Le massif du Jura se déploie du nord au sud sur environ 400 km, pour 70 km dans sa plus grande largeur. Si l'extrême nord est en Allemagne (Jura souabe), il couvre ensuite la frontière franco-suisse avant d'appartenir complètement à la France dans sa partie sud. Côté français, il se situe sur 3 départements que sont le Doubs, le Jura et l'Ain. Son point culminant est le Crêt de la Neige à 1720 m, dans le pays de Gex, dans l'Ain.
Le Valromey
Le Bugey est une pointe séparée du reste du massif par une Cluse qui est aussi l'axe routier Genève – Lyon au nord, limitée par le Rhône à l'Est, qui vient mourir sur les Dombes à l'Ouest et pointe sur Chambéry au sud. Le « petit Bugey » se situe toutefois entre l'Est du Rhône et le massif de l'Epine en Savoie.
Et si je zoome encore, au coeur du Bugey se situe le Valromey. C'est une large et belle cuvette assez inclinée vers le sud, baignée de multiples ruisseaux qui finissent tous tôt ou tard dans la principale rivière : le Séran. Prenant sa source à plus de 1000 m, il dégringole jusqu'à 230 m d'altitude en une bonne vingtaine de kilomètres seulement avant d'aller se jeter dans le canal de dérivation du Rhône aux environs de Belley. Cette large goulotte est dominée par le plateau du Retord au nord, par le Grand Colombier (1538 m) à l'Est et par un petit chaînon à 1100 m et quelques à l'Ouest qui le sépare du plateau d'Hauteville-Lompnes.
Après les récits de rando dans le Djebel Sarhro, le canyon de Melloul ou le M'Goun au Maroc, après aussi les tronçons de ma traversée des Pyrénées de Vielha à Salau, de Parzan à Bénasque, de Sallent à Parzan ou encore du col de la Pierre St Martin au col du Somport, c'est maintenant tout près de chez moi que je vous emmène. Logées en Airbnb à Belmont-Luthézieu (440 m) sur la commune de Champagne-en-Valromey dans l'Ain, nous avons sillonné à vélo et pendant 4 jours cette très charmante région.
Jour 1 : Col de Richemond (1060 m)
+ 1020 m / – 1020 m 47,2 kmAprès une installation dans notre gîte vers midi, nous avons sauté sur les bicyclettes. Ce sont des “voyageuses” lourdes, cadre acier, et équipées pour les périples au long cours, avec des tous petits développements. Notre itinéraire passe par Fitignieu, Sutrieu, Lompnieu, Ruffieu. Jusque là nous n'avons fait que monter, dans tous les sens du terme, vers le nord et en altitude. Ruffieu se situe à 730 m. Nous bifurquons à main droite et descendons traverser le Séran avant de remonter en face vers Hotonnes puis le col de Richemond (1036 m). Faisant demi-tour pour quelques kilomètres seulement, nous avons ensuite pris une minsucule route, “la corniche du Valromey” qui a sollicité encore les jarrets, avant de dégringoler vers Brénaz. Un arrêt à la cascade du Pain de Sucre fut le bienvenu avant de rentrer à la maison. Constat après cette première journée : les routes sont petites et tranquilles, les habitants sont souriants, paisibles et polis, les arbres sont en fleurs, les ruisseaux emplis à raz bord d'une eau claire. Les oiseaux sont nombreux et joyeux, les vaches sont déjà dehors, le bâti est ancestral, en pierres, les fontaines coulent abondamment dans chaque village, l'herbe bien grasse est vert-fluo. Autrement dit, nous sommes dans un petit paradis pour cyclistes même si la température reste bien fraîche en cette fin avril.
Jour 2 : Col du Grand Colombier (1501 m) et curiosités
+ 1420 m / – 1420 m 46,1 kmNous avons de grandes ambitions ce matin au réveil malgré une météo de nouveau un peu mitigée. Pour l'instant le Grand Colombier est dégagé et nous sommes motivées. Après avoir tergiversé pas mal de temps sur l'itinéraire de montée à prendre, des hésitations à propos d'ouverture de route (ou non), nous nous décidons pour limiter au max le denivelé positif. Je dois préciser que si ma coéquipière a déjà des kilomètres dans les jambes, pour moi c'est le début de saison et ça attaque par du bien assez ardu. Donc ménageons-nous autant que faire se peut.
Le tout début de l'itinéraire reprend celui de la veille mais nous bifurquons vite vers Champagne-en-Valromey avant de longer la rivière Arvière. Au point côté 458 m, nous commençons à monter et ne nous arrêterons qu'une fois au col du Grand Colombier à plus de 1000 m plus haut. A Lochieu, nous nous faisons confirmer par les habitants avenants que la route n'est pas fermée (elle a réouvert il y a 2 jours après une dernière (?) chute de neige). Les lacets se suivent et ne se ressemblent pas, nos braquets nous permettent de passer aisément le pourcentage bien supérieur à 10% sur le vélo. Dans la combe des rochers blancs qui longe l'Arvière, la pente s'adoucit pendant presque 2 kilomètres et nous faisons des arrêts pour admirer de superbes spécimens de sapins pectinés de plus de 50 m de hauteur.
Après avoir retrouvé un pourcentage digne de ce nom (+ de 10%) nous atteignons “la selle”, petit replat, avant d'entamer la pente finale. Dans les deux derniers kilomètres le froid s'invite, renforcé par le vent. Et quand nous arrivons au sommet à 1501 m, les brumes et nuages recouvrent totalement la crête et nous privent de la vue sur le lac du Bourget et les Alpes derrière. C'est comme ça. Il fait froid, la visibilité est limitée, nous ne traînons pas, enfilons collants, petite polaire et coupe-vent avant de faire demi-tour et dégringoler.
A « la selle », nous descendons droit vers Virieu-le-Petit par une pente à 19% d'abord puis 14 % ensuite. Nous sommes enfin réchauffées.
C'est à ce moment-là que nous avons commencé nos visites touristiques : source du Groin, fontaine-chapelle de Vieu, Gouffre du Diable, cascade de Cerveyrieu. Jusque-là tout allait bien. J'avais bien vu sur la carte que dans les gorges de Turignin nous aurions d'abord un chemin noir puis un petit sentier, pas très long. Bon, il y avait des sources partout sur le terrain qui était fort boueux et bien chaotique pour y aller avec des vélos de 15 kg. Nous avons dû pousser, mais pas que… il a fallu porter aussi, et s'accrocher en même temps et de l'autre main aux arbres pour assurer l'adhérence des pieds. On s'en est sorti, les marmites de géant et gorges de Turignin sont belles et au final, nous n'avons pas regretté cette aventure avant de rejoindre notre gîte. Bon… j'y ai tout de même perdu ma pompe !
Jour 3 : Au sud du Valromey
+ 890 m / – 890 m 54 kmLa météo étant annoncée un peu capricieuse, avec de fortes improbabilités quant aux précipitations attendues, et au vu des dénivelés encaissés les deux jours précédents, nous nous décidons pour une sortie dans les collines que nous voyons au sud de notre gîte, par delà les champs de colza. Nous allons donc sortir du Valromey. Après un départ tardif et sous quelques gouttes, nous démarrons en descente. Notre itinéraire nous emmène d'abord à Virieu-le-Grand, d'où nous montons voir la cascade de Clairefontaine loin au dessus du village.
Redescendues dans la vallée et après quelques kilomètres légèrement vallonnés, nous nous sommes arrêtées à la spectaculaire cascade des Dards. Laissant les vélos dans les fourrés à proximité de la route, nous sommes d'abord allées en haut avant de descendre à pince au pied de la chute d'eau.
Nous avons ensuite quitté la grand route pour sillonner les collines, sommes passées à Contrevoz, Essieux (les noms de lieux sont une grosse source d'inspiration pour moi !), Saint-Germain-Les-Paroisses, Bognens et Bilignin. A Chazey, sur le banc devant la chapelle nous avons cassé la croute avant de reprendre la route. Le ciel est resté gris mais il n'est rien tombé. A Billieu, nous avons remis les petits braquets pour monter à Marignieu, Flaxieu, Vongnes. Tous ces villages valent définitivement le détour. C'est aussi ici que l'on fait le vin de la région : le Bugey. Si c'est aussi un vin du Jura, il n'a rien à voir, ni en goût ni en terroir avec le vin du Jura côté Arbois, Poligny, Pupillin… mais il est bon aussi !
De Vongnes, ne reculant devant aucune difficulté et par une route où l'herbe pousse au milieu, nous avons rejoint La Pierre, avant de virevolter entre les collines pour atterrir à Chavoley où le four communal offre un magnifique pignon à redents que l'on appelle ici un pignon en pas de moineaux !
Après avoir longé le lac du même nom dans la grisaille et passé le magnifique village Saint-Martin-De-Bavel sans nous arrêter, il ne restait plus qu'à remonter dans notre tour médièvale en passant par Massignieu.
Jour 4 : Col de la Lèbe (914 m)
+ 775 m / – 775 m 34,6 kmN'ayant ce jour qu'une demie-journée devant nous, la promenade sera courte. Le ciel est bleu et j'ai changé de selle. Optimistes, nous partons en court… Nous montons cette fois-ci sur l'autre bord de la cuvette du Valromey, en direction du plateau d'Hauteville-Lompnes. Par Vogland et Bioléaz, la montée est régulière et très belle. Nous rattrapons ensuite la route principale, où nous ne verrons guère plus de véhicules et atteignons rapidement le col de la Lèbe à 914 m. Nous descendons légèrement jusqu'à la Barbarie, et remettons tout à gauche pour traverser Sur la Croix d'Amus avant de repasser le relief par le gouffre du Poutet et descendre à Sutrieu par une route minuscule.
Tout droit en bas nous traversons le Séran au lieu-dit “Le puits des Tines” où nous faisons une pause pour voir les marmites et la cascade.
Il ne reste plus qu'à remonter à Lilignod puis se laisser descendre sans freiner jusqu'à Passin avant de retrouver les berges du Séran que nous longeons jusqu'à La Bavosière avant de remonter sur Belmont.
Ici s'achèvent ces 4 jours dans le Valromey, qui, une fois de plus, ne me laissera que de bons souvenirs. L'envie de retourner dans cette région du massif jurassien pour explorer et visiter d'autres secteurs plus à l'Ouest dans le Bugey est bien là !
Vous avez aimé cette aventure ? Allez lire le récit du tour des balcons à pied du Valromey, une randonnée de 4 jours qui permet de découvrir cette même région jurassienne.
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