les Baronnies
+ 1701 m / – 2034 m 42 km Hôtel Les PassionsMercredi 28 mai – Une piste vers l’infini. Encore une belle journée en perspective. On quitte notre château avec un petit pincement, comme s’il fallait laisser derrière un fragment de parenthèse. Mais le chemin appelle, et aujourd’hui, il nous conduit hors des balises du GR91, vers Buis-les-Baronnies où passe le tour des Baronnies à pied.
Le matin est doux, le corps semble avoir trouvé son souffle. Les premiers kilomètres s’enchaînent sans effort, presque joyeusement. Quelques portions de plat nous permettent même de trottiner un peu, histoire de varier les rythmes.
Puis vient la première montée du jour, en direction de la serre de Chandeuc. Le sentier s’élève doucement. Sur le côté, la caverne de l’Ours veille discrètement, comme un repère ancien dans ce paysage qui commence à se durcir un peu.
Objectif de la matinée : Saint-Auban-sur-l’Ouvèze, pour le déjeuner. En déroulant bien la descente et en gardant un tempo régulier, on y parvient sans encombre. La pause fait du bien, mais déjà, la chaleur monte.
La reprise est rude. Le ventre un peu plein, l’air de plus en plus dense, et un bel effort à fournir pour rejoindre la crête de la montagne de l’Auloubre. C’est ici que l’on quitte peu à peu les traces officielles du GR91, pour tracer notre propre ligne à travers les Baronnies.
La suite est plus monotone. Une longue, très longue piste. Presque irréelle par sa constance. Le genre de chemin qui teste la patience plus que les jambes. Au loin, Buis-les-Baronnies se dessine… mais il ne semble jamais se rapprocher. L’horizon joue avec nos nerfs, distord les distances, et nous oblige à puiser dans ce qu’il reste de calme.
Et puis, enfin, à 17h30, le bitume. La place du village. Une boisson fraîche, les sacs qu’on laisse tomber sur un banc, et le silence. Ce silence qui dit : c’est bon, t’es arrivé.
Longue journée, chaleur pesante, mais encore une fois, cette satisfaction profonde, presque animale, d’avoir été au bout.
J5 : Buis les Baronnies – Station du Mont Serein
+ 1958 m / – 913 m 30,4 km Camping Le Mont SereinCe matin, on prend un peu plus notre temps. L’étape du jour est moins longue que les précédentes, alors on savoure le petit-déjeuner sans se presser avant de quitter Buis-les-Baronnies.
Rapidement, nous gagnons les premiers contreforts en direction du rocher de Sabouillon. Un changement récent sur le tracé du GR nous oblige à contourner par le nord pour rejoindre le col de Font Combran, puis le col de Guibert. La descente vers le col d’Aiguieres est en mauvais état : sentier peu entretenu, raviné, parfois à peine visible. Malgré cela, le soleil, fidèle compagnon depuis le début, nous aide à avancer avec le sourire.
Nous atteignons Brantes, village perché, calme d’ordinaire, mais bien animé aujourd’hui : le long week-end a ramené son lot de touristes attablés à l’auberge. Nous profitons de l’ombre pour une pause bien méritée, une boisson fraîche à la main, le pique-nique en toile de fond.
L’objectif de l’après-midi est clair : avaler les 1000 m de D+ qui nous séparent de la station du Mont Serein, par la face nord du Mont Ventoux. La montée est raide au départ, mais le sentier devient vite superbe, sauvage, et presque désert. Peu de monde croisé, juste le calme et la pente.
En haut, le camping nous accueille. Encore une journée splendide, avec pour récompense une vue à couper le souffle sur les Écrins, dont les sommets sont encore saupoudrés de neige.
J6 : Station du Mont Serein – Venasque
+ 1062 m / – 2190 m 45,8 km Hôtel les RempartsJour 6 – Du Ventoux à Venasque : l’interminable descente. La journée s’annonce longue, non pas tant à cause du dénivelé, plutôt modéré, mais parce qu’elle doit nous mener jusqu’à Venasque, à plus de 45 km de là, sous une chaleur qui commence à s’installer sérieusement.
Le réveil est saisissant. Autour de nous, une vue à 360° s’ouvre sur les massifs : au loin, le Vercors, les Écrins… Un spectacle qui coupe le souffle dès les premières lueurs du jour.
Nous entamons la montée finale vers le sommet du Mont Ventoux dans la fraîcheur matinale. L’ambiance change radicalement par rapport aux jours précédents : jusqu’ici, nous avions croisé très peu de monde.
Mais à 9h30, au sommet, tout est différent. C’est déjà l’effervescence : cyclistes en sueur, motos vrombissantes, voitures et touristes en quête de panoramas. Le Ventoux attire, et pour cause : la vue y est spectaculaire, à nouveau à 360°, avec les Alpes d’un côté, et, au sud, la mer — qu’on ne voit pas vraiment, mais qu’on devine.
On boit un coup, on respire un peu, puis on repart. Direction : Venasque.
Le versant sud du Ventoux est beaucoup plus doux que le nord, mais il n’en reste pas moins usant. Après avoir longé la crête, nous plongeons dans la longue combe de la Font d’Angiou, rocailleuse, interminable. Les cailloux roulent sous nos pieds, chaque pas demande une attention constante. Impossible de courir sereinement. C’est mentalement éprouvant. Peu à peu, on se déconnecte. Le corps avance, mais l’esprit est ailleurs.
Vers midi, toujours sans trop savoir si on pourra se ravitailler, on mise tout sur Flassan. On mise surtout sur un coup de chance… Et on l’a : en arrivant sur la place écrasée par le soleil, on découvre une petite épicerie encore ouverte pendant 4 min. On fait le plein de fruits et de légumes frais, et on s’accorde une longue pause salvatrice à l’ombre près d’une fontaine.
L’après-midi, on reprend la route. Il fait lourd, très lourd. Heureusement, le relief est plutôt clément. Progressivement, nous approchons de Venasque, classé parmi les plus beaux villages de France. Le lieu est superbe, perché, mais il nous semble un peu trop soigné, presque figé. Beaucoup d’Anglais ont manifestement racheté ici des maisons.
Nous terminons la journée sur la place du village, autour d’un verre. On mange, on discute, on savoure cette soirée provençale, tout en préparant la dernière étape du lendemain.
J7 : Venasque – Coustellet
+ 730 m / – 915 m 26,9 km Hôtel Les Corps Saints à Avignon avant de reprendre le trainJour 7 – Derniers pas vers Gordes. La fatigue s’installe. Après une semaine d’effort, les kilomètres et le dénivelé commencent sérieusement à peser dans les jambes. Le départ se fait sans précipitation, chacun sent que la fin approche, et que le corps commence à le réclamer.
Initialement, nous avions prévu de terminer à Fontaine-de-Vaucluse avant de prendre un bus. Mais, d’après les dernières informations, l’accès à la fontaine est désormais fermé. Nous réajustons donc notre plan : ce sera Gordes, un autre village emblématique de la région.
Une fois encore, la variété des paysages nous surprend. Depuis le début, cette diversité a été l’un des fils conducteurs du voyage. Ce matin, nous entrons dans des combes aux allures presque bourguignonnes.
Le relief est doux, alternant montées et descentes sans grande difficulté. L’ambiance, elle, reste marquée par le sud : des buis, des rochers, une lumière sèche.
La chaleur se fait sentir dès la fin de matinée, mais nous avions anticipé, heureusement, en prévoyant un ravitaillement tôt le matin. Cela nous évite de devoir chercher de l’eau ou de la nourriture en route.
À l’approche de Gordes, le contraste est brutal. Le calme des chemins laisse place à l’effervescence touristique. Le village est splendide, mais le flot de visiteurs tranche avec l’ambiance de solitude que nous avons connue jusqu’ici. On sent que le voyage touche à sa fin.
Les images de la semaine remontent déjà à la surface. Les corps ralentissent, mais l’esprit, lui, se projette : vers le retour, vers le quotidien, vers l’après. À 16h, nous atteignons notre point final. Un bus, une soirée à Avignon, puis le train. Le rideau tombe doucement sur cette belle parenthèse. Fin de notre trail entre Vercors et Ventoux.
Informations pratiques
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Difficulté de l'itinéraire
- Fort dénivelé dès le départ, de Clelles à la montagne du Glandasse.
- Étapes longues avec cumuls de dénivelés importants.
- Nécessité d’anticiper les ravitaillements : traversée de petits villages sans commerce (bon plan à partir de début mai, l’auberge de Valdrôme).
- Ascension du Ventoux par la face nord : longue et sauvage.
- Chaleur pouvant devenir un obstacle majeur selon la saison ; privilégier le printemps ou l’automne.
Cartes IGN du parcours
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